8 Heures d'Éternité

Hugo Sahuquet

Scénario de thriller. Hommage aux passagers du vol MH370, disparus le 8 Mars 2014.

Dans l'aérogare, je consulte une dernière fois mes e-mails.

 

« Le colis se trouve dans l'avion. Assurez-vous qu'il arrive à bon port à Beijing. Des équipes d'extraction seront sur place.

Nous suspectons d'autres services de renseignements d'être impliqués dans cette affaire. Contrôlez et réprimez tout comportement suspect sur cet appareil. »

 

Je jette un regard sur la salle d'attente. Des compatriotes chinois, des ressortissants asiatiques, quelques occidentaux… Rien d'extraordinaire. Tous attendent là en silence. Une femme est avec des enfants, qui sont la seule voix qui monte dans la salle.

Je lis les titres des journaux, rien de bien intéressant à raconter. Je tourne en rond, entre les passagers. Je n'aime pas attendre. Puis les haut-parleurs résonnent finalement : « Le vol MH370 à destination de Beijing est prêt pour l'embarquement, les passagers sont invités à se présenter en porte… »

Tout le monde se lève et prend ses affaires. J'en fais de même, et rejoins la file. L'hôtesse prend mon passeport, effectue les vérifications habituelles, puis « Merci Madame, bon voyage ».

Je suis le flot de voyageurs, les scrutant uns à uns d'un œil attentif. Si j'ai été assignée à cette livraison, c'est qu'il va se passer quelque chose. J'en suis convaincue. En entrant dans l'appareil, je colle discrètement un microphone près de la cabine de pilotage.

En passant dans les allées de l'avion, je regarde le personnel de cabine. Tout semble conforme aux informations que l'on m'a fournies. Je pose mes bagages en saluant cordialement mon voisin. Tout le monde s'installe. Un homme cherche à aller aux toilettes, une hôtesse lui demande de patienter.

Le commandant de bord prend la parole : « Mesdames et Messieurs, nous effectuons les derniers préparatifs avant le décollage. Je suis votre commandant de bord… »

Je détourne le regard vers le hublot. Après des années de vol, je pourrais certainement réciter ce discours par cœur. Je me laisse glisser dans mon fauteuil. Je suis en première classe, malheureusement pas pour des raisons de confort… c'est un passage obligé pour aller vers la cabine de pilotage.

L'avion se détache de son amarre puis entame sa route vers la piste de décollage. Je profite un bref instant des lumières de Kuala Lumpur. La course commence, et nous quittons le sol.

Dès le décollage, la personne dont je me souviens se rend aux toilettes. J'attends une demi-heure avant de me lever également pour faire un tour de l'appareil. Les lumières sont tamisées, il est une heure du matin passée… beaucoup dorment déjà. Les enfants sont surexcités par le vol, mais tomberont bientôt de fatigue.

Je prends des photos de toutes les rangées avec un appareil caché, puis je vérifie les visages de ceux que je n'ai pu voir avant… En comparant avec toutes les données des passeports, j'ai des doutes sur deux personnes… Je crois qu'elles manquent à l'appel… un Autrichien et un Italien… je dois vérifier ça.

Au même moment, dans la cabine de pilotage j'entends le copilote : « All right, good night. »

La seconde suivante, tous les écrans des fauteuils et les lumières de l'appareil s'éteignent. J'attends silencieuse. Quelque chose ne va pas… Puis je sens l'avion tourner légèrement. Il n'a pas de raison de faire cette manœuvre, qu'est-ce qui se passe… ? L'appareil se met à prendre de l'altitude. Je me rends à la cabine de pilotage.

- Commandant, je suis Li Si, police de l'Air. Il y a quelque chose dont je dois vous parler.

Pas de réponse. Je répète :

- Commandant, je suis agente de l'Air, j'aimerais vous parler.

Toujours le silence. Une hôtesse s'approche de moi :

- Madame, puis-je vous aider ?

- Tout va bien merci.

La voix du commandant sort du cockpit :

- Veuillez s'il vous plaît raccompagner Madame à sa place, elle nous importune depuis tout à l'heure.

Je m'offusque :

- Quoi… !?

- Madame, s'il vous plaît, regagnez votre place.

- Je suis de la police de l'Air. J'ai des droits sur cet avion comme des devoirs.

- Il n'y a aucun agent de la police de l'Air dans cet avion ! – lance le commandant – Veuillez s'il vous plaît retourner à votre place et rester tranquille.

- Comment ? C'est impossible, il doit y avoir une erreur…

L'hôtesse répète :

- Vous êtes la dame assise au siège 3A, n'est-ce pas ? Je me vois obligée de vous raccompagner...

J'obéis en silence. Une fois à ma place, j'interpelle l'hôtesse :

- Vous devez avoir fait cet itinéraire des dizaines de fois. Vous savez que l'appareil n'a pas à effectuer un virage et prendre de l'altitude sur ce trajet.

- Madame, sachez que le commandant est un pilote très expérimenté. S'il juge un nouveau trajet meilleur, il le prendra, ne vous inquiétez pas.

- Sauf votre respect, ne faites pas l'imbécile avec moi. Vous savez très bien que les itinéraires sont prévus à l'avance par un ordinateur… il n'y a pas de « changement de trajet » possible sans une raison sérieuse.

- Et nous vous assurons que notre commandant est tout à fait compétent, quoi que cette raison puisse être.

Je la laisse partir. Si je ne suis pas sur les listes, il n'y a que deux possibilités… soit quelqu'un savait et m'a retirée ce privilège, soit le commandant ment ou est forcé de mentir… Je dois faire au plus vite.

Je me rends vers une autre hôtesse, et lui demande la liste des passagers. Voyant mon badge, celle-ci m'emmène à l'avant, où nous croisons à nouveau l'autre hôtesse :

- Madame, s'il vous plaît, nous vous avons dit de rester assise !

- Il y a deux personnes qui manquent dans votre avion, vous n'avez pas vérifié les passeports ? Deux personnes sur cet avion ont des passeports volés.

- Comment… ?

Les deux hôtesses se regardent inquiètes. Je reprends :

- Vous comprenez maintenant pourquoi j'ai besoin d'avoir accès à la liste des passagers ? C'est une mesure de sécurité.

- Bien… d'accord.

L'une d'entre elles sort la liste et me la présente. Je retrouve mon nom, à côté duquel il est bien indiqué mon statut d'agent officiel.

- Bien, alors vous voyez ? Je suis mandatée pour la protection de cet appareil. J'exige de voir le commandant immédiatement.

Surprise, l'hôtesse frappe à la cabine de pilotage :

- Commandant, nous avons vérifié, Madame Li Si est bien une représentante officielle… elle demande à vous voir.

Il y a un nouveau silence puis le commandant abdique :

- Entendu, faites la entrer.

J'entre en saluant les hôtesses, mais alors que je ferme la porte derrière moi, je vois leur regard inquiet se détourner. Je me retourne, quelqu'un d'autre est là et tente de me mettre à terre. Je me défends et réplique. L'espace est restreint. L'adversaire prend le dessus et me plaque au sol. Les deux pilotes sont là à regarder, apeurés. Mais QUI me tient !?

Il parle chinois :

- Je me doutais bien que les chinois enverraient quelqu'un pour protéger la cargaison mais pas que vous réagiriez aussi vite.

- Qui êtes-vous !? Qu'est-ce que vous faites !?

Je me débats, mais sa prise est parfaite. Ce quelqu'un est très expérimenté. Les pilotes restent à leur place sans rien dire.

- Mais qu'est-ce qui se passe ici !? Vous êtes impliqués là-dedans commandant !?

- Calmez-vous – fait mon agresseur – tout est sous contrôle. Vous n'avez pas à vous inquiéter.

- Fermez-là ! Il y a plus de 200 personnes dans cet appareil !! Qu'est-ce que vous croyez faire !?

- Je vous assure qu'il ne leur sera fait aucun mal. Nous allons atterrir sains et saufs dans une base américaine, au large de l'Inde.

- Une base américaine… ?

Il m'attache à une barre avec des menottes. J'essaie de rester calme :

- Vous êtes de la CIA… ?

- Restez tranquille et je vous relâcherai peut-être.

- Qui que vous soyez, vous êtes en infraction grave des lois internationales, passible de peine de mort au pays. Et vous, pilotes, pourquoi est-ce que vous ne réagissez pas !?

Il y a un silence. Puis l'homme dit au pilote :

- Vous pouvez le lui dire.

Celui-ci répond alors, perturbé :

- Nous… nous avons reçu des ordres des autorités Malaisiennes… nous ne pouvions pas discuter…

- Ils sont en train de DETOURNER VOTRE AVION BORDEL ! Et votre code de l'honneur !?

- Hé là – fait le terroriste – restez calme, ils n'ont pas vraiment eu le choix. Le gouvernement Malaisien a les mains liées, ils n'ont pas d'autre solution que de se plier à nos exigences…

- C'est vous qui avez changé le plan de vol… pourquoi ?

- Nos services de renseignements nous ont signalé qu'une information capitale des autorités chinoises circulait dans cet avion… forcément nous allions être intéressés. Maintenant, si vous êtes là je suppose que c'est pour protéger ces informations ?

- Je suis là en qualité de gardienne de l'Air, je ne fais que mon travail. Je n'ai rien à voir avec cette histoire...

- Je vois… dans ce cas vous étiez dans le mauvais avion.

- Ha ha… connard.

Il se retourne et regarde un ordinateur qui est connecté à la console. Au moment où il baisse sa garde, je lui agrippe le cou de mes jambes et le plaque au sol en une prise. Pris dans mon piège, il étouffe et ne peut pas se débattre. Le copilote veut intervenir mais je le sonne d'un coup de pied et rattrape l'homme au sol :

- La clé des menottes. Vite. Ou ta nuque y passe.

- - *Kof* *kof* tu es pleine de ressources.

Je resserre ma prise :

- Aouw, aouw, ok ! Ok ! C'est bon ! Elles sont là dans ma poche.

- Commandant, prenez la clé et détachez-moi.

Celui-ci s'exécute et me libère. J'attache à mon tour mon agresseur, et lui prend son pistolet qu'il avait dans son pantalon :

- C'est toi qui vas te tenir tranquille maintenant.

Je me retourne vers les pilotes :

- Cet avion va vers Beijing. Changez de cap immédiatement.

- C'est-à-dire que… c'est impossible.

- Comment ça ?

- L'américain contrôle tout de son ordinateur. Toutes les commandes sont inopérantes. Nous ne pouvons rien faire…

- Alors faites marcher ce maudit PC, il doit bien y avoir un moyen !

Je regarde l'ordinateur, tout est en code incompréhensible. Je me tourne vers l'américain qui me nargue d'un salut de la main.

- Comment est-ce que tu as eu accès à ce genre de programme ?

- Nous sommes dans un Boeing… made in America ma chère.

- Tch… sales fascistes.

- Vous n'arriverez à rien sans mon aide. Vous pouvez essayer si vous voulez, mais avant que vous ne trouviez quoi que ce soit, nous aurons déjà atterri et débarqué…

Je le détache de rage et le pousse devant sa machine.

- Allez maintenant, fais ce que je te dis bien gentiment. J'ai des moyens de te briser si je le veux.

Je remarque soudain quelque chose. Un détail. Sur la veste d'un des pilotes, accrochée sur le porte-manteau.

- Ha, vous ne pourrez pas me briser… rien n'empêchera cet avion d'arriver à bon port.

Je me lève, concentrée sur autre chose :

- TU VAS FAIRE CE QUE JE TE DIS PUTAIN, J'EN AI RIEN À FOUTRE SI JE DOIS TE TABASSER POUR QUE TU OBÉISSES ! ORDURE !

Je le laisse accroché à sa machine pour aller examiner la veste. Tout en me concentrant sur le tissu, je fais semblant de rien :

- Je te laisse trente secondes pour te décider. La patience n'est pas une de mes vertus, j'en viendrai vite à la violence. Et ne sous-estime pas la torture chinoise.

Il ricane :

- Ha… il va falloir être plus convaincante que ça…

Je me tourne vers lui :

- C'est à vous ça ? – dis-je en montrant la veste –

- Non… ? – dit-il étonné –

- C'est à vous cette veste ? – je demande au commandant –

- Oui, c'est la mienne…

- C'est un bel uniforme… il me fait penser à celui de quelqu'un que je connais, c'est une pièce rare, vous devriez la garder après votre service.

- Ah, euh…

Je retourne vers l'américain :

- Alors, décidé à coopérer ?

- Vous perdez votre temps…

Je lui chuchote à l'oreille rapidement :

- Il y a un micro sur cette veste.

A haute voix :

- Pourquoi est-ce qu'il faut toujours en arriver là avec vous… ?

En chuchotant :

- C'est à vous ?

Il rentre dans mon jeu, et répond tout haut :

- Et si vous alliez vous faire voir ?

Il me dit bas :

- Non.

Je me redresse :

- C'est ça… je vais me faire voir…

Je m'approche du porte-manteau et commence à frapper les murs en criant :

- JE COMMENCE À EN AVOIR MARRE DE VOUS !

Je fais tomber la veste et marche sur le micro, en m'assurant de bien lui régler son compte. Dans ma « crise de nerf », je cherche d'autres mouchards… c'était apparemment le seul. Je me redresse ensuite :

- Ce micro n'était pas à moi non plus… il y a un troisième acteur dans ce détournement.

- Un micro !? – s'exclame le commandant –

- Essayez de vous souvenir. Avez-vous posé votre veste quelque part, ou été en contact avec quelqu'un qui aurait pu glisser ce mouchard dans votre veste ?

- N-non, je… je ne me souviens pas…

- Quand l'avez-vous mise ?

- Je dois me mettre en uniforme avant de monter dans l'avion… je crois que c'était une dizaine de minutes avant d'entrer dans l'appareil et…

- Quelqu'un est-il entré en contact avec vous ?

- Ah ! Il y a eu ce type pressé qui m'est rentré dedans !

- … ! Vous avez vu son visage ?

- Très brièvement… je ne sais pas…

Je sors mon téléphone et lui montre les photos de tous les passagers une par une… et au bout d'un moment, une personne sort du lot.

- Lui ! C'est lui, j'en suis sûr !

Je fais un silence et me tourne vers l'américain :

- Je peux te demander de l'aide pour l'appréhender ? Il n'est peut-être pas seul.

- Quoi ? Vous me faites confiance maintenant ?

- Je connais vos intentions, plus ou moins… que vous détourniez l'avion pour le faire atterrir ailleurs, passe encore, mais si un autre terroriste a d'autres plans, c'est mon devoir de l'arrêter. Le plus vite possible.

- Oh, quel sens du devoir…

- Pour nous deux, il vaudrait mieux que vous m'aidiez… si comme moi, vous voulez ce que transporte cet avion, vous savez qu'il ne vous servira à rien en morceaux.

- … Je vous suis.

Nous sortons et passons dans les allées pour rejoindre le suspect. Celui-ci semble dormir. Je l'interpelle :

- Monsieur.

Il se réveille et d'un air pataud répond :

- Quoi… ? Qui êtes-vous ?

- Li Si, de la police l'Air. J'aurais quelques questions à vous poser. Permettez que nous fouillions vos bagages ?

- Mes valises sont en soute, je n'ai pas de bagage à main.

- Ah je vois… nous allons quand même devoir procéder à une fouille corporelle. C'est le protocole. Veuillez venir avec moi s'il vous plaît.

Il se lève sans faire d'histoire, nous l'emmenons à l'avant de l'avion. Je fais partir les hôtesses d'un regard puis commence à le fouiller en discutant normalement :

- Qu'est-ce que vous allez faire à Beijing ?

- Du tourisme. Voir des amis. Juste du divertissement…

- Je vois… vos amis vous attendent à l'aéroport ?

- Non, je dois les rejoindre plus tard dans la journée.

- Que contiennent vos valises ?

- Des vêtements surtout, rien d'extraordinaire…

- Vous avez l'habitude de voyager sans bagage à main ? Vous êtes prévoyant.

- Pour un petit vol comme celui-là, ça va, je suis habitué à plus de 6 heures…

- Ah d'accord, vous êtes un voyageur fréquent…

Je termine la fouille, le laisse partir puis l'interpelle :

- Ah, attendez !

Il se retourne et je le bloque pour le plaquer au sol.

- AH ! MAIS VOUS ÊTES MALADE !? – crie-t-il –

- Pas de bagage à main hein ? Je vous ai vu entrer dans l'avion avec une petite valise verte à roulette tout à l'heure. Je vous conseille de ne pas vous foutre de moi !

- Vous vous trompez de personne !

Je resserre ma prise :

- Répondez ou je vous pète le bras.

- Aïe ! Aïe ! D'accord ! La valise verte, dans le compartiment 37, allée de gauche !

- Tiens, vous mettez vos bagages, qui n'existent pas, ailleurs qu'au-dessus de votre siège…

Je fais signe à l'américain d'aller chercher l'objet. En attendant je relève l'homme :

- Dans ces conditions, je me vois obligée de vous tenir attaché pour le reste de l'enquête.

- L'enquête ?

- Taisez-vous.

Il se met alors à crier :

- IL Y A UNE BOMBE DANS L'AVION !!

Je le restreins et déboite son bras. Je contiens son cri.

- Je t'avais prévenu, putain de connard.

Mais le mal est fait. Des gens ont entendu et se réveillent. La tension monte. Une hôtesse vient, inquiète :

- Que se passe-t-il ?

- Ne vous inquiétez pas Madame, tout est sous contrôle. Vous pouvez continuer votre travail normalement.

J'entends le brouhaha monter dans les passagers, l'américain revient avec la valise :

- Voilà, ce doit être ça.

- Voyons ce qu'il y a dedans…

La valise semble être verrouillée par un code de 8 chiffres. Je remarque :

- Sacrée sécurité… tu veux bien nous dire le code ?

- Ce sont des affaires très personnelles dedans, je…

- Aucun problème, il suffit de défoncer la serrure… – lance l'américain –

L'homme me surprend alors en me donnant un coup avec l'arrière de sa tête. Il se défait de mon emprise et subtilise le pistolet que j'avais à la taille avant de tirer sur l'américain, qui évite de peu une blessure mortelle. La balle perce son flanc gauche. L'homme se retourne vers moi, en me tenant en joue :

- Vous étiez obligés de fourrer votre nez là-dedans hein !?

La panique commence à se faire entendre dans les passagers à la suite du coup de feu. L'homme commence à ricaner :

- Allez, bouge de là. C'est moi qui contrôle l'avion maintenant ! Vous allez le laisser atterrir bien tranquillement chez les américains. Si vous tentez quoi que ce soit…

Je fais mine de l'attaquer, il appuie sur la détente. Clic.

- Qu… !?

Je le maîtrise et pilonne rageusement sa tête contre le mur.

- J'avais enlevé le chargeur, pauvre connard. C'est moi qui décide de ta vie maintenant, alors je te conseille de rester tranquille !

Une hôtesse vient me rejoindre :

- Est-ce que ça va !?

Elle voit l'américain  au sol.

- Oh mon dieu !

- Tout va bien, d'accord !? Il a besoin d'une aide médicale d'urgence, occupez-vous en. Je vais parler aux passagers.

Je menotte l'homme et passe dans les rangs avec lui.

- Mesdames, Messieurs, gardez votre calme, s'il vous plaît. Je suis Li Si, de la police de l'Air. Mon travail est de m'assurer de votre sûreté durant ce vol. Tant que je suis là vous n'avez strictement rien à craindre.

Mon prisonnier se met à nouveau à crier :

- UNE BOMBE ! ELLE MENT !

Je lui brise son autre bras :

- Mais tu vas la fermer ta gueule !

Les passagers se regardent entre eux terrifiés, se perçant des yeux. Et je reprends pour les passagers :

- Cet individu dangereux vient d'être appréhendé. Nous ignorons pour l'instant s'il y a une bombe dans l'appareil. Nous avons besoin de vous tous pour mener les recherches, ainsi nous irons tous plus vite. Que tous ceux qui ont eu un contact direct avec cet homme viennent me voir. Je compte sur chacun d'entre vous pour fouiller scrupuleusement tous vos bagages ainsi que ceux de vos voisins.

Je fais le tour de la cabine en répétant machinalement ces phrases. Dans un élan de panique, tous se mettent à chercher. Certains se battent, s'accusent. Je vois les jeunes dans l'avion apeurés, perdus dans la foule. Des gens sont là pour maîtriser les bagarres. Ils se battent, oui, mais retrouvent la bonne cause. Je sais que chacun fera ce qu'il faut. Dans ce genre de moment, personne ne pense à une plaisanterie. Nous sommes tous dans le même avion.

Mon otage ricane :

- Peuh ! Vous n'allez rien trouver, vous perdez votre temps.

- Ce sont les recherches qui nous le diront, pas toi.

Soudain, l'appareil se met à piquer du nez, secouant la cabine. Je me tiens à un siège pendant quelques secondes avant que le phénomène ne s'arrête. Les gens crient. Je me précipite avec mon prisonnier vers le cockpit en tentant de les tranquilliser :

- Restez calmes ! Restez calmes ! Ce sont de simples manœuvres de sécurité ! Continuez à chercher !

Une fois à l'avant, je vois l'américain qui sort du poste de pilotage.

- Qu'est-ce qui se passe !? – lui dis-je –

- J'ai voulu vérifier notre course sur l'ordinateur, et j'ai fait une erreur à cause de ma blessure…

- Ah… vous devez faire traiter ça immédiatement.

- Tiens, vous me vouvoyez maintenant… ne vous en faîtes pas, ça va aller, je vais me laisser soigner.

Une hôtesse est déjà là avec le matériel nécessaire. Elle applique les premiers soins. De mon côté j'attache le prisonnier scrupuleusement. Je m'intéresse alors à la valise prudemment :

- Alors, tu vas me dire le code ou je dois forcer la serrure ?

Il reste en silence. Des passagers viennent me voir :

- Excusez-moi… il y a quelque chose que nous pouvons faire pour aider… ?

- Merci. La meilleure chose que vous pouvez faire c'est donner votre maximum dans les recherches. Ne vous suspectez pas entre vous. Restez calmes et tentez de rassurer les autres. Tout ira bien, ne vous inquiétez pas.

- D'accord… merci… bon courage…

Je reste touchée par l'intervention de ces gens… puis je fusille le terroriste du regard :

- A cause de toi, ces gens innocents sont en train de vivre en enfer. Tu vas me dire ton code ou je vais vraiment m'énerver. Je vais te massacrer.

- Pff… 86249713.

Je rentre le code et ouvre prudemment le bagage. Dans celui-ci se trouve un ordinateur, il semble verrouillé par une empreinte digitale. Je me sers :

- Tu permets ?

L'index du prisonnier déverrouille l'appareil seulement l'interface est dans une langue qui m'est inconnue…

- Hm…

- C'est du farsi – affirme l'américain –

L'hôtesse réagit :

- Oh mon dieu ! C'est un attentat ! C'est Al-Qaeda… !

- Non, pas nécessairement. – je rétorque – La langue utilisée peut n'être qu'une façade pour dissimuler ses vraies origines.

Je me tourne vers l'américain :

- Vous parlez la langue ?

- Malheureusement non, je sais juste la reconnaître…

- Alors il nous faut de l'aide…

Je me lève et fais le tour de l'appareil :

- Y-a-t-il quelqu'un qui parle farsi parmi vous ? Quelqu'un qui parle persan parmi les passagers ?

Je répète en faisant le tour de l'appareil, mais personne ne répond. Les gens paniquent et réagissent violemment :

- C'est Al-Qaeda ! ILS ONT PRIS L'AVION ! ON VA TOUS MOURIR !

- NON ! – j'arrête immédiatement – TANT QUE JE SERAI LÀ, IL NE SE PASSERA RIEN ! C'EST COMPRIS !? Nous avons trouvé un ordinateur codé en farsi, mais ce n'est probablement qu'une couverture ! Ce n'est qu'une LANGUE ! Alors, y-a-t-il quelqu'un pour nous aider !?

Les gens ont peur. Les visages sont ternes. Terrorisés. Mais il n'y a rien que je puisse faire pour empêcher ça. Je demande à tous de rester concentrés sur les recherches avant de retourner vers l'américain :

- Apparemment, personne ne peut nous aider…

- Et l'autre là, c'est son ordinateur, il doit bien savoir ce qu'il y a dedans…

- Inutile, il n'a aucune raison de nous répondre… du moins pour l'instant. Mais un petit peu de temps en privé avec moi saura peut-être le faire changer d'avis…

Comprenant ce que je veux dire par là, il intervient :

- Vous voulez que je m'en occupe ?

- Laissez donc… nous la Chine savions exiger des informations bien avant que vous n'existiez…

Je détache mon prisonnier pour l'emmener avec moi dans les toilettes et « m'expliquer » avec lui.

 

*

 

Au milieu de mon interrogatoire, l'américain frappe à la porte.

- Hey, y'a deux personnes qui veulent vous voir. Ils disent qu'ils parlent farsi.

- Ah ? J'arrive.

Je sors des toilettes, lui laissant entrevoir mes méthodes qui tâchent encore mes vêtements. Deux hommes attendent, avec un air dévasté. Je m'approche d'eux :

- Vous dites parler farsi ? Est-ce que c'est vrai ?

- O-oui… nous parlons tous les deux couramment…

- Pourquoi n'avoir rien dit tout à l'heure ?

- C'est que… on ne sait pas, dans la panique…

- C'est vous qui avez les deux faux passeports, c'est ça ?

Ils restent silencieux, glacés par ma remarque. Je les rassure :

- Ceci importe peu dans cette situation. Nous avons d'autres problèmes. Nous avons besoin de toute l'aide possible. De quelle nationalité êtes-vous ?

- Nous sommes Iraniens…

- Ah, très bien – remarque l'américain – c'est votre langue natale alors…

Ils acquiescent, je leur montre l'ordinateur et ils traduisent à mesure :

- Il semblerait que le propriétaire devait surveiller quelque chose dans cet avion, mais il n'y a pas beaucoup d'informations… ça a l'air d'être fait exprès. Il y a apparemment quelque chose caché dans cet avion… qui a été caché lors de la révision de l'appareil il y a 10 jours.

- Ah, oui c'est vrai… j'ai vu ça dans la fiche technique…

- Le document dit aussi que l'avion doit apporter sa cargaison aux États-Unis ou à la Chine, peu importe les moyens… et que l'information est « dans l'avion lui-même ».

- Qu'est-ce que ça veut dire ?

- Je n'en sais rien… il n'y a rien d'autre.

- En tout cas, il parle d'une information, qui doit parvenir aux États-Unis ou à la Chine – conclut l'américain – Nous pouvons raisonnablement exclure la possibilité qu'il y ait une bombe dans l'appareil… mais pourquoi alors aller jusque là ? De quelle sorte d'information s'agit-il ?

- Vous pouvez continuer à chercher ? – je leur demande –

- Oui bien sûr.

Je rejoins mon prisonnier qui se remet de ses blessures. J'ai fait en sorte qu'il ne puisse pas en finir par lui-même. Il reste là à souffler, la respiration rauque.

- Pas de chance pour toi, il y avait deux Iraniens dans l'appareil qui sont en train de nous traduire tout ton petit manège. Tu ferais mieux de me dire directement ce que je veux savoir. Ne t'inquiète pas, je veille à ce que tu ne meures pas de tes blessures…

- Allez… vous faire… foutre…

- Je commence à en avoir assez de ton attitude.

Je lui fais comprendre qu'il ne gagnera pas à ce jeu-là, avant de poser ma question :

- Quelle sorte d'information transporte cet appareil ? Parle !

Il reste silencieux. De rage, je brise le miroir de la salle de bain avec sa tête.

- Tu vas parler maintenant sinon j'en finis avec toi !!

Il persiste à ne rien dire. Je n'ai peut-être pas d'autre choix… puis je remarque quelque chose… derrière le miroir que je viens de briser. C'est une sorte… de document ? J'arrive à l'extirper, mais… qu'est-ce que…

Je sors en précipitation et interpelle l'américain,

- Regarde ça !

- Hein ? Où est-ce que tu as trouvé ça ?

- Derrière le miroir de la salle de bain. Regarde ce que c'est.

- Ce sont… des comptes en banque ?

- J'en connais quelques-uns… ceux-là appartiennent à la Chine, et ceux-là à l'ONU…

- Attends, il y en a de la CIA là-dedans, et du trésor américain… qu'est-ce que c'est que ces transactions… ?

- Il y avait plein de papiers comme ça dans la salle de bain, cachés derrière la glace.

A mesure que nous parcourons les documents… nous perdons espoir. La lecture nous donne des preuves. Des informations terribles. Irréfutables.

- Excusez-moi – l'un des Iraniens nous interpelle – nous avons peut-être trouvé quelque chose.

- Je ne sais pas à quel point il faut croire ce qui est écrit – dit l'autre – mais la personne dit ici que les informations contenues dans l'appareil vont déclencher une guerre…

J'échange un regard avec l'américain. Les documents de compte bancaires que j'ai trouvés… il y a d'autres choses comme ça… ?

Je retourne voir le prisonnier et lui montre les documents :

- Hé ! C'est toi qui a mis ça là !? C'est ça l'information que tu dois transmettre !?

Il ricane, certainement devenu fou sous la douleur :

- Hé hé hé, vous êtes amusants à vous débattre comme ça… à l'instant où cet avion a quitté le sol, il était déjà trop tard… la vérité va éclater, et vous pauvres pions vous ne pouvez rien y faire…

- Quelle vérité !?

- Que tout est faux ! Que tout n'est qu'une arnaque ! L'organisation des nations unies fait tourner des horreurs depuis des décennies ! Et personne n'en savait rien !

- L'ONU ? Des horreurs ?

- Puis pas que ! Tous les gouvernements du monde… ! Que des magouilles ! Des arrangements ! Et bah tout est là dans cet avion. Toutes les preuves. Mises entre les mains de n'importe qui, l'ONU n'y survivra pas ! Et finalement l'utopie prendra fin ! Ha ha ha ! Vous ne pouvez rien faire pour empêcher ça ! Les preuves sont partout dans l'appareil ! Vous ne pourrez JAMAIS les détruire toutes ! Vous comprenez !? JAMAIS !!

Je sors de la salle de bain et le laisse sombrer dans la folie. Il n'a plus beaucoup de temps à vivre, quoi qu'il en soit. Je rejoins l'américain d'un air grave :

- Tu as entendu… ?

- La plupart, oui…

- Qu'est-ce que… qu'est-ce qu'on fait ?

- Il faut lancer la recherche des documents et confirmer ses dires. Il n'y a pas d'autres solutions. Je vais retarder notre arrivée à la base américaine.

- D'accord… je vais prévenir les passagers.

Je me rends dans les couloirs où je commence :

- Mesdames, Messieurs, je peux maintenant vous assurer avec certitude qu'il n'y a pas de bombe dans l'appareil.

Il y a un élan de soulagement alors que je continue :

- Seulement, nous sommes maintenant à la recherche de documents officiels, des photos, des relevés de comptes, qui pourraient avoir été cachés dans l'appareil. Nous sommes obligés de dévier de notre course afin de les retrouver avant d'atterrir. Je conviens que tout ce qui se passe est très contraignant pour vous mais nous avons besoin de votre aide pour résoudre cette crise. Les documents peuvent être partout. Dans les doublures de fauteuils, dans les compartiments de bagages, sous la moquette… assurez-vous d'avoir la confirmation du personnel de bord avant de commencer vos recherches. Merci sincèrement pour votre coopération.

Tous se mettent à nouveau à chercher. De plus en plus de documents sont trouvés… des preuves horribles sur des manipulations financières, des trafics d'armes, de drogue et même d'humains… il y a des preuves pour toutes les atrocités du monde… et tout était parfaitement sous contrôle. Organisé. A l'abri des regards.

Ces documents, s'ils venaient à être découverts par qui que ce soit, créeraient des scandales à l'échelle mondiale. Si la dissolution de l'ONU serait la conclusion évidente de ces preuves, les conflits qui en suivraient pourraient très bien tourner en guerre armée. En entraînant une fois encore le monde dans les ténèbres...

Les documents sont partout… apparemment même accrochés à la carlingue de l'avion… nous ne pourrons jamais tout détruire.

Je retourne en silence au poste de pilotage, où je trouve l'américain allongé sur le sol.

- Qu'est-ce que… ?

Le commandant vient me trouver avec un papier :

- Je suis désolé… nous n'avons rien pu faire… il est tombé d'un seul coup.

- Quoi… ? Mais… quoi !?

Une capsule de cyanure de la CIA. Vu l'état du corps, c'est la conclusion évidente. Mais pourquoi !? Il était le seul à pouvoir contrôler l'avion ! Il… !

Je m'arrête… et je lis ses derniers mots.

 

« J'ai fait ce que j'avais à faire. Tu sais pourquoi. A toi d'accomplir ton devoir.

John. »

 

Les larmes me viennent. Cet enfoiré… je n'ai jamais su son nom, et il signe avec un générique...

- Nous nous dirigeons droit vers le Sud de l'Océan Indien – commence le pilote – dans une zone complètement déserte. Qu'est-ce qu'il espère trouver là-bas ? Notre carburant est limité…

Je m'adosse contre le mur en silence… puis souris, résignée :

- Il ne veut rien trouver. Il n'y a rien à trouver… venez avec moi.

Les deux hommes s'étonnent, puis me suivent. Nous allons dans la première classe, où j'incite les gens à nous suivre également. Je demande à tous d'arrêter les recherches. Nous avons trouvé ce que nous cherchions. Je laisse les gens s'asseoir puis ramener le silence. Et d'une voix lourde, je commence :

- Mesdames… Messieurs… comme vous le sentez peut-être, j'ai une nouvelle difficile à vous annoncer… S'il n'y a certes aucune bombe dans l'appareil… c'est l'appareil tout entier qui est bien une bombe. Une bombe terrible qui, si elle venait à être lâchée sur le monde, créerait des ravages inimaginables.

Ils se dévisagent tous, encore incrédules. Je continue :

- Les documents que vous avez trouvés… les photos, les articles, les transcriptions… sont tous des preuves accablantes qui signeraient certainement la fin de nations unies, et la rapide descente aux enfers de toutes nos patries. Nous sommes tous des victimes, nous qui sommes dans cette bombe… Tout s'est joué malgré nous, et nous nous retrouvons aujourd'hui piégés dans cette spirale ineffable des conflits humains. Mais aujourd'hui, il y a quelque chose que nous pouvons encore faire. Quelque chose que nous seuls pouvons faire, pour protéger l'avenir de tous. Ainsi… afin que jamais personne ne retrouve ces preuves… nous avons décidé de couler cet avion.

Un élan de protestation survient, j'essaye de parler plus fort que la foule :

- Nous avons encore 5 heures de carburant avant de tomber vers l'océan. Nous disparaîtrons sans laisser de trace. Personne ne viendra nous chercher. Personne ne nous retrouvera. Il le faut…

Un homme me prend violemment au col :

- MAIS VOUS ÊTES QUI POUR DÉCIDER DE ÇA !? VOUS N'AVEZ PAS LE DROIT !! DEMANDEZ DES SECOURS !

- Les communications sont coupées depuis le décollage. L'avion a été détourné depuis son départ de Kuala Lumpur. Malheureusement, le seul homme capable de contrôler cet avion vient de se donner la mort. Il a CHOISI ce qui nous arrive !

- VOUS FOUTEZ PAS DE NOTRE GUEULE !! VOUS ALLEZ CHANGER ÇA !!!

Les gens me frappent, se bousculent, paniquent… c'est l'anarchie. Je tombe au sol, et je me demande ce que nous avons faits pour porter une telle responsabilité…

Puis, après quelques minutes… comme si nous étions pris d'une conscience collective… le calme revient peu à peu. Les gens ne se battent plus. Les esprits s'apaisent. Il faut… accepter. Le silence est là… personne ne dit un mot. Les regards sont ternes… sans vie. Je me redresse, puis arrive à rassembler quelques phrases :

- Je suis une agente secrète chinoise. Je m'appelle Li Si, j'ai 36 ans. Je suis née à Beijing, et j'y ai grandi. J'ai vécu et vu beaucoup de choses. Des choses merveilleuses, qui m'ont inspirée. Transportée. J'ai eu des expériences fantastiques, j'ai fait des rencontres, des découvertes… je pense avoir eu une belle vie. Et vous ? Qui êtes-vous ?

Chacun se met alors à raconter son histoire. Des mots innocents, bercés par la nostalgie. Dans des larmes, pesant toute leur existence. Les histoires passent de personne en personne. De parfaits inconnus en parfaits inconnus. Toutes ces vies qui vont disparaître parlent maintenant de leur dernier soupir...

 

 

Les moteurs se sont arrêtés depuis déjà quelques minutes. L'appareil plonge lentement, dans une chute inexorable. Plus personne ne parle. Tout le monde regarde l'horizon s'approcher en silence. Les gens se serrent les uns contre les autres. Des enfants sont là aussi… victimes, malgré eux.

Si j'avais une dernière chose à faire pour ces gens… qu'est-ce que je ferais ? Que pourrais-je leur donner ?

Ce n'est peut-être pas grand-chose… mais voici ce que je veux être, dire tout haut, à la toute fin de mon existence :

- Je m'appelle Li Si, du vol MH370. Sur cet avion, je me suis battue pour ce que je croyais être juste. Pour que le monde puisse avoir une chance. Aujourd'hui, je disparaîtrai peut-être, mais demain… sera sauvé grâce à moi. Je ne suis pas une victime. J'ai fait ce choix. Je suis un héros. Comme tous ici.

 

 

 

Et un premier se leva, et à son tour :

 

« Je suis un héros »

 

Puis un second.

 

« Je suis un héros »

 

Et plus encore.

 

 10.


 100.


 238.


« Je suis un héros »

 

 

 

 

Tous debout, nous échangions des regards. Des larmes de courage. Des sourires d'adieu. Alors que notre avion planait dans sa chute, et plongeait vers la fin du voyage, je voyais figées sur ces visages la dignité, et toute la beauté qui font l'être humain.

Dans les moments les plus sombres, nous trouvons tous des valeurs communes. Nous nous accrochons tous à ce qui fait de nous des Hommes.

Dévouement.

Amour.

Inspiration.

La volonté de protéger.

Le sens du sacrifice.

 

Si vous pouviez nous entendre, vous, à travers le monde, sachez que la paix est la plus grande œuvre que vous pouvez entreprendre. Nous apprenons de nos erreurs pour prévenir les malheurs futurs, mais cela ne nous empêche pas d'en créer de nouveaux… Nous sommes une leçon, une raison qui fera changer le monde vers un meilleur avenir… si imperceptible qu'il soit.

Nous étions là. Et nous serons toujours là. Notre mémoire vivra à travers les gens qui raconteront notre histoire. Réécriront nos faits. Et nous serons toujours là.

Immortels par l'écrit. Éternels dans l'Histoire.

  • Bravo!

    · Ago over 6 years ·
    Tree of hope remain strong

    L R

  • bel hommage , suspens et émotions sont au rdv .et merci pour eux de laisser une trace de leur histoire .

    · Ago over 6 years ·
    Default user

    nikita

    • C'est une responsabilité qui incombe aux écrivains de faire vivre les histoires, je pense. merci d'avoir lu !

      · Ago over 6 years ·
      Photo (5)

      Hugo Sahuquet

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