Aimer à perdre la raison

Myc Martin

Ne me touche pas

Marie-Madeleine



Musée du Louvre, département des Sculptures du Moyen Age, de la Renaissance et des temps modernes. Aile Denon, niveau -1. Salle 169. Gothique tardif. Vitrine 06. Référence RF 1338.



Marie-Madeleine est nue. Peau laiteuse -bois de tilleul peint-, longue chevelure blonde, mains jointes en prière.

Pudique et sensuelle. Isolée dans sa boîte de verre, offerte, inaccessible. Rose sur les joues, les lèvres, les mamelons. Le sein gauche est découvert. Le sein droit apparaît entre les mèches de cheveux.

Dos parfait. La chevelure blonde en cascade couvre les fesses.



"Sainte Marie Madeleine". Ancien titre, "La Belle Allemande" ou "Madeleine pénitente".

Attribuée à Gregor Erhart (Ulm, vers 1570 - Augsbourg, 1540). Formé à Ulm, auprès de son père.

De nombreux artistes ont travaillé à Ulm, pendant le "Gothique tardif ou flamboyant" -1350 à 1550. Ecole d'Ulm, en particulier pour la peinture.



La statue proviendrait de l'église Sainte-Marie-Madeleine du couvent des Dominicains d'Augsbourg, vers 1515-1520.

La sculpture était suspendue à la voûte de l'église, soutenue par des anges volants. La base et l'avant des pieds sont modernes (XIXe siècle).

La statue est visible de tous côtés, son dos est aussi bien sculpté que sa face. Dans le dos, elle comporte un dispositif d'accrochage, qui permettait de la suspendre dans la nef de l'église.

La sculpture présente la grâce paisible et la physionomie douce de la tradition de l'Allemagne du sud. Corps féminin épanoui de la Renaissance, dans une attitude de contrapposto.

Attitude d'un personnage dessiné, peint ou sculpté, dans laquelle l'une des jambes porte le poids du corps. L'autre jambe est libre, légèrement fléchie. Les hanches sont mises en valeur, la composition est dynamisée. Les épaules sont inclinées à l'inverse. Le contrapposto apparaît dans la sculpture grecque à la fin du VIe siècle av. J.-C. Il marque la transition entre l'art archaïque et le premier classicisme.


Pendant l'occupation nazie, à la demande de Hermann Goering, la statue fut emportée en Allemagne. Par la suite, elle fut restituée au Louvre.



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À l'époque pré-chrétienne la Sainte-Baume est une montagne sacrée : haut lieu du culte de la fertilité et de la fécondité, notamment de l'Artémis d'Éphèse.



Marie-Madeleine est expulsée de Palestine avec plusieurs disciples, lors des premières persécutions contre les chrétiens. Avec Marie Salomé et Marie Jacobé.

Leur barque sans voile ni gouvernail, poussée par les courants, s'échoue à l'endroit nommé "Les Saintes-Maries-de-la-Mer". Sara la Noire les accueille, qui fait l'objet d'une dévotion fervente par les Roms. Les premières évangélisatrices de la Provence.

Marie-Madeleine prêche à Marseille en compagnie de Lazare. Elle passe les trente dernières années de sa vie -vêtue de ses seuls cheveux- dans une grotte, aujourd'hui le sanctuaire de la Sainte-Baume. Elle s'adonne à la prière et à la contemplation, dans la solitude.



Chaque jour, enlevée par les anges, elle entend les chœurs célestes.

Telle la Bien-Aimée du Cantique des Cantiques



... Que tu es belle, ma Bien-Aimée, que tu es belle !

... Tes seins sont deux faons jumeaux de biche paissant parmi les roses.

... Ma colombe nichée aux fentes du rocher, cachée au plus secret des parois escarpées, ...



À sa mort, Marie Madeleine est enterrée dans la crypte sur le site de l'actuelle basilique de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume (Var). La principale relique est un crâne, exposé dans un reliquaire doré, une pièce monumentale de 150 kg.

En 2021, un médecin spécialiste des cadavres anciens et un portraitiste judiciaire proposent une reconstitution du visage de Marie-Madeleine, à partir du crâne du reliquaire.

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Basilique Sainte-Marie-Madeleine de Vézelay (Yonne). En 1037, l'abbé Geoffroy (1037-1052) réforme l'abbaye. Il expose des reliques de Marie-Madeleine. En 1050, l'abbaye, à l'origine placée sous l'invocation de Marie, passe sous le patronage de Marie-Madeleine. En 1058, le pape reconnaît solennellement les reliques.

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Au XIIIe-XIVe siècle, des reliques sont découvertes près de la Sainte-Baume.

Au tournant du XVe siècle, le sanctuaire de la grotte est confié aux Dominicains.

De récentes découvertes de reliques témoignent en la faveur de l'ensevelissement d'une femme au Ier siècle, dans la grotte de la Sainte-Baume.



Marie-Madeleine, patronne des accouchées, des femmes perdues ou forcées, des enfants abandonnés.



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Musée du Louvre. Sainte Marie Madeleine tenant un vase à parfum.

Référence RF 1774. 1430, Lorraine.

Sculpture, pierre. Traces de polychromie, dorure.

Élément d'un groupe de Mise au tombeau, de Déploration du Christ ou de Saint Tombeau. Provient vraisemblablement d'une église de Verdun ou des environs.

Marie Madeleine porte un long vêtement plissé avec élégance, capuche relevée. Tête inclinée, yeux baissés. Attitude retenue, respectueuse. Le bras gauche est replié, main sur la poitrine. La main droite tient un flacon cylindrique, à bout de bras.

Collection Charles-Henri de La Cour, château des Monthairons, à Ancemont (Meuse). Donné en 1858 à l'abbé Mangin, curé d'Ancemont. Placé auprès d'un Christ en croix, sur un terrain communal dit "Le Calvaire" -annexe du presbytère.



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Le thème de la Madeleine pénitente est fréquemment traité par les artistes.



Rogier van der Weyden Tournai, 1399 ou 1400 - Bruxelles, 1464. Primitif flamand. Mysticisme, intériorité, réalisme.

1435–1438. Marie-Madeleine lisant. Huile sur panneau de bois.

National Gallery, Londres.

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Triptyque du Maître de l'Ilsung-Madonna / Maître de la Madone Ilsung.

1485 Crucifixion avec Marie, Marie Madeleine et Jean, sous la Croix.

Musée historique allemand, Berlin.

Peintre anonyme, style gothique, actif à Augsbourg (Bavière) vers 1475. L'un des artistes les plus significatifs du style gothique tardif d'Augsbourg.

Tableau destiné à la basilique Saint-Ulrich-et-Sainte-Afre d'Augsbourg, qui porte le blason de la famille patricienne Ilsung. Réalisme particulier dans la représentation spatiale, influence du style hollandais.

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Le Corrège, 1489-1534 peintre de l'école de Parme.

1527. Marie-Madeleine allongée, lisant dans une grotte. Copie au musée d'Agesci, Niort.

Marie-Madeleine est allongée de trois quarts sur le ventre. Sa nudité est dissimulée par une tunique bleue, sa chevelure blonde-rousse, laissée détachée, cache sa poitrine. Elle rappelle son passé de pécheresse.

La toile originale a été détruite lors des bombardements qui ont détruit Dresde, du 13 au 15 février 1945.

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Le Titien, 1485-1576 peintre et graveur italien de l'école vénitienne.

1530-1535. La Madeleine pénitente.

Galerie Palatine, Palais Pitti à Florence.

Expressivité, dévotion, sensualité. Le corps de la femme rayonne de lumière et contraste avec l'obscur paysage du fond.

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Le Greco 1541-1614 peintre, sculpteur et architecte espagnol, d'origine grecque. Le peintre fondateur de l'École espagnole du XVIᵉ siècle.

1577 ou 1578. Marie-Madeleine pénitente, huile sur toile, exécutée après l'arrivée de l'artiste à Tolède. Traits rapides.

Musée des Beaux-Arts, Budapest.

Le Greco renouvelle l'iconographie de la Réforme catholique.

Marie-Madeleine pénitente est une figure parmi les plus sollicitées de l'époque post-tridentine. Réaction contre la Réforme protestante (condamnation de l'idolâtrie des images), le concile de Trente (1545-1563) : légitimité de la présence des images dans les lieux de culte, ainsi que l'honneur et la vénération qui leur est dus. La Contre-Réforme, le baroque, la peinture au service de la religion.

La représentation de la pécheresse repentie est le symbole de la nécessité de la repentance et du salut par la Foi.

Marie-Madeleine se détache devant un rocher, le roc de la Foi, avec une branche de lierre, symbole de fidélité, vêtue d'un manteau bleu azur qui découvre son épaule droite. La main gauche de la pénitente effleure de la paume un crâne -symbole de la vanité de l'esprit du monde- posé sur une Bible ouverte, les doigts fins tendus vers le spectateur. À côté d'elle, un vase d'onguent rappelle le geste de Marie-Madeleine parfumant Jésus. Elle porte la main à la poitrine, les yeux au loin souligne le rapport unique et particulier qu'elle a au Ciel.

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(Attribué à) Jan Brueghel le Jeune (Flandres. Anvers, 1601-Anvers, 1678). Peintre baroque flamand.

17e siècle. L'Apparition du Christ à Marie-Madeleine. Huile sur cuivre.

Musée des Beaux-Arts et d'Archéologie, Besançon.

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Philippe de Champaigne Bruxelles, 1602-Paris, 1674 peintre et graveur classique français, d'origine brabançonne.

1657. La Madeleine Pénitente. Huile sur toile.

Musée des Beaux-Arts, Rennes.

La poignante Madeleine pénitente de Rennes est réalisée par l'artiste à l'occasion de la prise de voile de sa fille, sœur Catherine de sainte Suzanne au couvent de Port-Royal de Paris. Dans ce contexte, le choix de Marie-Madeleine prend un sens particulier ; elle évoque le renoncement aux choses du monde et la décision de la fille de l'artiste à consacrer sa vie à Dieu, à la prière. L'artiste ramène cette figure à un statut d'icône de piété. L'auréole entoure sa tête, le faisceau de lumière symbolise la présence du divin. L'œuvre est caractérisée par des tonalités sombres et cendrées, le chromatisme se rapproche d'une trichromie. Les émotions sont contenues, l'austérité de la représentation est contrebalancée par la virtuosité technique.

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Simon Vouet 1590-1649. Introduction du baroque italien en France.

1639-1640. Madeleine évanouie soutenue par deux anges, musée du Louvre.

Musée des Beaux-Arts, Besançon.

Dite aussi "Le ravissement de la Madeleine".

Madeleine se meurt ou se pâme d'amour ?

Madeleine évanouie, tête en arrière. Corps livide. Un sein découvert, un sein caché par ses cheveux. Un ange, debout derrière elle, la soutient et parle à l'autre ange qui contemple Madeleine. L'ange tient le bras de Madeleine et une étoffe. Une croix de bois, à la marge.



Le ravissement, extase mystique. Thérèse d'Avila, religieuse espagnole 1515-1582.

" ... J'apercevais près de moi, du côté gauche, un ange sous une forme corporelle.... Je voyais dans les mains de cet ange un long dard qui était d'or, et dont la pointe en fer avait à l'extrémité un peu de feu. De temps en temps il le plongeait, me semblait-il, au travers de mon cœur, et l'enfonçait jusqu'aux entrailles ; en le retirant, il paraissait me les emporter avec ce dard, et me laissait tout, embrasée d'amour de Dieu. ...

La douleur de cette blessure était si vive, qu'elle m'arrachait ces gémissements dont je parlais tout à l'heure : mais si excessive était la suavité que me causait cette extrême douleur, que je ne pouvais ni en désirer la fin, ni trouver de bonheur hors de Dieu ..."

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Eugène Delacroix 1798-1863 principal représentant du romantisme.

1845. Madeleine dans le désert. Musée Delacroix, Paris.

« Voici la fameuse tête de la Madeleine renversée, au sourire bizarre et mystérieux, et si naturellement belle qu'on ne sait pas si elle est auréolée par la mort, ou embellie par les pâmoisons de l'amour divin. »

Salon de 1845. Charles Baudelaire 1821-1867.

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Rennes-le-Château (Aude), l'église Sainte-Marie-Madeleine

date probablement du XIe siècle, partiellement détruite lors des guerres de Religion.

Le 1er juin 1885, Bérenger Saunière Montazels, Aude, 1852-Rennes-le-Château, 1917, jeune prêtre de 33 ans, impécunieux, est nommé pour tenir la cure de la bourgade.

L'église est délabrée. Elle fait l'objet d'importantes restaurations par son curé, à partir de 1886. Il aurait découvert des parchemins, un tombeau, un trésor.

Le Trésor des Wisigoths (sac de Rome en 410 après J.-C.),

des Cathares (chute de Montségur en 1244)

des Templiers (procès en 1307) ?

Bérenger Saunière est à l'origine du décor de style sulpicien et du mobilier de l'église. Pleine de symboles, de signes, d'indications.

À gauche de l'entrée, le démon ailé, gardien du seuil, soutient le bénitier en forme de coquille Saint-Jacques. Les murs sont recouverts de peintures en relief de style populaire. Autres éléments symboliques, les stations du chemin de croix.

La chaire marquerait l'emplacement de la « Dalle des Chevaliers », découverte par Saunière. Les épisodes de la vie de Marie-Madeleine sont représentés, hormis la scène essentielle de la rencontre avec le Ressuscité.

Les éléments (peintures, statuaire), selon les chercheurs, indiquent la localisation du trésor. Saunière appartiendrait à des milieux occultistes, rosicruciens ou francs-maçons.

Travaux dispendieux. Vie mondaine, mets raffinés, vins fins. L'origine de la soudaine fortune du curé reste énigmatique. Trafic de messes payantes à l'échelle de l'Europe ? Il creuse la nuit dans le cimetière, avec sa dévouée servante Marie Dénarnaud 1868-1953. Dans le village, la Villa Béthanie. La Tour bibliothèque Magdala, d'inspiration gothique. Les Jardins du calvaire, consacrée à Marie-Madeleine (statue).

Bérenger Saunière, hanté par l'idée du péché. Sa volonté, faire du village un haut lieu de pèlerinage, comparable à Lourdes ?



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Trois femmes sont identifiées à Marie-Madeleine :

Marie de Magdala

Marie de Béthanie. La sœur de Marthe et de Lazare

La pécheresse anonyme.



Marie de Magdala -bourgade près de Tibériade.

Marie -chère, aimée-, est un prénom fréquent, au temps de Jésus.

Madeleine vient de Magdala (Magadan) -"tour".

Le site archéologique de Magdala est situé au nord-est d'Israël, sur la côte septentrionale du lac de Tibériade -la mer de Galilée. Prospère village de pêcheurs. Archéologie : il abrite la plus vieille synagogue connue en Galilée. Un marché, des bains rituels, un port. «Pompéi israélienne».



Marie de Magdala évolue dans le même cercle que la femme de l'intendant du roi Hérode Antipas. Tétrarque de Galilée et de Pérée, de 4 av. J.-C. à 39 apr. J.-C.



Haut niveau social.

Marie-Madeleine, malade, est guérie par Jésus - "Sauveur".

Elle est transformée. Elle vend ses biens pour le suivre. Elle l'aide, avec ses disciples, de ses propres deniers. L'amie de Jésus.

Elle est présente au pied de la croix et au tombeau. Les apôtres trouvent le tombeau vide -qui a pris le corps ? Ils ne comprennent rien, rentrent chez eux.

Marie-Madeleine est la première, témoin du Ressuscité le matin de Pâques.

"Noli me tangere" -ne me touche pas. En grec, "ne me retiens pas". Jésus est ressuscité, son corps n'a plus la nature d'un corps mortel.



Marie-Madeleine part annoncer la résurrection aux apôtres. Fidèle à Jésus jusqu'à la fin, contrairement à ses apôtres les plus dévoués.

« Celui qui aura persévéré jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé. »



Une Vie écrite au VIe siècle assimile Marie-Madeleine à Marie l'Égyptienne.

344-421 après J.-C. Prostituée d'Alexandrie, elle se convertit dans l'église de la Résurrection à Jérusalem. Elle se repentit et se retire dans le désert, aux prises avec d'intenses tentations.

Trente ans de solitude, cheveux épars, vêtements déchirés. Elle est nourrie par des anges, ses cheveux poussent pour couvrir sa nudité. L'anachorète Zosime la visite, lui donne la communion. Un jour, il la découvre couchée sur le sol, morte, la tête tournée vers Jérusalem.

Près du corps, un message ; Marie souhaite être ensevelie à cet endroit. Mais le sol du désert est sec et dur, Zosime ne parvient pas à entamer la terre. Un lion s'approche, Zosime lui demande de l'aide. Le lion creuse la fosse avec ses puissantes griffes. Marie est ainsi enterrée.



L'image d'une Marie-Madeleine sulfureuse est récente. En Angleterre, les peintres représentent les favorites des souverains, en Marie-Madeleine pénitente. Possibilité de peindre des nus.

Le trouble érotisme est manifeste dans le mouvement décadent, principalement au cours des vingt dernières années du XIX e siècle.



Les figures bibliques sont sexualisées : Gustave Flaubert -Salammbô 1862 et Hérodiade 1877. Oscar Wilde -Salomé 1891. Gustav Klimt -Judith et Holopherne 1901. …



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Marie de Béthanie -à 100 kilomètres de Magdala. La sœur de Marthe et de Lazare.

Béthanie. Le nom dérive de l'hébreu, "maison de l'Affliction". Le village est une halte pour les pèlerins en marche vers Jérusalem. Les malades et les nécessiteux y sont soignés.

Village du Mont des Oliviers, à environ 3 km de Jérusalem, où vit Lazare et ses sœurs.



Maison du Pharisien, Simon le Lépreux. Marie de Béthanie verse du parfum sur la tête de Jésus. La scène se déroule avant la Passion. Jésus dit : "elle accomplit d'avance une bonne œuvre à mon égard. D'avance, elle parfume mon corps pour l'ensevelissement."



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La pécheresse anonyme.

En larmes, la pécheresse approche Jésus et répand le parfum à ses pieds, en signe de profond repentir. Jésus la pardonne, car elle a « montré beaucoup d'amour ».



"Pleurer comme une Madeleine"

Marie-Madeleine confesse ses péchés à Jésus et se repend ; elle pleure à chaudes larmes.

L'expression évolue au fil des siècles. Avant le XIXe siècle, « faire la Madeleine » signifie « feindre le repentir ».

L'expression « pleurer comme une Madeleine » naît au XIXe siècle, sous la plume d'Honoré de Balzac, dans la Comédie humaine 1829-1850

Expression courante à partir de 1830.



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La madeleine de Commercy (Meuse)

1755, château de Commercy. Le duc viager Stanislas Leszczyński attend à dîner Voltaire et Madame de Châtelet. Un esclandre survient entre l'intendant et le cuisinier. Furieux, ce dernier quitte le château, emporte le gâteau prévu.

Une jeune servante de la marquise Perrotin de Barmont, Madeleine Paulmier, propose au duc la recette d'un gâteau qu'elle tient de sa grand-mère. Le duc accepte.

L'assemblée apprécie le dessert impromptu. Le duc Stanislas fait venir la jeune cuisinière. En hommage, il donne au gâteau moulé dans une coquille Saint-Jacques, le prénom de Madeleine.

ou... la recette provient d'une cuisinière du cardinal de Retz, qui vécut un siècle plus tôt.



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Marcel Proust 1871-1922, À la recherche du temps perdu. Du côté de chez Swann 1913.

... Ma mère envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d'une coquille de Saint- Jacques. ... à l'instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d'extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m'avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. ...



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