anecdote mortelle

fragon

-J’aurais dû tuer le chat dès le jour de notre mariage.Quand j’entends cette phrase, c’est un homme qui me la rapporte. Il est très fier de lui et rigole en me regardant du coin de l’œil. D’un sourcil interrogatif, il m’incite à lui demander de poursuivre.Je m’exécute, m’attendant un peu au pire. Mais j’ai l’habitude. Il ne me faut pas longtemps pour comprendre où il veut en venir et que j’aurais mieux fait de laisser courir.Il m’explique qu’ici, « Tuer le chat dès le jour du mariage », ça signifie battre sa femme. À bâton rompu. Très fort et très vite. Et ce, dès les tout premiers jours de la vie commune, histoire qu’elle comprenne le sens du mot maître et qu’une fois pour toutes, elle ne se risque pas en récriminations futiles. Alors qu’il me raconte sa petite histoire, un large sourire barre son visage. Mon cœur se soulève. Ce soir, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. La maison est sens dessus-dessous, ça pue la clope dans toutes les pièces, ça fait quinze jours qu’on essaie en vain de s’installer, le chien n’a plus d’espace et cherche ses repères tout en faisant ses besoins un peu partout. Au même moment, je réalise que je me déplace dans un monde où certains hommes pleurent après ce qu’ils imaginent être un droit ancestral.Je souris d’un air pincé et laisse entendre que je comprends que c’est une blague mais au fond de moi mes tripes se cisaillent et mon cœur est révulsé. Voici soudain que j’en ai assez de la vie commune, assez de faire des concessions et plus qu’assez de passer pour la méchante. J’ai envie d’être seule et libre et je vous assure que ce n’est pas le chat que j’ai envie de tuer moi !
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