Ankylose

Christian Lemoine

Il n'est que de ressentir la légère ankylose, à peine ce début de lourdeur du bras trop longtemps immobile, et l'on pourrait aussi bien se croire plongé dans ce grave engourdissement, celui qui, sans doute, précède la fusion de la conscience dans le remous fondamental bien plus profond qu'elle. On peut en être inquiet, et comment ne pas l'être ? de sentir l'esprit migrant de marche en marche vers des abîmes insondables, de le savoir rompu et disloqué, dépris de son paraître altier quand il ploie déjà, cédant sous le harnais comme on verrait un cob céder sous la charge, pattes brisées, encolure hachée ; ainsi de la vaillance et de la bravade, qui finiront par s'auto-dévorer en ouroboros étriqué, serpent se mangeant lui-même pour mieux effacer les traces de sa finitude.

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