Avoir son côté servile (et en plus être caissière)

pianitza

Crise d'ego - Deuxième partie [Chapitre 4]

Si j'vous dis qu'en trottinant sur l'aile des grandes surfaces j'ai eu une espèce de révélation, z'oserez m'croire ?
Ça aide, les grandes surfaces, à comprendre les choses. Sont tendues sur la verve des sourcils, le haut des étagères pleines de boîtes et de signatures venues d'Orient (Orient, aujourd'hui = Monsanto, hein).
Tu consommes comme un connard, j'sais bien. J't'en veux plus, vas-y, bouffe. Et crève, rapidement, qu'on en parle plus. J'en ai jamais plus voulu à personne quand j'ai su qu'un jour je resterai cambré là-bas, non loin de la station essence (Tu la connais aussi ?). Les muscles tendus par toutes les douleurs, le ciel s'assoiffant, toi à mes côtés. Cœur battant, enfin… La mort, ensemble, nous semblera inconvenante. Avec ses réponses de quoi voir, quand voir. Pourquoi voir ? (Vivement que j'en perde la vue, tiens. Et toi aussi…)
J'étais sûr que tout s'effacerait, tôt ou tard. On est tellement mieux sans notre grosse bedaine pleine d'ego. Tellement mieux dans la dernière servilité ! Grosse pute pleine de mode ! Continuons à, produire, reproduire, exister. Attenter. Célébrer. S'offusquer. Mais dans la mort. Ce sera plus sain.
Je vous hais tellement, perfectionnistes qui voyez qu'avec vous et qu'avec vos autres vous. Limite c'est de l'amour, tellement j'vous hais.
On dirait que parce que la boîte de conserve du haut dépasse des étagères, y'a problème. Vite, Faut vite, vite, jeter l'escabeau contre l'étagère ! Vite ! Faut vite, vite tendre les 10 doigts vers les néons ! P'tain ! T'y crois ça ? Gérard ? Germaine ? T'arrives à y croire à cette boîte de conserve qui laisse traîner ses pinglots sur les bords ? P'tain, merde… Qu'est-ce qu'on va devenir ?! (Des larmes tombent.) À tous les coups ça va être difficile de dormir ce soir. À tous les coups quelques écorchures vont s'éterniser sur la fiche de paye.
Et après vous vous étonnez de cette odeur de cancer qui mugit dans les recoins de votre corps sale, quand vous entendez ça ?
J'ai une idée, lecteur.
Regarde, ce que mes phalanges pleines de savons transportent : Du liquide vaisselle.
Faut embaumer un peu la servilité des caissières Carrefour qui des fois s'assoupissent. Formule Monsanto. Botte secrète.
Faut confondre leur servilité à la mort plastique qui les attend.

Random caissière – Qu'est-ce que vous faîtes, Monsieur Pianitza ?
Moi – Sniffez ce liquide. C'est un ordre.
Random caissière – Mais…
Moi – Je travaille chez Monsanto. Sniffez…
Random caissière – Mais… J'vais me sentir mal…
Moi – SNIFFEZ !

Et on s'étonne que cette connasse de caissière croule les yeux dévissés sous l'escabeau. « Snif, snif ! » C'est l'odeur du plastoc' ! Ma vie entre les marques !
Son cadavre glissera éternellement sur le tapis électrique. Son tombeau. Et tout le monde s'en foutera.
Et tellement que tout le monde s'en foutera, que ça en deviendra de l'amour !

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