CHAPITRE 2 : Fimbulvetr

Clément Barthélémy

- Où le destin va-t-il te mener, désormais ?

Ces paroles me brûlèrent la langue à l'instant même où je les prononçais. Mon cœur s'était attaché à Liv depuis notre première rencontre en Northumbrie. Nous avions passé de bons moments ces derniers temps. Et voilà qu'elle devait partir.

- Pour le moment, je dois aller à York, dit-elle en attachant son sac en cuir au reste de ses affaires sur son cheval. Pour le reste, je n'en sais rien.

- Tu pourrais rester...

- Je ne me vois pas rester parmi vous, Almar. Passer l'hiver dans les bois en attendant qu'une grande bataille éclate. Quel serait l'intérêt pour moi de rester ?

- Y a-t-il un meilleur intérêt à devoir repartir pour York ?

- Je prends mes ordres des rois et des jarls.

- Tu es une femme libre. Libre de choisir ta voie.

Elle soupira et baissa la tête en posant ses mains sur le flanc de son cheval.

- Tu pourrais faire le choix de rester, continuai-je.

- Tu es dans l'illusion. Tu penses faire tes propres choix alors qu'en vérité, tout est déjà tracé.

J'attrapai son poignet avec délicatesse et posai ma main sur sa joue. Elle parut surprise au début, et finit par se tourner face à moi puis enserra ma main avec la sienne. Elle posa son front contre le mien, et je pouvais sentir son souffle court sur mon visage. C'était une femme si belle et ardente.

- Pourquoi faudrait-il que le destin te mène loin de moi ? chuchotai-je en fermant les yeux, comme pour demander aux dieux leur bénédiction.

Liv leva lentement la tête et me sourit faiblement. Je n'avais encore jamais vu ses yeux d'aussi prêt. Elle prit alors ma main pour la décoller de sa joue.

- Nous nous reverrons, Almar, murmura-t-elle. J'en suis sûre.

La jeune guérisseuse prit appui sur un tronc d'arbre pour monter à cheval. Elle ne m'accorda aucun autre regard et fit simplement faire un demi-tour à l'animal, qui partit au galop à travers les arbres en direction du nord. Elle était partie.

Et nous aussi allions devoir partir. Tous étaient prêts à marcher vers le sud. De notre campement, il ne restait plus que quelques tas de cendres qui commençaient à se disperser à cause du vent. Les chevaux étaient attelés, le matériel chargé et les hommes en train de discuter dans l'attente du départ. Nous étions au mois de novembre, l'hiver était proche et avec lui, le manque de vigilance de la part des saxons. Ils devaient se concentrer sur la construction de leurs forteresses plutôt que sur la protection-même du royaume de Wessex. Mais il fallait rester prudent. Le roi Alfred était rusé.

La corne retentit et, quelques instants plus tard, le convoi commençait à avancer en direction du sud, dans la même direction que nous avions prise avec Liv pour aller chasser. Je me remis debout et passai ma main dans mon dos pour enlever les morceaux d'écorce qui étaient restés collés à ma tunique en lin. Puis j'enfourchai mon cheval pour m'insérer dans le convoi, à côté de Magni.

- Je croyais que jamais tu ne viendrais, me dit-il. Ne t'inquiète pas, tu la reverras au printemps.

- Je l'aime, je le crains.

- Je l'avais remarqué, souligna-t-il. Je ne suis pas aveugle.

J'espérais vraiment revoir Liv. Après tout, nous étions à l'aube d'une grande bataille qui allait décider du sort du Wessex. J'allais courir entre les lames tournoyantes des saxons sur le champ de bataille, épée et bouclier en main, et seuls les dieux savaient si je serais encore parmi les vivants cet hiver. Je devais me préparer à cela, comme avant chaque bataille. Je devais prendre conscience que les portes du Valhalla seraient prêtes à m'accueillir, je ne devais pas en avoir peur. Tous les guerriers souhaitaient mourir en héros et rejoindre la grande halle d'Odin, le père de toutes choses, Dieu des dieux. Aucun guerrier ne voulait trépasser sans honneur, et finir dans les glaces du Niflheim où il se noierait dans des eaux glacées pour l'éternité.

Le Valhalla paraissait même plus accueillant que le monde dans lequel nous nous battions, pour être honnête. Qui ne rêverait pas d'aller à Asgard, sur la terre des dieux ? Passer les portes de cette immense halle dont nous ne pourrions même pas voir le sommet, avec un toit recouvert de boucliers dorés. Qui ne rêverait pas d'être emmené par les Valkyries pour devenir un Einherjar, un guerrier vivant sous la protection d'Odin, à festoyer en compagnie de sa famille ? Chaque jour, les guerriers se battaient et s'entretuaient sans crainte car, lorsque venait l'heure du festin, ils se nourriraient de la chair de Sæhrímnir, un sanglier qui revenait à la vie tous les soirs et serait mangé à nouveau. Et lorsque le moment serait venu, les guerriers combattraient en compagnie d'Odin lors du Ragnarök.



« Tous les Einherjar,

dans le pré d'Odin,

chaque jour se pourfendent.

Ils désignent les morts

puis, du combat, à cheval ils reviennent.

Ensemble ils siègent ensuite, réconciliés. »



Telles étaient les paroles de mon père. J'aimais l'entendre me compter les exploits des dieux avant de m'endormir le soir. Je savais à quoi ressemblait chaque monde de notre univers, qui reposaient tous sur Yggdrasil, le frêne géant, dont la troisième racine était rattachée au puits d'Urd en Asgard, gardé par les Nornes du destin que même les dieux craignaient.

Le Valhalla était dans l'esprit de chacun de nous. Il nous attendait tous.

- Penses-tu que nous y arriverons ? me demanda Magni, faisant certainement référence à la bataille de cet hiver.

- Je pense que nous avons nos chances, répondis-je, sur la réserve. Nous avons beaucoup d'hommes. C'est la Grande Armée. Cependant, tous les guerriers que nous n'avons pas tué mais seulement chassé un peu plus au sud seront avec le roi Alfred dans le Wessex. Nous aurons affaire à une grande armée saxonne.

- Il est vrai qu'une attaque menée en hiver représente un risque, surtout avec le nombre de combattants qui se dresseront devant nous. Mais le plan de Guthrum et Ubba semble crédible.

- Nous verrons bien.

Mon passâmes à côté de la petite bute de terre sur laquelle nous étions perchés quelques heures auparavant, Magni prêt à décocher sa flèche pour abattre la biche. Cette fois-ci, aucun animal n'était présent en contrebas, prêt des buissons. Je ne pus cependant m'empêcher de sourire en me rappelant ce magnifique moment passé en forêt.

- Tu n'as toujours pas trouvé, murmura Magni après avoir jeté un coup d'œil derrière pour s'assurer que personne n'écoutait.

- Pas encore, répondis-je.

Cela me faisait drôle qu'il se décide à en parler sans que je n'aborde le sujet avant lui. Ce secret dont il était mon seul confident était bien gardé. Magni était la seule personne à qui je faisais assez confiance pour dire ce genre de chose.

- J'imagine à quel point cela doit être dur à accepter, ajouta mon ami.

- Je l'ai accepté, dis-je. Mais je l'accepterai encore mieux lorsque j'en connaîtrai le responsable.

Il n'ajouta rien de plus à ma déclaration, ne voulant pas s'étendre davantage.

- Puissent les dieux nous protéger pour l'hiver à venir, lâcha Magni en regardant le ciel.

Le reste de la marche se passa plutôt bien. Malgré la lenteur du convoi, et il est vrai que nous n'étions pas pressés, nous avions fini par nous arrêter au niveau d'une large plaine au beau milieu des bois. Nous avions longé la rivière et entendions même le torrent d'une cascade non loin. Le terrain était vaste avec quelques arbres ici et là qui allaient pouvoir servir de pilier pour nos futures constructions. Cette fois-ci, notre campement allait être un peu plus élaboré étant donné que nous allions nous installer plusieurs semaines.

Et nous commençâmes sans attendre. Certains s'affairèrent à couper des branches, abattre des arbres pour les débiter, tandis que d'autres s'occupaient des tentes, toutes montées de sorte à ne former qu'une seule et même tente qui allait être immense. Celle-ci allait nous servir de grand skali, cette salle commune où se déroulaient les banquets et autres célébrations. Bientôt, nous allions devoir fêter Jól. D'autres hommes étaient postés un peu partout, formant un grand cercle autour du camp pour monter la garde.

Quant à moi, je rassemblais des branches pour les tailler en piques dans le but de former des barricades. Même sur un campement temporaire, il était important de bâtir un minimum de défenses pour nous protéger. Nous étions nombreux, et les constructions principales étaient terminées à la fin de cette première journée. Une ouverture avait été installée au centre de la grande tente pour laisser s'échapper la fumée d'un grand feu qui brûlait déjà avec intensité. Pour le repas de ce soir, cerfs et sangliers furent abattus un peu plus tôt.

- Ton couteau coupe toujours aussi bien, à ce que je vois, convint Magni, mains sur les hanches en regardant le tas de branches taillées par mes soins.

- La lame n'est pas très longue, mais je la garde bien affûtée, me justifiai-je.

- On a assez de piquets. Viens, on va rejoindre Ingar et Ulrik pour installer les barricades.

Celles-ci n'étaient pas forcément très élaborées, mais elles suffiraient à ralentir un groupe de saxons. Pas une armée, certes, mais nous ne pouvions pas nous permettre de bâtir une forteresse, nous ne l'aurions même pas terminée d'ici la bataille, d'autant plus que la plupart des saxons devaient être de l'autre côté de la frontière en ce moment-même, ignorant nos intentions de cet hiver.

Les jours passèrent et nous vaquâmes à nos occupations habituelles en ressentant le froid arriver. Les nuits étaient beaucoup plus fraîches et bientôt, les premiers flocons firent leur apparition, laissant une pellicule blanche plus épaisse que celle laissée jusqu'ici par le givre. Je n'avais pas énormément de vêtements chauds, mais ma peau d'ours était suffisante. Vivre un hiver proche du sud de l'Angleterre n'avait certainement rien à voir avec un hiver à vire dans le Vestfold.

Pour la première fois depuis longtemps, je ne me sentais pas à l'aise. J'avais l'impression de vivre sans but. Je gardais bien en tête l'objectif de la bataille à venir, mais nous devions attendre, sans voir venir aucun messager du nord pour nous informer de la tournure que prendrait cette offensive, sans parler du fait que la vie devenait plus difficile en raison de la nouvelle saison qui s'installait peu à peu. Je détestais ce sentiment, car j'avais alors plus l'impression de survivre, que de vivre pleinement. Je chassais, je mangeais, et je pensais. Je pensais beaucoup et c'était peut-être le seul point positif de cette attente interminable. J'avais suffisamment de temps pour réfléchir à la suite.

Tous les soirs, allongé près du feu et emmitouflé dans ma fourrure jusqu'aux oreilles, je puisais dans mes souvenirs pour me remémorer mon passé. Mon esprit s'était égaré, j'en avais marre d'attendre et je me posais tellement de questions sur mon avenir. Lorsque j'étais petit, mon père avait réponse à tout. Je pensais qu'une fois devenu adulte, j'aurais toutes les réponses, moi aussi. Mais je me sentais chaque jour un peu plus perdu, avec l'impression de ne rien connaître de la vie. Il était difficile de savoir ce que les Nornes du destin nous préparaient. Mais à attendre ainsi avec le même rythme de vie chaque jour, je me demandais quel rôle pouvait bien avoir le fil de mon destin pour la conception de la toile tissée par les trois fileuses.

J'étais tiraillé entre deux pensées. Il n'était pas bon de connaître son destin, car si nous connaissions le jour de notre mort, notre vie n'aurait dès lors plus aucun sens. Et pourtant j'étais tellement inquiet vis-à-vis de la suite que je priais les dieux tous les soirs en quête d'un signe quelconque qui m'indiquerait la voie. Mais rien à l'horizon, si ce n'était cette neige qui nous frappait parfois le visage. Errer sans but n'avait rien de positif, et j'avais l'impression d'être constamment hanté par Loki, dieu de la malice et de l'illusion.

Pour chasser ces mauvaises pensées, je fermais les yeux pour me rappeler mon enfance passée en compagnie de Magni. Je me sentais bien dans ce petit village à l'époque. Il n'y avait que quelques habitants mais la vie y était simple et tranquille. Nous avions du bétail, des constructions toutes l'année en vue d'améliorer le village, des combats, des jeux et festivités en compagnie des guerriers qui revenaient de leurs expéditions. Parce que même s'il s'agissait d'un village peu connu, nous étions près de la côte et de l'un des plus grands ports du Vestfold. Lorsque les guerriers issus de toute la Scandinavie accostaient, nous les accueillions avec enthousiasme. Du haut de nos dix ans, nous les admirions et voulions devenir comme eux. Alors dès qu'ils revenaient, face à notre entrain, ils nous prêtaient leurs boucliers le temps de débarquer leurs affaires. Je me souvenais encore avoir été chercher nos bâtons chez nous pour redescendre sur la plage. Nous nous battions avec Magni, comme si notre vie en dépendait. Les guerriers s'amusaient à nous regarder nous battre avec leurs boucliers trop grands et trop lourds pour nous. Mais ils nous motivaient !

- Vas-y, Almar, sur ta droite ! me criait l'un d'entre eux en tournant autour de Magni et moi.

- Plus haut, ton bouclier, petit !

Nous étions encore insouciants. Mais le champ de bataille nous attendait. J'avais passé une enfance heureuse, je voyais mon père profiter de la vie que les dieux lui avaient offerte, malgré la mort précoce de ma mère. Il aidait à la construction de navires et aux améliorations des habitations avant chaque hiver. Il savait bien travailler le bois. Mais par dessus tout, il rassemblait les gens pour mettre en scène des personnages fictifs parmi les dieux pour conter leurs exploits.

Mon père était très ami avec le père de Magni, jusqu'à ce que celui-ci meurt subitement après s'être plaint d'une forte douleur au cœur. Personne n'avait aucune idée de ce qui lui était arrivé. La mort soudaine de son père avait amené Magni à s'interroger sur le bien fondé de l'existence de nos dieux. Il était alors envahi par le doute, comme cela nous arrivait souvent dans la vie. Puis il avait fini par comprendre que nous n'étions rien en réalité, et que nous devions profiter de la vie parce que nous ne connaissions pas le jour de notre mort, qui pouvait arriver plus tôt que nous le pensions. Pour Magni, chaque jour était une bénédiction. Et nous devions en remercier les dieux.

Je repensais aussi à Liv en tentant d'imaginer où elle pouvait être. Cette jeune femme avait su recevoir le don de la connaissance des runes et des pouvoir de la nature. Pour acquérir la sagesse, Odin avait sacrifié un œil. Et pour acquérir la connaissance, ce fut blessé par sa propre lance qu'il se pendit à Yggdrasil durant neuf jours et neuf nuits sans boire ni manger, jusqu'à ce que les runes lui soient révélées et qu'il ne les communique aux hommes.

Ainsi qu'aux femmes. Liv avait appris des différentes runes qui étaient représentées par un élément spécifique de la nature. Je trouvais cela fascinant. Elle était fascinante. Et ses connaissances sauvaient des hommes chaque jour.

Les préparatifs des festivités de Jól approchaient, mais un beau jour, alors que la neige tombait abondamment en recouvrant le sol, un cheval arriva depuis le nord avec sur son dos un cavalier méconnaissable, recouvert de fourrures jusque sur la tête. C'était l'un de nos hommes, sans aucun doute. Il sauta de son cheval qui était encore en train d'avancer pour se diriger vers le jarl Aasbjornson qui sortait tout juste de la grande tente.

- Je viens sur ordre d'Ubba, annonça l'inconnu, la voix tremblotante.

- Quel est ton nom ? demanda le jarl.

- Knut, fils de Jorik.

- Quel est ton message, Knut ?

- L'attaque du roi Guthrum sera menée après la « douzième nuit ». Il s'agit d'un jour sacré pour les saxons. Ils seront en pleine célébration.

- Oui, il s'agit du sixième jour de janvier, pour eux.

Le jarl sembla pensif en fixant le sol blanc, oubliant les bourrasques de vent qui nous martelaient tous le visage.

- Puis-je me réchauffer près de votre feu ? murmura le nouvel arrivant.

- Bien sûr ! s'exclama notre chef en plaçant sa main derrière l'épaule de Knut. Tu as fait une longue chevauchée. Mais nous avons brassé de la bière ! Tu vas tout m'expliquer en détail.

Alors le jour tant attendu était enfin fixé. Nous savions désormais quand l'assaut contre les saxons allait être donné. La nouvelle me donna un frisson qui traduisait ma nervosité et mon excitation. Je ne savais pas encore si le reste de l'hiver allait être long ou non car jusque là, j'avais attendu dans le déni et dorénavant, l'attente allait être justifiée mais les jours pouvaient être comptés, et donc plus longs à attendre.

Malheureusement, c'était ce que je redoutais le plus qui se produisit par la suite. Une attente interminable, d'autant plus que le jarl Aasbjornson avait attendu deux jours après l'arrivée de Knut pour nous annoncer la nouvelle de manière officielle en nous expliquant comment allait se dérouler l'assaut. En soi, il n'y avait rien de bien compliqué. Il s'agissait simplement d'une attaque classique bien qu'elle serait de grande envergure, mais menée en hiver. Néanmoins, à peine étions-nous au courant que les nouvelles se bousculèrent dans les jours suivants. Nous avions appris que Halfdan Ragnarson s'était retiré sur ses terres de Northumbrie après avoir appris la mort de son frère Ivar, tombé en Irlande. Halfdan avait beaucoup d'hommes sous son commandement, et Guthrum allait devoir se montrer prudent pour attaquer le roi Alfred. Il fallait redoubler de stratégie afin d'éviter des pertes inutiles.

Guthrum décida alors d'envoyer des éclaireurs dans le Wessex afin de préparer son attaque. Il avait choisi Wareham pour installer ses troupes. Il savait qu'Alfred allait se rendre à Cippanhamm pour assister à une fête chrétienne appelée Épiphanie. Par conséquent, tout le monde serait là, du roi au paysan pour cette période sacrée. Les défenses de la ville seraient exposées et le roi aurait besoin de temps pour rassembler ses soldats.

Tel était le plan de Guthrum. Nous allions donc festoyer et célébrer Jól avant de nous lancer en direction du Wessex pour faire tomber le roi Alfred. Je ne réalisais pas encore l'ampleur de cette attaque. Après tout, pour l'heure, il ne s'agissait que de paroles et de stratégies mises en place. La chose concrète allait faire toute la différence, car cela pouvait se passer exactement comme Guthrum l'entendait, ou nous pouvions aussi succomber aux défenses saxonnes. Si une chose était certaine cependant, c'était que l'issu de cette bataille était déjà décidé. Mais seuls les dieux savaient ce qu'il adviendrait. Beaucoup allaient perdre la vie. Et peut-être que j'allais en faire partie. Le fil de mon destin avait-il sa place dans la grande toile tissée par les trois Nornes ? Allais-je rejoindre le Valhalla dans les jours à venir ? En tout cas, je sentais l'assurance grandir en moi. Parce que j'allais enfin pouvoir être utile en participant à la prise de l'Angleterre. J'imaginais déjà notre peuple vivre et engraisser sur ces terres fertiles durant les décennies à venir.

Bien que les hivers que j'avais connus jadis durant mon enfance furent pour le moins pénibles, celui-ci me paraissait interminable. Aussi long que Fimbulvetr, cet hiver de trois ans précédant le Ragnarök. Durant ce long hiver, la neige viendrait de toutes les directions sans même que l'été ne survienne, et j'avais l'impression de vivre le plus long de tous les hivers qu'il m'eut été donné de connaître.

Les célébrations de Jól approchaient, et j'espérais de tout mon cœur que je pourrais revoir Liv. Peut-être se joindrait-elle parmi nous étant donné qu'il n'y avait plus aucune attaque menée en ce moment et que nous étions la prochaine armée à voir une multitude d'hommes blessés. Si elle devait se rendre quelque part pour ses talents de guérisseuse, ce serait sûrement ici.

Mais les premiers jours de célébrations débutèrent et elle n'était toujours pas là. Jól était le moment de l'année où Heimdall, gardien du pont Bifröst séparant Asgard des autres mondes, se rendait dans chaque foyer et offrait des présents aux enfants ayant bien agi durant l'année. Ceux qui n'avait pas bien agi découvraient quant à eux un tas de cendre dans leurs chaussettes. De toute façon, il n'y avait pas d'enfants au sein de nos groupe. Mais Jól était aussi une fête durant laquelle nous célébrions la nuit la plus longue de l'année. Par la suite, les jours rallongeraient et viendrait le temps des cultures et des moissons. Nous accomplissions des rites sacrificiels pour appeler la bénédiction des dieux sur les récoltes à venir. Les chèvres, les porcs, les poulets et le bœuf sacrifiés seraient consommés lors d'un grand festin. Une immense structure en bois fut installée au milieu du camp, à distance raisonnable des tentes, pour faire un grand feu afin d'assurer la renaissance du soleil.

Nous étions la veille des sacrifices lorsque je décidai d'aller voir Borgir qui s'occupait de rassembler les animaux. Il était en train de piquer les porcs avec une tige en bois pour les faire avancer, tandis que de l'autre main il tenait trois chèvres au bout d'une corde. J'approchai au moment où il fermait l'enclos et posai mes deux coudes sur le bord des barrières en bois.

- Belles bêtes, hein ? lança Borgir en me voyant scruter les animaux.

- Avons-nous d'autres chèvres ? lui demandai-je en pointant le troupeau du doigt.

- Oui, quelques unes.

Je réfléchis un instant, puis mes yeux se posèrent sur l'une des chèvres du troupeau, blanche avec une tâche noire sur la face, les cornes tout juste développées.

- Celle-ci, précisai-je. Je voudrais que tu me la mettes de côté.

Il soupira en secouant lentement la tête, contrarié.

- Si tout le monde me demandait une chèvre ou un poulet pour un sacrifice personnel, tu imagines bien qu'il ne resterait pas beaucoup de bétail à sacrifier pour le blót .

- Je sais Borgir, mais c'est très important pour moi. Il n'y a rien d'égoïste là-dedans, j'en ai simplement besoin.

- Et je peux savoir pourquoi ?

- Écoute, étant donné que nous avons d'autres chèvres, je peux très bien en prendre une, ça n'a pas d'importance. Il y en aura assez pour nos célébrations.

- Je préférerais que tu prennes un poulet...

- Mais je veux une chèvre.

Borgir sembla hésiter à nouveau et finit par sauter par dessus la barrière pour attacher la chèvre à l'autre bout de l'enclos avec sa petite corde de lin.

- Merci, déclarai-je. Je te revaudrai ça.

Le blót allait être célébré le lendemain au coucher du soleil. Tout le monde était prêt et, comme nous n'avions pas de godi parmi nous, l'honneur de ce blót revint au jarl Aasbjornson. Ce jour-là, lorsque le soleil disparut sous l'horizon, tous les hommes se rassemblèrent près du grand feu. Borgir s'occupa d'emmener les animaux un à un qui furent égorgés à l'aide d'un couteau après que le jarl ait prononcé les paroles sacrées, afin qu'Odin accepte ces sacrifices. Puis un scalde s'avança et chanta tout le long des mises à mort des animaux.

Le sang fut recueilli dans des récipients et, avec un rameau utilisé comme goupillon, le jarl nous aspergea tous de quelques gouttelettes à tour de rôle. Il consacra ensuite la coupe et but une première gorgée en l'honneur d'Odin, les autres en l'honneur de Njörd et Freyr, afin d'obtenir une bonne récolte pour l'année à venir, en espérant pouvoir cultiver la terre du Wessex. Après quoi, nous rendîmes hommage à nos défunts avant de terminer la cérémonie.

Nous débutâmes ensuite la cuisson lente de la viande que nous dégustâmes le lendemain. Durant le festin, le sclade accompagna son chant avec de petites notes jouées à la lyre, tandis que son ami frappait son large tambour avec un morceau de branche de sapin dont le bout était enroulé dans un morceau de laine.

Les jours passèrent et les festivités continuèrent. La journée, les hommes entretenaient le fil de leur lame afin de se préparer au combat et, le soir, ils festoyaient, s'amusaient, chantaient et buvaient. L'hiver semblait affirmer sa présence. De la neige tombait en quantité toute la journée pour nous envelopper dans une immense forêt blanche. L'entretien des feux était parfois compliqué et demandait une attention constante, mais nous étions habitués.

La veille du grand départ pour le combat, je décidai de dormir un peu plus longtemps dans ma tente où la température était acceptable. Enfin, je ne dormais pas vraiment, mais je me reposais. Je sentais mon ventre se nouer à l'idée que ma vie pouvait basculer le lendemain. Alors très vite, me yeux refusèrent de se fermer et mon esprit agité me fit comprendre que je ne pourrais pas dormir davantage, donc je me redressai pour faire un inventaire afin de m'assurer que j'avais toutes mes affaires pour le grand jour.

Je n'avais pas besoin de grand chose. Pour éviter de salir ma peau d'ours au cours de la bataille, j'avais un grand manteau bleu en laine avec une capuche que j'avais acheté à Hedeby deux années auparavant. Une belle broche me permettait de le refermer pour rester au chaud, bien que celle-ci n'était cependant faite ni d'or ni d'argent. J'avais également une paire de mitaines en peau de mouton grâce auxquels je pouvais avoir une bonne prise en main en plus d'avoir les mains au chaud. Après ma chemise en lin, il ne me resterait plus qu'à enfiler ma cuirasse doublée d'une fourrure de renne, et mon manteau. Sans oublier ma ceinture de cuir à laquelle étaient attachés le fourreau de mon épée et l'attache de ma hache.

En dépliant mon manteau, j'entendis un objet tomber par terre. En me penchant en avant, je vis le fragment de pierre que m'avait offert mon père. Je le ramassai avec douceur et enroulai le lien de cuir qui traversait le haut de la petite pierre, sur laquelle était gravée la rune thurisaz, sa préférée. Chaque rune découverte et transmise par Odin avait une signification matérielle, sentimentale et spirituelle. Thurisaz nous enseignait à ne pas fuir mais à nous confronter aux épreuves rencontrées dans l'existence, pour en ressortir grandi. Elle était protectrice et était une puissance redoutable, liée à Mjöllnir, le marteau de Thor.

Mon père, juste avant un thing, me l'avait gravée près de la rivière.

- Le pouvoir de cette rune, avec celui de ton marteau, t'offrira une protection essentielle tout au long de ta vie, mon fils.

- Pour les batailles, père ?

Je me souvenais de sa main posée sur mon épaule accompagnée d'un sourire sincère et d'un regard empli de bienveillance.

- Pas seulement, Almar. La vie elle-même est une longue bataille. Mais ça, tu ne l'apprendras qu'avec le temps.

Depuis, cette amulette était toujours avec moi, tout comme le petit marteau en bois qui pendait à mon cou. A chaque veille de combat, j'embrassais la pierre et serrais fort mon pendentif pour me donner courage et protection. Et pour penser à mon père. L'honorer sur le champ de bataille. Parce que je le sentais avec moi, à chacun de mes pas. Je ressentais sa force et sa sagesse qui faisaient de moi un homme sans pitié, prêt à rejoindre le Valhalla si telle était la volonté des dieux.

Tout en passant mon doigt sur la pierre runique comme pour la caresser, je murmurai les paroles enseignées par mon père sur le pouvoir de thurisaz.

- Tu es la Force et tu attaques pour défendre. Tu enchaînes les ennemis et les empêche de nuire. La foudre est en moi, puis-je la ressentir pour découvrir mes Forces grâce à ton pouvoir.

Le pouvoir des runes était une chance, mais il fallait savoir le dompter pour ne pas se laisser submerger par celui-ci. Dans le cas contraire, nous serions perdu. Le pouvoir était dangereux. Il attirait le pire et corrompait le meilleur.

- Je peux me réchauffer auprès de toi, mon frère ?

Magni avança sa tête dans l'entrée de ma tente, une fine pellicule de neige recouvrant sa capuche.

- A défaut d'avoir la compagnie d'une femme, c'est la mienne que tu recherches ? plaisantai-je en lui faisant signe d'entrer, posant ma pierre sur mon manteau.

Il échappa un rire exagéré et s'assit lourdement à côté de moi en m'étreignant avec force pour me secouer de droite à gauche.

- Je brûle d'envie de rougir ma lame à tes côtés ! s'exclama-t-il. Comme depuis notre première bataille !

- Et tu as surtout abusé de l'hydromel, remarquai-je en sentant soudainement une forte odeur de miel fermenté.

- C'est possible, admit-il avec un sourire forcé. Mais j'aime le miel, que veux-tu ! Ce doux nectar est une bénédiction des dieux. Et si Beyla, déesse de l'hydromel, du miel et des abeilles se trouvait juste devant moi, je te laisse imaginer comment je la remercierais !

- Et dis-moi, tu recherches le goût ou bien l'effet ?

Magni perdit son enthousiasme et se mit à fixer le sol, les yeux brillants.

- La bière et l'hydromel sont parfois un bon remède pour oublier, lâcha-t-il dans un murmure.

A mon tour, je passai mon bras par dessus ses épaules et le forçai à me regarder. Son regard était toujours aussi vide.

- Tu n'as pas à oublier, le réconfortai-je. Oublier ce qui est arrivé serait oublier qui tu es. Tu ne peux pas te permettre d'oublier qui tu es, mon frère. Et si c'est le cas un jour, je serais là pour te le rappeler.

N'étant pas très réceptif à mes paroles, il ferma les yeux et secoua lentement la tête, tandis que les larmes qu'il retenait difficilement jusqu'ici se déversèrent enfin sur son visage.

- Tu dois dompter cette rage et ce désespoir pour t'en servir à ton avantage et ne pas les laisser te dominer. Tu dois en puiser une force si puissante qu'elle te permettra de surmonter tout le reste.

- Crois-le ou non, Almar, ça fait du bien d'oublier, parfois. Je bois, mon esprit se perd, et je ris sans savoir pourquoi, oubliant tout le reste. Parce que je pense à elles chaque matin et chaque soir. Et j'en deviens malade.

Il releva la tête et ouvrit à nouveau les yeux en reniflant.

- Je les revois tous les jours, continua-t-il, en sanglots. Tous les jours... Et il arrive des fois où j'ai envie d'oublier l'espace de quelques heures. Oublier ce qui s'est passé, ce que j'ai fait, et ce que je n'ai pas pu faire. Ce jour me hantera jusqu'à mon dernier souffle. Si seulement je pouvais revenir en arrière...

- Arrête, le coupai-je d'un ton sec. Ce n'est pas le moment de ruminer et ça ne sert à rien de remuer le passé comme si on pouvait faire quelque chose pour le changer. Crois-moi, j'aurais bien aimé pouvoir changer le cours des choses, moi aussi.

Magni laissa échapper un long soupir de frustration.

- Je n'arrive pas à comprendre comment les dieux ont pu leur réserver un tel destin, chuchota-t-il. Qu'est-ce que leur mort peut bien apporter à la toile de notre monde ?

- La volonté des dieux dépasse de loin nos espérances, mon frère.

Mon ami m'étreignit fermement en me tapant le dos, et nous restâmes de cette manière un long moment. Je sentais l'émotion me gagner parce que cette discussion avec Magni me rappelait des événements douloureux. Et je n'aimais pas le voir ainsi, lui qui avait toujours la joie de vivre et la bêtise dans la peau. Mais chaque homme devait lutter contre ses démons.

- Je sais que je te le dis à chaque fois, commença Magni en s'écartant, mais je veux que tu saches que tu pourras compter sur moi demain, sur le champ de bataille. Et je sais que je pourrai compter sur toi également. Me battre à tes côtés est un honneur. Je me dois de te le rappeler à chaque veille de bataille parce qu'il se peut que ce soit la dernière fois.

Sa franchise et ses mots forts m'allaient droit au cœur. Il était la seule personne sur qui je pouvais vraiment compter. Grâce à lui, j'étais dans un bon état d'esprit.

- Tu te souviens lorsque nous étions enfants ? me rappelai-je en souriant. Nous nous battions avec des bâtons et tu m'avais donné un coup près de l'œil.

Magni étouffa un rire en posant sa main sur son crâne.

- Ne te moque pas, j'avais vraiment très mal ! Je saignais et j'étais complètement sonné. Puis tu as lâché ton bâton et tu t'es excusé je ne sais combien de fois.

- C'est vrai, je m'en souviens.

- Et j'ai fini par te dire d'arrêter de t'excuser parce que tu m'énervais. Et tu m'as demandé si on pouvait toujours être amis.

Magni releva la tête pour plonger ses yeux dans les miens.

- Tu m'as répondu que seule la mort pourrait briser notre amitié, reprit-il. Et que nous serions toujours un frère l'un pour l'autre.

Je hochai la tête, fier qu'il ait pu retenir mot pour mot ce que je lui avais dit il y a déjà bien des années.

- Et bien que nous n'étions que des enfants à cette époque, continuai-je, je n'ai toujours pas changé d'opinion à ce jour.

Mon ami acquiesça comme pour me remercier et mit sa main derrière ma tête pour coller mon front au sien. Puis il se releva, le regard dirigé vers l'extérieur où la neige tombait toujours avec intensité.

- Malgré mon mal de tête, je dois encore affûter ma hache et mon épée, déclara-t-il.

- Je t'accompagnerai, dis-je en me redressant à mon tour. Mais je dois faire une dernière chose avant.

Sachant très bien de quoi je parlais, Magni hocha la tête avec respect.

- Je sais, mon frère. Puissent les dieux t'écouter et t'être favorables.

Il se rhabilla et sortit de la tente pour affronter le froid. Je restai immobile un moment, perdu dans mes pensées. Je me sentais coupable de ne pas toujours voir la détresse de mon ami, car j'étais tellement fixé sur mon objectif que cela me rendait aveugle vis-à-vis de la situation de Magni. Malgré tout, il était toujours là pour moi et je me devais d'en faire autant.

Décidé, j'attachai ma ceinture de cuir en n'y laissant que mon couteau et recouvrai mes épaules avec ma fourrure. Dehors, le vent avait cessé de souffler mais les flocons continuaient de tomber. Mes pas craquaient en creusant la neige épaisse. Quelques hommes tournaient à tour de rôle pour maintenir le grand feu allumé, mais la plupart étaient retranchés dans leur tente respective ou sous la grande tente où l'hydromel coulait encore à flot en cette matinée. Le jarl nous avait interdit de boire à partir du midi afin que tout le monde soit prêt le lendemain.

Je traversai le campement et pris la direction de l'enclos où était toujours présente la chèvre qui disposait désormais de tout l'espace pour elle toute seule, un petit tas de foin installé dans l'angle. Borgir avait tenu parole. Je fixai l'animal un certain temps, sans trop savoir pourquoi. Puis je me concentrai mon chasser toutes les pensées qui se bousculaient dans ma tête.

J'ouvris la barrière et pris la cordelette que je passai autour de son cou pour l'emmener avec moi. Elle fut assez récalcitrante au début puis finit par être docile, comme si elle avait compris que son sort était déjà décidé et qu'elle ne pouvait rien y faire. Je ne savais pas vraiment où j'allais et étant donné que tous les bois étaient devenus blancs, il était difficile de se repérer. C'était pour cela que je marchais toujours tout droit pour ne pas me perdre. Je souhaitais simplement m'éloigner du campement pour être tranquille, sans pour autant traverser tout le royaume de Mercie.

Tout en jetant régulièrement un œil par dessus mon épaule afin de m'assurer que le campement était toujours à portée de vue, je terminai mon ascension et finis par arriver au sommet d'une bute de terre. De là, nous pouvions admirer les plaines de la Mercie qui s'étendaient sur plusieurs lieues. Toute l'Anglie semblait méconnaissable à cause de cet immense manteau blanc. Tout se ressemblait. Mais le paysage restait magnifique. J'en profitai pour prendre une grande goulée d'air frais, le vent s'étant enfin décidé d'arrêter de souffler comme il l'avait fait sans cesse ces derniers jours.

Prenant une grande inspiration, je me mis à genoux et caressai la chèvre pour la détendre. Elle arrêta de bêler, alors je sortis lentement ma lame. Puis, fixant les cieux, je fis jaillir mes paroles au sein des plaines.

- Odin ! Dieu des dieux et gardien d'Asgard, offre-moi ton armure et ton masque d'or afin de combattre en ton nom.

On n'entendait rien d'autre que ma voix qui résonnait tel un souffle dans une corne de brume.

- Que tes berserker me viennent en aide dans la prochaine bataille et puisses-tu me guider avec ta lance Gungne afin de pourfendre mes ennemis.

Je plaçai la lame de mon couteau sous la gorge de la chèvre qui chercha la fuite en se débattant faiblement.

- Accepte cette offrande en ton honneur, et accorde-moi le privilège de ta présence.

D'un coup sec, je tranchai la gorge de la chèvre qui s'ouvrit pour laisser couler un flot continu de sang épais. Elle gigota quelques instants avant de se raidir, langue pendante tandis que j'écartai les bras, paumes vers le ciel.

- Puisse le sang aspiré par cette terre te prouver ma bienveillance. Que tes pouvoirs allègent mon labeur et me donnent force et courage ! Aide-moi dans ma quête et fais-moi part de ta Connaissance.

Toujours à genoux, je passai mes doigts dans le sang encore chaud dont la couleur contrastait avec la blancheur extrême de la neige, maculant la terre fraîche de la Mercie. Je fis glisser mes doigts rouge le long de mon visage, du front au menton et ouvris les yeux pour fixer l'horizon.

- Aide-moi à trouver la personne qui a tué mon père.

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