Chapitre I (4)

arthenics

Ce jour là, Nicolas, contraint par la météo, n'avait guère d'autre choix que de rester à l'intérieur. Chose inhabituelle, au lieu de l'embêter et de squatter sa chambre, Ludivine était dans les jupes de sa mère. La petite fille détestait les orages. Et si celui en cours n'était pas vraiment violent, il faisait tellement sombre que l'on se serait cru le soir alors que l'heure du déjeuner approchait. Le jeune garçon, peut-être sous l'influence du temps, était un peu anxieux. Ça n'était pourtant pas dans ses habitudes, au contraire, généralement, il profitait des orages pour compter les secondes entre les éclaires et le tonnerre. Mais là, dans sa chambre, il se contentait de regarder la pluie qui s'abattait contre la fenêtre et coulait le long de la vitre. Comme il s'ennuyait un peu, il décida de descendre rejoindre sa tante dans la cuisine. La jeune femme, pour occuper la petite fille s'était lancée dans la confection de sablés. Jouer avec l'emporte-pièce était une activité fortement appréciée de la gamine qui en oubliait tout le reste. Il ne resta pas longtemps, laissant la petite fille à son jeu et retourna dans sa chambre.
Il découvrit une lettre sur son bureau. Il la prit dans ses mains et l'observa. Faite dans un papier épais, légèrement chiné, visiblement fabriqué à l'ancienne, d'un blanc cassé tirant sur le jaune orangé, elle ne comportait pas de timbre. Son nom et son adresse étaient écrits à la main, dans un style qui lui sembla vaguement suranné voire un peu forcé. Autre chose particulière la lettre n'était pas simplement collée mais cachetée. Le motif était trop déformé pour être lisible mais il ressemblait à un blason accompagné d'une devise. Il allait ouvrir ce courrier quand il réalisa soudain. Comment était-elle arrivé là? Il ne se souvenait pas avoir vu sa tante sortir de la cuisine. Quand était-elle montée et avait-elle déposé cette enveloppe? Puisque ça n'était pas l'écriture de sa tante, c'était forcément quelqu'un d'autre. Il en était là dans ses réflexion lorsque la jeune femme entra dans la chambre. Comme le plus souvent, Nicolas avait laissé ouverte la porte de sa chambre, ce qui fit qu'il sursauta quand il entendit sa tante.
_Et bien Nicolas, tu rêves?
_Euh non, pourquoi?
_Tu veux bien venir mettre la table, s'il-te-plaît?
_Oui, oui.
Sa tante fit mine de sortir.
_Tante Emilie.
_Oui?
_D'où vient cette lettre?
La jeune femme le regarda, elle sembla surprise au premier abord puis, ayant aperçu l'enveloppe, elle émit un sourire étrange, bienveillant mais aussi mélancolique et mystérieux.
_Nous verrons cela après le déjeuner, tu veux bien?
_Euh… oui, oui.
La jeune femme attendait visiblement qu'il se levât et sortît. Il obtempéra à l'injonction silencieuse.

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