Complément à mon texte concernant la maltraitance envers les personnes agées

Dominique Capo

Pamphlet

Je n'ai aucun mérite à écrire ce que j'écris à propos de la maltraitance envers les personnes âgées. Heureusement, ce genre de maltraitance n'est pas généralisée. Et il y a encore des gens qui sont dotés d'assez d'humanité, de sensibilité, de compassion, d'attention, de compréhension, pour se préoccuper du bien être de nos plus anciens. Se préoccuper d'une prise en charge adéquate pour leur fin de vie, pour qu'ils vivent leurs dernières années d'existence sereinement, tranquillement, paisiblement.

Néanmoins, c'est le devoir de tout citoyen de se préoccuper d'un sujet tel que celui-ci, parce que ce que vivent ces anciens aujourd'hui, c'est ce que nous vivront nous même demain. Certes, pour certains et certaines, cette échéance leur parait lointaine. Ils ou elles pensent : "A moi, cela ne m'arrivera pas. Je ferais en sorte d'être entourée, bien traité(e), de trouver un établissement digne de ce nom qui me prendra en charge correctement.".

Mais comme nul ne sait de quoi demain sera fait, et au vu de l'évolution de notre société en ce domaine - comme dans maints autres -, nous pouvons craindre que cet état de fait ne se dégrade davantage. Dans une société où celui ou celle qui ne travaille pas est considéré comme un poids, comme inutile parce qu'inactif, parce qu'improductif ou non rentable, j'avoue que je ne suis pas rassuré pour les raisons que j'ai brièvement développées dans mon texte précédent.

Il n'y a, en fait, que deux moments où les personnes âgées sont à peu près considérées : lorsqu'elles votent. A ce moment-là, les partis politiques de tous bords leur font de belles promesses sur la revalorisation de leur pension, pour la prise en compte de leurs difficultés de tout ordre. Et notamment celles évoquées dans mon texte précédent. Le second moment où ils sont courtisés, c'est quand ils consomment. Ce qui prouve que, dans la tête de nos dirigeants politiques ou économiques, ils ne sont pas si inutiles que ça, puisqu'ils ou elles contribuent à faire fonctionner notre modèle de société.

J'irai même plus loin, et en dehors de mes considérations précédentes, c'est que ces EHPADS, institutions publiques ou privées qui leurs sont destinées, et dont elles payent les services, font parti de cette économie. Comme pour les hôpitaux, l'industrie de la pharmacie, etc. qu'ils ou elles utilisent afin de jouir de la meilleure santé possible jusque le plus tard possible, sont pourvoyeurs d'emplois. Pas assez suffisamment en ce qui concerne les hôpitaux ou les institutions qui leur sont dédiées, comme on l'a vu. Il y a tellement de besoins vis-à-vis d'une population de plus en plus vieillissante. En outre, il y a de moins en moins d'actifs, et des actifs qui, ;lorsqu'ils entrent sur le marché du travail, souvent, cherchent des emplois à la hauteur de leurs ambitions, qui sont les moins pénibles, et avec des horaires qui ne les font pas rentrer trop tard chez eux.

Ces actifs, je le comprends, désirent une vie la moins éprouvante, la moins énergivore, la moins chronophage, possible. C'est naturel, c'est humain. Cependant, ces métiers difficiles tels que ceux qui se trouvent dans les hôpitaux, dans les services à la personne, dans le social, etc. n'ont rien de honteux. Certes, ils sont exigeants, certes ils sont difficiles. Regardez tous ces médecins qui préfèrent s'installer en ville plutôt qu'à la campagne, parce que leurs horaires sont plus avantageux, parce qu'ils ont tous les magasins qu'ils souhaitent à portée de la main, parce qu'ils ne sont pas régulièrement d'astreinte le weekend.

C'est là l'un des nombreux revers de la mentalité de la population actuelle ; et pas seulement dans ces domaines. Où celle-ci exige des droits - qui sont naturels, je le répète -, mais sans en supporter les devoirs. Et après, cette même population se plaint que des émigrés viennent prendre le travail des français, ou des européens - parce que ceci n'est pas qu'un problème spécifiquement français, mais occidental, en vérité -, alors que ses actifs ne désirent pas pourvoir à ses emplois qui lui semblent indignes d'elle.

Je pense notamment aux métiers de la restauration, du bâtiment, etc. Des métiers pénibles, épuisants, chronophages, qui manquent de main d'œuvre, dont les entreprises recherchent désespérément à embaucher, et qui ne trouvent que rarement des volontaires. Alors que, de plus, ce sont des emplois à plein temps, e CDI.

C'est le même problème. Il est facile de stigmatiser des étrangers qui n'ont pas peur de venir travailler dur chez nous, alors que nous-mêmes ne voulons pas de ces emplois qu'ils occupent. Pour les métiers qui se rapportent à nos anciens, qu'il faut laver, soigner, prendre le temps de les écouter, être attentif, les nourrir, etc, le manque de personnel est criant ; il y a de nombreux postes à pourvoir dans ces secteurs d'activité. Et pourtant, pour toutes les raisons également énoncées ci-dessus - en plus celles de mon précédent texte -, il y a peu de candidats.

Mais quel être humain normalement constitué, ne pourrait pas être outré de telles dérives de notre société. J'en suis d'autant plus en colère que vous connaissez ma situation personnelle, avec Vanessa, avec mon handicap, et tout ce que je partage avec vous dans mes Mémoires Personnelles. Vous savez par quelles épreuves je suis passé tout le long de mon existence.

Eh bien, il s'avère que ce que vivent ces personnes âgées, la maltraitance, la solitude, l'abandon, etc. dont elles sont victimes, les personnes handicapées, comme moi, comme Vanessa, comme bien d'autres ayant des handicaps ou des maladies plus invalidantes encore, en sont aussi les victimes. Eux aussi sont les oubliés de ce système. On dit qu'ils doivent être intégrés dans le milieu social, de l'emploi, que l'on doit leur faciliter les choses, alors que toute leur vie, ils peinent de leur différence. Ils sont rejetés, mis à l'écart, humiliés, moqués. Lorsqu'ils sont dans des institutions spécialisées, parfois, comme nos anciens, ils subissent les mêmes dérives. Manque de moyens, manque de personnel, famille absente, négligences, j'en passe.

Je suis assez bien placé pour le savoir puisque je l'ai vécu toute ma vie. Comment donc, dans ces conditions, ne puis-je pas m'insurger contre de tels traitements envers des personnes vulnérables, fragiles, démunies, que sont nos anciens. Moi qui suis mis dans la même catégorie qu'eux.

Toute ma vie, j'ai dû me battre contre l'indifférence, contre l'oubli - volontaire ou involontaire -, contre les gens qui me négligeaient, contre cette peur irrépressible d'être abandonné, d'être mis à l'écart. Ce qui arrive parfois dans ma famille, parce qu'intellectuel - ma seule force, mon seul moyen d'exister. Mes connaissances, mes écrits, mes recherches en histoire, en philosophie, mon insatiable curiosité intellectuelles dans maints autres matières, m'ont plusieurs fois sauvé. -. C'est mon esprit, mon savoir, au travers de mes lectures, de mes écrits, que j'ai puisé ma force au plus profond de moi, dans les moments les plus désespérés, les plus terribles.

Je l'ai déjà dit, du fait de mon handicap, comme ces personnes âgées, - ainsi que pour d'autres raisons que j'ai déjà relatées à plusieurs reprises dans d'autres textes ou je me suis partiellement dévoilé -, je ne peux que rarement sortir de mon domicile. Ma seule fenêtre vers l'extérieur est internet, mon seul moyen de communication avec l'extérieur, ce sont mes textes que je partage ici ou ailleurs. D'autres handicapés, ces personnes âgées, le plus souvent, parce qu'elles ne le peuvent pas, n'ont pas cette chance que moi j'ai. Cette infime chance qui m'est le plus souvent refusée.

Rares sont les personnes ici, qui savent ce que c'est que d'être totalement seules, de suer sang et eau chaque jour pour tenter de se faire entendre auprès des gens que l'on estime, avec qui les contacts sont importants pour vous, et qui vous négligent, qui vous oublient - volontairement ou involontairement, consciemment ou inconsciemment. Quand in essaye de leur tendre la main et qu'ils vous la refusent - pour des raisons légitimes, toujours, évidemment - mais qui vous blessent parce qu'ils vous renvoient à votre peine, à vos larmes, à votre solitude. Il s'agit là de la même maltraitance, de ce même abandon, de cette même souffrance, que subissent ces personnes âgées. Vous vous sentez exclu, humilié, parce que ces personnes ne désirent pas sortir des limites de Facebook, alors que ce réseau social est un formidable outil pour entrer en communication, en lien, avec des gens que vous n'auriez jamais croisé dans la vie réelle. Un moyen de nouer des contacts, avec les mêmes centres d'intérêts, qui ont les mêmes passions, rêves, combats, que vous. Ou qui sont totalement différents, et que parce que différents, ils sont un vecteur d'échange, d'enrichissement mutuel.

Mais non, c'est exactement pareil que ce qui est dénoncé en ce qui concerne les personnes âgées. On vous renvoi à votre solitude, à votre peut irrépressible d'être oublié, abandonné, rejeté, puni pour ce que vous êtes. Vous êtes coupables à leurs yeux, vous êtes inutiles, négligeables. Parfois même, on se moque de vous, on vous regarde comme un intrus : "de quel droit cherche tu a te joindre à nous, à faire parti de notre communauté, de mon cercle amical, autre. Tu n'es pas des nôtres, et tu ne le sera jamais. Tu auras beau faire tous les efforts que tu veux, que tu peux, ça n'a aucune importance pour nous.".

Quand on est handicapé, qu'on est différent, qu'on nous regarde inévitablement différemment, qu'on nous juge ou nous condamne consciemment ou inconsciemment comme un inutile, comme quelqu'un qui n'a pas sa place dans un monde fait pour et par des gens dans la "norme", on ne peut que comprendre ce que vivent nos plus anciens. On ne peut que compatir, que de souffrir avec eux de ce qu'ils endurent. On ne peur être qu'en colère face à la maltraitance dont ils sont victimes.

Je suis convaincu que, tant que quelqu'un n'a pas vécu des blessures intimes qui bouleversent sa vie à tout jamais, qui lui font voir le monde et l'humanité avec d'autres yeux que celui ou celle qui est dans les "normes", on ne peut pas se mettre à la place de ceux et celles qui souffrent de cela. Ces gens dans la norme demeurent indifférents. Ils se disent : "a moi, ça n'arrivera jamais". Et ils détournent le regard pudiquement. Ils ont un sursaut de recul, de peur, de répulsion. Ils se sentent forts, ils sont intolérants, parce qu'ils font parti de la masse institutionnalisée.

Par contre, le jour ou ils vivent le handicap, la maladie, la vieillesse, ou ils sont abandonnés, délaissés, fragiles, vulnérables, à la merci des maltraitance, des jugements et des condamnations, ou ils se sentent inutiles, ou on les considère comme inutiles, négligeables, là ils s'effondrent, ils sont perdus. Et ils se souviennent de leurs comportements envers ceux et celles qu'ils humiliaient, qu'ils oubliaient, qu'ils maltraitaient. Ils ont des regrets, des remords, mais c'est trop tard.

Alors, oui, la maltraitance des personnes âgées, des handicapés, de tous ceux et de toutes celles qui sont différents en fait, pour une raison ou pour une autre, est quelque chose d'ignoble, de monstrueux, de terrible, d'inhumain. Et c'est autant l'affaire de la collectivité que l'affaire de l'individu. Alors, si par mes mots, modestement, humblement, je peux contribuer à ce combat, je serai toujours présent...

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