Conte pour enfants

Hervé Lénervé

Les handicapés ne veulent pas qu’on leur parle comme s’ils étaient handicapés. C’est vrai que, pour la plupart, ils le savent déjà.

Pas plus tard, que je ne me souviens plus quand, je vois sur mon trottoir, un handicapé, sous la forme d'une vieille toute chiffonnée difforme, genre Picasso, période barré, dans un fauteuil roulant motorisé.

« Pollueuse, va ! » Lui criais-je, tout de go, illico.

Ne vois-t-y pas ? Qu'elle essaie de forcer le passage, l'handicapée, mais pas masquée !

Je lui ai parlé comme je parle à n'importe quel quidam croisé dans la rue à l'improviste du hasard, des aléas de rencontres fortuites.

« De plus, que tu veux m'écraser, tu veux me covider aussi. Connard ! Conasse ! »

Je n'étais pas bien sûr du sexe.

Bon, elle aurait été dans son bon droit de se fâcher et de me vilipender, sur-le-trottoir. Sans qu'aucun procès d'une suspicion de vengeance vindicative, pour exprimer un complexe d'infériorité refoulé à la cheville, ne puisse lui être intenté(e).      

Tandis que là, non. Il ou elle a ri et j'ai ri aussi, mais tout seul, je leurs devais bien ça. Puis, nous sommes devenus les meilleurs amis du Monde, depuis.

Nous faisons du vélo ensemble, le long du canal de l'Ourcq, elle est mon derny. « Moins vite, l'handicapée, devant ! Merde !» Je vais lui brider son fauteuil, il n'y a pas long ou elle va finir dans le canal, tout au fond. Déjà qu'elle ne porte pas de casque, pas trouvé la taille.

Au fait ! Il faudra que je lui demande un jour, si c'est une fille ou un garçon ?

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