Culpabilité ordinaire

mamzelle-plume

( Trop ) ORDINAIRE

 

Pr. 

 

Tout était fini. J'avais presque réussi à retrouver une sorte d'équilibre, un train de vie réglé. Une belle feuille canson. Bouclée, une agréable musique. Un corps à peu près acceptable, un regard plus doux sur mes capacités. Nice et son soleil chatoyant semblait bien loin désormais. Mon cœur y était resté, mon amoureux aussi. Mais j'avais ma sœur, ma jumelle, des projets plein la tête, l'envie de repousser une dernière fois mes limites.

La Roumanie.

Ces températures tantôt glaciales, tantôt insoutenables, me tendait les bras. Romania, forte bine ! Son alcool pas cher, ses rues caractéristiques, et bien entendu une langue à l'accent aussi imprononçable, qu'elle n'en reste pas moins une langue latine. En bref. Le dépaysement total.  Seulement, après sept années de souffrance, de culpabilité, de joie aussi. J'avais l'opportunité de rejoindre une allée donnant vie à mes rêves d'enfant ; vétérinaire. Alors cette fois, je n'avais pas souhaité rester sur le quai, j'avais pris le large. Mon courage, popcorn instable, en bouclier. Mon équilibre bancal, lui, regagnait en stature. Ce trou d'obus qu'était devenu mon cœur, laissait entrevoir en son centre, un bourgeon. La naissance d'un coquelicot. Je devenais, je pense plus sereine, plus indulgente avec moi-même.

Néanmoins, la partie n'était pas finie. A croire que le sort s'acharnait. Vain,  Le drame. Le froid. Des griffures, des pleurs. Un cri silencieux. Cette course contre le diable. La morsure. Cette terreur infinie. Et puis… Rien. Le silence.

De nouveau ce vide, cette impuissance. Ce sentiment d'injustice. Ce besoin de tout nier. D'oublier. Tout. Et tout de suite. Car la possibilité que tout ceci fût réel serait bien trop difficile à encaisser d'un coup. Cependant, le cerveau est bien fait. Il se protège. « Reset. Stop. Pause. » Comme si cela pouvait suffire. Cela aura déjà bien la bonté d'être un essai. Même si celui-ci se révèle infructueux.

Alors les coups de fil ont retentit. Les avis aussi. Et les jours ont défilés. La douleur, elle, persistait. Mon corps se rappelait à moi, tandis que mon cœur lui hurlait sans que je ne puisse l'entendre. On me conseille alors d'écrire. Le procès devrait s'engager, un jour. « Sous peu. » Ecris. Ecris. « C'est ton histoire, qui sait, outre te faire du bien ? Cela pourrait en aider d'autres. » Papa a prit du temps à réaliser, l'impuissance de ces situations est trop forte pour un père. Maman, elle, restée fidèle à elle-même, la rage et la peine dominait. Nulle besoin de long discours.

Alors, j'ai écouté. J'ai écris. J'ai raconté. Et tout a recommencé.

Manger. Manger. Remplir ce vide. Puis, se vider. Vomir. S'affamer. Dépenser plus d'argent en bouffe, que de salaire que je n'aurais jamais eu. 

Me haïr.

Détester ce que je suis, ce que je fais, ce que je m'inflige. Mais recommencer. Frénétiquement. Chaque jour. Faire de ma vie un gâchis, un magnifique enfer. Où Satan ne serait personne d'autre que moi-même. Haïr ce corps. Haïr cette transformation, bien avant que le vide ne revienne. Rejeter cette mante religieuse  difforme, mon reflet dans ces miroirs. Mais ne plus supporter ce vide. Donc se détruire. Encore et encore. Me sentir laide. Repoussante. Mais incapable d'arrêter ma course, ce jeu mortel.

Remplir ce vide. Boire, fumer, cumuler les actes illicites. Voir du sang, beaucoup trop. De sang. Se mutiler pour éviter… fuir le pire. Haïr ce corps. Me sentir sale. Et seule.

Alors j'ai décidé d'écrire tout ça.  Toute cette terreur, ces morsures indélébiles. Pour me libérer de ces vertiges, de cette barbarerie, de cette sauvagerie. Et enfin faire taire cette cuisante impuissance. Ce besoin de justice.

La solitude. La solitude, parmi, les déglingués de la boisson, les accros, les pompeux, les fous, les gris, les professeurs humiliants, les amis douteux. Le froid, glaciale, dans cette ruelle, dans ces chambres, en mon cœur. L'immoralité. Cette laideur immonde qui apparait soudainement. Cet enfermement, entre quatre murs. Mais, jamais complètement chez soi.

 La solitude, ce putain de vide en soi.


  • Un ressenti très bien chanté par Serge Reggiani: https://www.youtube.com/watch?v=8LO2DltAZpg

    · Ago 12 months ·
    Another flying machine     ( zouing machine)

    rechab

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