D-Pression

franekbalboa

Nombre de gens y sont sujets. Mais qu'en est-il lorsqu'on est observateur extérieur?

C'est quelque chose de complexe, d'insidieux. C'est un venin de serpent qui ne part jamais vraiment. C'est de la peur, de la haine, de la douleur, de la colère. Envers les autres parfois, mais surtout envers soi-même. Je n'en ai pas souffert et merci, cependant j'ai vu et vois chaque jour des gens qui en souffrent énormément. 

On les qualifie de dépressifs. Je trouve ce mot dérangeant, parce qu'il n'y a pas d'échelle. Cette binarité empêche la nuance, et les innombrables différences entre les gens qui ont la malchance d'en pâtir. 

Chez certains ce sera une peur chronique et une paralysie. Ils s'empêcheront de faire des choses qu'ils aiment, non pas parce qu'ils ne savent pas le faire, mais parce qu'ils seront terrifiés d'un probable mauvais résultat. 

Chez d'autres on remarquera une tendance à ne rien dire. Un silence de plomb, une manière d'échapper au contact des autres qui bien souvent ne comprennent pas. 

D'autres encore rejetteront les gens, ils savent pertinemment qu'ils sont aimés mais leur inconscient les fait se détester plus encore, en leur murmurant qu'ils ne méritent pas ce qui leur arrive, qu'ils n'ont pas le droit d'être heureux... 

Chez d'autres, ce sera une évasion dans certains domaines, l'alcool, les jeux, la drogue, le sport, mais à outrance, jusqu'à l'overdose, moins grave dans certains cas que d'autres. 

Pendant ce temps là certaines personnes se mutileront, non contents de se faire souffrir mentalement, ils trouvent un certain réconfort à le faire physiquement. 

Et tant d'autres cas... 

Autant d'images de cette pathologie que de gens qui peuvent en souffrir, mais avec cette difficulté majeure, le diagnostic. Les symptômes sont si variés qu'il est impossible de les lister. Même si l'on a les grandes lignes, chaque personne est suffisamment différente pour que deux cas soient diamétralement opposés dans leurs symptômes. 

Et viennent les traitements.

Ces traitements sont parfois une libération, parfois un enfer encore plus profond. Il faut savoir qu'un équilibrage est aussi compliqué chez certaines personnes que de trouver la dernière décimale de Pi. D'abord parce que les molécules n'agissent pas toutes de la même manière, ensuite parce que ces traitements rencontrent parfois une résistance des organismes qu'ils sont censés soigner. Et enfin parce que les effets indésirables de certains sont horriblement marqués, j'en cite pêle-mêle: addictions, augmentation ou baisse de la libido, hyperactivité, hyperémotivité, somnolence... 

Puis cette délicate machine qu'est notre cerveau l'est parfois beaucoup trop. Chez les personnes qui prennent ces traitements, parfois, sans raison, alors que tout se passait à merveille, le corps va développer une résistance, et l'on repart dans les augmentations, modifications, dans les effets indésirables, dans les allers-retours chez les médecins, psys...

Une fatigue intense est souvent perceptible chez ceux qui connaissent ce manège. Et les phrases toutes faites n'y changeront rien. 

"Reprends toi" 

"Te laisse pas aller" 

"Fais un effort" 

Trois des meilleurs pires exemples de fausses phrases motivantes. En échangeant avec plusieurs personnes j'ai appris que ces mots là augmentaient le sentiment de culpabilité et les faisaient tomber plutôt que les tirer vers le haut. Car avec ces mots, vous sous-entendez qu'ils lâchent prise et qu'ils ne font pas d'efforts. Sachez que le simple fait de vous en parler, et parfois de simplement vous parler est un effort colossal et que votre phrase plante une dague empoisonnée dans leur dos et les cloue au sol. 

Si vous voulez être un vrai soutien, écoutez les. Ces personnes ont énormément de choses à vous apporter. Leur force est exceptionnelle, et leur volonté incroyable. Certes leur moral est en vague, mais ils ont du caractère et bien des choses à vous apprendre. Notamment que la vie est plus douce qu'il n'y paraît, et surtout à leurs côtés. C'est étonnant de voir qu'ils peuvent avoir une influence positive sur les autres alors qu'ils en ont une négative sur eux-mêmes. Mais ne les jugez pas trop durement. Ils ont souffert et souffrent encore aujourd'hui. Ils n'ont pas besoin de douleur, mais de réconfort, de dialogue, d'une étreinte, d'une présence. Quelque chose de simple, qui peut parfois demander quelques efforts, mais quand on gagne en retour, ce n'est pas un sacrifice, c'est un échange. 

Apportez leur de la douceur, c'est ce dont ils manquent le plus, ne désespérez pas de voir que ça ne fonctionne pas tout de suite, il faut du temps avant que la lumière n'atteigne les parties assombries de leur âme. Et croyez-moi, ils méritent l'attention et la douceur que vous leur porterez. 

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