De 1966 à nos jours : L'histoire du "Black Panther Party"

Samir Bouadam

Le "Black Panther Party" est un mouvement afro-américain né en Californie en 1966. Il aspire à l'émancipation des noirs américains en étant dans la continuité de la lutte contre les injustices.

Les noirs aux Etats-Unis : Le contexte de 1945 à 1966


Première puissance mondiale après la victoire contre le nazisme, les Etats-Unis connaissent un développement sans précédent sur le plan économique et culturel. En opposition à cela, le pays traverse de graves crises, qui peuvent bouleverser l'image qu'il a dans le reste du globe. Ces crises sont la ségrégation raciale et la lutte des mouvements noirs pour les droits civiques, la vague de répression anticommuniste et la guerre du Viêtnam. 


La révolte éclate avec des personnages illustres comme Rosa Parks qui, le 1er décembre 1955 à Montgomery, capitale de l'Alabama, refuse de céder sa place à un blanc comme l'exige la législation en vigueur dans les bus municipaux de Montgomery. Suite à cela, elle sera arrêtée et une vague d'indignation entraînera le boycott des bus par les noirs de la ville. Les femmes tiendront une grande place dans le combat de ce parti comme Angela Davis et Elaine Brown, grandes activistes dans le combat pour l'égalité et contre la ségrégation raciale. Des artistes du monde de la musique comme la célèbre Nina Simone, artiste de Soul et de Jazz, le groupe considéré comme précurseur du rap, les "Last Poet" soutiendront le mouvement . D'autres qui deviendront des icônes comme le pasteur Martin Luther King, prônant une lutte de résistance passive et qui gagnera quelques batailles pour plus d'égalité, ou encore Malcolm X connu comme étant plus "offensif", feront bouger les cases pour plus de justice entre citoyens noirs et blancs.


C'est d'ailleurs avec l'assassinat de ce dernier que le mouvement BPP (Black Panther Party) va émerger, incarnant ses idées de liberté "by any means necessary".




1966 : Création du parti "Black Panther"


C'est donc en octobre 1966 que Huey P. Newton et Bobby Seale fondent le "Black Panther Party" en s'inspirant des grands leaders tels que Malcolm X ou Frantz Fanon, auteur notamment du célèbre ouvrage révolutionnaire Les Damnés de la terre. Théoricien et idéologue de la révolution algérienne, il fait le choix de rejoindre le FLN (Front de liberation nationale), soucieux de faire subsister l'égalité en luttant contre le colonianisme français. Le parti BPP se présente également comme marxiste-léniniste, tout comme Frantz Fanon.

L'origine du nom "Black Panther" nous est raconté par Bobby Seale qui relate l'explication que lui a fait Huey P. Newton : "Si tu pousses la Panthère noire dans un coin, elle va tenter de fuir en passant par la gauche. Si tu la coinces là, elle va vouloir s'échapper par la droite. Et si tu continues à l'oppresser et à la pousser dans ses retranchements, tôt ou tard, cette panthère va sortir de là et va décimer quiconque l'oppressera." Boby Seale continue : "Notre position c'était : "Si tu ne nous attaques pas, il n'y aura aucune violence ; mais si tu nous violentes, nous nous défendrons nous-mêmes"." 

De plus, ils parlent le langage de la rue, celui qui fait écho aux jeunes des ghettos américains, ainsi, le message passe plus facilement et incite ces personnes vivant dans ces zones à rejoindre le combat au sein du parti des Black Panther. 



Le programme du BPP


Ils rédigent un programme en dix points, qu'ils souhaitent être un programme politique concret qui touche directement la communauté noire que voici :


Ce que nous voulons , ce à quoi nous croyons :


 1. Nous voulons la liberté. Nous voulons le pouvoir de déterminer le destin de notre Communauté Noire. Nous croyons que le peuple noir ne sera pas libre tant qu'il ne pourra pas déterminer sa destinée.


 2. Nous voulons le plein emploi pour notre peuple. Nous croyons que le gouvernement fédéral est responsable et obligé de donner à chaque homme un emploi ou un revenu garanti. Nous croyons que si le businessman blanc américain ne donne pas le plein emploi, alors les moyens de production devront lui être retirés et confiés à la communauté afin que le peuple puisse s'organiser, employer tout le monde et permettre de meilleures conditions devie.


 3. Nous voulons que cesse le pillage de la Communauté Noire par les Blancs. Nous croyons que ce gouvernement raciste nous a volé et aujourd'hui nous demandons ce qui nous est dû, quarante acres et deux mules. Quarante acres et deux mules, c'est ce qu'on nous a promis il y a 100 ans, en réparation pour le travail des esclaves et le meurtre massif du peuple noir. Nous accepteront un paiement en argent, qui sera distribué à nos nombreuses communautés. Les Allemands aident aujourd'hui les Juifs en Israël pour le génocide commis contre le peuple juif. Les Allemands ont assassiné six millions de Juifs. Les racistes américains sont pris part dans l'assassinat de plus de vingt millions de noirs ; c'est donc une modeste requête que nous faisons.


 4. Nous voulons des logements décents conçus pour abriter des êtres humains. Nous croyons que si le propriétaire blanc ne donne pas de logement décent à notre Communauté Noire, alors les logements et la terre doivent devenir des coopératives de telle manière que notre communauté, avec l'aide du gouvernement, puisse construire des logements décents pour les siens.


 5. Nous voulons, pour notre peuple, un enseignement qui nous apprenne la véritable nature de cette société décadente américaine. Nous voulons une éducation qui nous enseigne notre véritable histoire et notre rôle dans la société actuelle. Nous croyons dans un système d'éducation qui donne à notre peuple une connaissance de soi. Si un homme ne sait rien de lui-même, ni de sa position dans la société et dans le monde, alors, il n'a que peu de chance de se lier à autre chose.


 6. Nous voulons l'exemption du service militaire pour tous les hommes noirs. Nous croyons que les Noirs ne devraient pas être forcés de se battre dans un service militaire afin de défendre un gouvernement raciste qui ne nous protège pas. Nous ne battrons pas, ni ne tuerons pas d'autres peuples de couleurs dans lemonde qui, comme le peuple noir, sont les victimes du gouvernement raciste de l'Amérique blanche. Nous nous défendrons contre la force et la violence de la police raciste et de l'armée raciste, par n'importe quel moyen nécessaire.


 7. Nous voulons la fin immédiate de la brutalité policière et du meurtre des Noirs. Nous croyons que nous pouvons arrêter la brutalité policière dans notre Communauté Noire en organisant des groupes noirs d'autodéfense, consacrés à la protection de notre Communauté Noire face à l'oppression et à la brutalité de la police raciste.


 8. Nous voulons la liberté pour tous les hommes noirs détenus dans des prisons fédérales, d'Etat, de comté et municipales. Nous croyons que tous les hommes noirs devraient être libérés des nombreuses prisons, parce qu'ils n'ont pas reçu de procès juste et impartial.


 9. Nous voulons que tous les hommes noirs traduits en justice soient jugés par un jury composé de leurs pairs, ou par des gens issus de la Communauté Noire, comme le stipule la Constitution des Etats-Unis. Nous croyons que les tribunaux devraient suivre la Constitution des Etats-Unis afin que le peuple noir soit jugé de manière juste. Le quatorzième amendement de la Constitution US donne à chaque homme le droit d'être jugé par un jury composé de ses pairs. Un pair est une personne qui a des origines économiques, sociales, religieuses, géographiques, environnementales, historiques et raciales similaires. A cette fin, le tribunal devra sélectionner un jury provenant de la Communauté Noire dont est originaire l'accusé. Nous avons été, et sommes toujours jugés par des jurys blancs qui n'ont aucune compréhension de l'homme moyen issu de la communauté noire.


 10. Nous voulons de la terre, du pain, du logement, de l'éducation, des vêtements, de la justice et de la paix. Et comme principal objectif politique, un plébiscite supervisé par les Nations-Unies, se déroulant dans les colonies noires et auquelne pourrons participer que des Noirs colonisés dans le but de déterminer la volonté du peuple noir quant à leur destinée nationale.


Dans les premiers temps, le BPP se consacre à lutter contre les agressions policières et racistes. Il s'arme et se finance avec notamment la vente du Petit Livre Rouge de Mao. Très vite, le nombre de militant s'accroît, le BPP tient tête à la police d'Oakland, et gagne en notoriété. Un journal des panthères voit le jour suite à l'assassinat d'un jeune noir de San Francisco. Ce journal de quatres pages remet en cause les différents 'faits' établis par la police après la mort du jeune homme.


Le journal s'intègre dans ce que le BPP appellera, "les programmes de survie du BPP", dans lequels se trouvent :


- La mise en place de petits-déjeuners gratuits pour les enfants

- Des pétitions pour le contrôle des commissariats de police

- La création d'une école de libération (Intercommunal Youth Institute)

- Une clinique gratuite de soin et de recherche pour le peuple

- Un programme de distribution de vêtements

- Des bus gratuits pour les prisons

- Une aide aux personnes âgées

- Une fondation pour la recherche contre l'anémie

- Un programme de coopératives immobilières

- Un programme de chaussures gratuites

- Des dépistages gratuits contre la peste

- Un programme de maintenance des habitations

- Un programme de distribution gratuite de nourriture

- Un centre pour le développement de l'enfant

- Un programme d'ambulances gratuites


Est accompagné à tout cela des règles d'organisation et de discipline pour les personnes membres du parti.



Du succès à la décadence...



Le BPP au fil du temps, connaît un succès grandissant, et pour lutter contre cela, le FBI, par le programme COINTELPRO (COunter INTELligence PROgram), créé secrètement en 1956 pour lutter contre le Parti Communiste aux Etats-Unis, va multiplier les écoutes téléphoniques illégales, l'ouverture de courriers, des opérations menées contre les organisations afro-américaines (295 dont 233 contre le BPP), des agents payés pour devenir membre du BPP afin de récolter un maximum d'informations de l'intérieur, des lettres fictives entre membres du BPP, afin de créer des divisions au sein même du parti, des mensonges et autres diffamations médiatiques, de faux témoignages... 

Le FBI et la police menacent et provoquent des assauts, du vandalisme, des bagarres pour effrayer et pour perturber le mouvement. Au total, 38 militants du BPP ont été tués durant l'année 1970 suite à des raids organisés par la police contre les bureaux du parti. Le but était de décimer ce mouvement révolutionnaire qui faisait peur au pouvoir en place et Edgard Hoover, premier directeur du "Federal Bureau of Investigation" s'y est clairement employé.



Le BPP ajourd'hui


Après cette descente aux enfers progressive, le parti a tenté de subsister, mais les mouvements ne sont plus aussi spectaculaires, eux qui donnaient de l'espoir à beaucoup de ces noirs américains qui voyaient en ces panthères, un nouvel horizon se dessiner. Des années après, le mouvement des "Black Panthers" reste pour ces afros-américains, un modèle de révolution, d'autonomie et de lutte pour l'égalité.

Aujourd'hui, les problèmes sont sensiblement les mêmes que lors de la création du parti, à l'heure où les bavures policères se multiplient, à l'heure où Ferguson n'a jamais été aussi connu dans le monde que par le sang de ces jeunes noirs américains, partis pour rien, il est important de se plonger, ou de se replonger dans l'histoire de ce mouvement, qui fait partie des symboles de révolution face à l'Etat, et à sa propore condition de citoyen, à sa propre condition d'être humain...

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