De petites choses

Christian Lemoine

Il y avait, sur la table basse au plateau de verre, des bibelots, des revues empilées annonçant les nouvelles d'événements périmés, un ou deux verres délaissés, une gomme usée et un taille-crayons, un cendrier refuge d'épingles à nourrice. Un téléphone portable éteint, et un briquet jetable arborant en décor des entrelacs de fleurs noires, des feuilles de bloc de papier griffonnées de dessins abstraits laissés là après une longue conversation au téléphone. Et un petit pot de vernis à ongles, d'un rose fuchsia et aussi cette forme en polystyrène rose par quoi se tiennent écartés les orteils dont on colore les ongles. Sur la table vieillie du balcon, il y avait quelques petits pots emplis de terre sombre, laissant apercevoir des émergences vert pâle, une petite pelle métallique creusée comme une gouge, un flacon de plastique bleu clair, qui avait troqué l'assouplissant textile contre l'eau récupérée pour arroser les fleurs. Accrochées à la rambarde, trois jardinières anciennes de terre cuite, qui n'exposaient plus au soleil et à la pluie que la terre épuisée et nue. Deux brosses à dents, près du lavabo de la salle de bain, poursuivant dans un verre leur face à face muet, et sur la tablette sous le miroir, il y avait aussi un pot de crème pour les mains, un bâton de rouge à lèvres, aussi fuchsia que le vernis à ongles, un petite poignée d'épingles à cheveux et deux élastiques de couleur. Et dans le meuble aux pieds tubulaires, une autre brosse à dents, et d'autres élastiques à cheveux encore, et le tube de crème contre les gerçures des lèvres. Une boîte entamée de protections féminines. Il y avait sur l'une des deux tables de nuit, à gauche du lit, deux ou trois livres abandonnés, le dernier ou l'avant-dernier ou celui d'une autre année d'Amélie Nothomb, un marque-page bistre coincé vers le milieu, un roman aux pages cornées, quelques phrases soulignées à la pointe graphite, de Benjamin Constant, trois mangas de séries différentes, et un bloc de papier aux pages souvent vierges, parfois ici ou là un dessin un peu naïf, de cette main qui ne demandait qu'à affiner son geste. Et un paquet de mouchoirs en papier sous la lampe de chevet. Sur la tablette près de la porte d'entrée, les clefs qu'elle a laissées juste avant de partir.
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