Détresse incarnate

Simon Lalu

Et Satan répondit : Si tu ne veux pas devenir moi, évite de dire "je".

Si j'ai besoin des autres, c'est pour troquer ma détresse. Je l'habille, la rend mystérieuse, attirante et les gens me l'échangent contre leur enthousiasme. Galvanisés, tout en liesse, ils se déchargent de leur substance et prennent à la place ma douleur, ma solitude et ma peine, toutes trois chantantes à leur fair perdre la tête. Elles s'échapperont toutefois bien vite de ces âmes récalcitrantes et regagneront leur demeure en mon sein, dans les circonvolutions d'une plaie béante, aménagées pour elles avec les soins d'une ascendance traumatisante, dans les sillons creusés par un sang gâté, vomi par les bouches reniées des marais vendéens.


Du limon vendéen, le noroît breton m'a extrait

Incomplet comme d'usage ici

Sans rien que ma carcasse humaine

Je vais par les chemins (qui se raréfient)

Chercher à danser aux abords des falaises


Immobile le plus souvent, je deviens mon propre précipice

En moi je tombe et le temps même s'égare

Dans mes nombreux interstices

Qui sont autant d'impasses

Creusant les abîmes de mes égarements

Incarnés dans un corps couronné d'un regard qui

Quoique toujours voilé

Garde en lui le pouvoir de tout réécrire.

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