( dramatiques - ) c'est un frisson

Louise Mc.

UN PERSONNAGE - C'est un frisson, la mort. Elle a étreint le corps comme s'il lui appartenait depuis toujours. La femme a semblé se liquéfier alors qu'elle devenait roide. J'ai senti ma main tendre vers sa robe qui fit en chutant des plis comme des voiles gonflées en pleine mer. Je voulais que mes doigts sentent à quel point la mort est belle lorsqu'elle est de marbre : la peau aux reflets marmoréens, veinés de bleu, (Il regarde ses doigts jouer dans l'air devant lui) les yeux encore ouverts, vaguement étirés, comme si la chair de chaque côté s'était affaissée, entraînant dans ce glissement progressif le coin des paupières lourdes. La bouche aussi ! La bouche aux contours sombres, les lèvres asséchées qui se posent sur les dents comme le dépôt d'un vin trop mûr au fond d'un verre. Et son cœur ! Il tambourinait contre les parois, bélier de chair se ruant contre la cage thoracique. Ses côtes se sont écartées pour laisser passage au muscle bondissant. Il a jailli. Une tomate pourrie envoyée par un spectateur déçu à qui la comédienne a répondu par un fruit aussi gâté. Le cœur a décrit un arc de cercle pour atterrir à mes pieds. Je l'ai regardé battre dans son jus poisseux, poisson agonisant sur la terre ferme. Une mare de sang se forme à mes pieds. Je badigeonne mes semelles de grenat en les avançant dans la flaque. (floc floc) Hypnotisé par les soubresauts de l'organe isolé, je lève les yeux sur le cadavre, là-bas, sur la scène. La malheureuse savait que cette fois, la Camuse venait pour elle. Elle ne l'a même pas saluée lorsqu'elle s'est présentée.

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