Eclats Suspendus - Brid

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Atelier d'écriture du 15 décembre 2015 - création d'un personnage, son caractère, son physique...
Ses parents l'avaient appelée Brid. C'est un prénom gaélique proche d'un mot anglais qui signifie « le souffle ». Et comme le dit son nom, Brid est aérienne, intouchable, comme le vent. Brid est très contradictoire, tant par son allure que par son comportement. D'un côté, son aspect de petit bout de femme la fait apparaître comme fragile et douce, terriblement douce. Mais une fois que l'on croise son regard aussi vert que les pâturages du Connemara où elle a vu le jour, on peut sentir une détermination, une force, une vivacité brute. Comme si à l'intérieur, elle était infiniment plus grande, infiniment plus puissante que dans la réalité. Comme si elle était la petite brise qui cache une farouche bourrasque. Et pourtant, la force de caractère qu'elle exprime, n'est en réalité qu'un mur d'acier, forgé autour de son âme au fil des années. Mur que le seul amour de sa vie avait fini par fragiliser, petit à petit, avec ce sentiment qu'elle a appris à connaître et à apprivoiser.
Ses agissements la rendent à la fois enfant et ancêtre, on dirait qu'elle a tout vu, et qu'elle s'extasie encore devant les plus infimes choses. Les quelques légères rides qui marquent son front et le coin de ses yeux trahissent pourtant les épreuves qu'elle a traversé pendant ses trente-cinq années de vie sur Terre. Ses sourires tristes et le voile qui passe sur ses yeux, quand elle regarde son enfant jouer avec le chat, sont autant de signes qui reflètent les souffrances du passé, qu'elle s'efforce de cacher bien profondément en elle. Sous une pierre. La pierre où sommeille la Bête.
Pour les rares personnes auxquelles elle tient, Brid est une femme aimante, calme, sage et douce. Elle se veut discrète, mais tient à montrer qu'elle est présente en cas de besoin. On peut compter sur elle. C'est une amie fidèle et dévouée, c'est une mère tendre et patiente, c'est une travailleuse passionnée et acharnée. Si elle semble posséder une force aussi grande, c'est grâce à Andreï. Elle se damnerait pour lui. Si l'on n'a plus rien à craindre de la Bourrasque qui dort au fond d'elle, il ne faudrait pas sous-estimer son instinct de mère car il est terrible. La présence de son fils auprès d'elle lui donne toute la puissance dont elle essaie de faire preuve, jour après jour. Car à l'intérieur, Brid n'est qu'un petit passereau apeuré par le monde, par le passé, par l'avenir. Un brin d'air que l'on peut balayer d'un revers de la main, un souffle solitaire. La mort de son père a été le plus grand choc de sa vie. Elle n'avait que huit ans, et la douleur a été si insupportable qu'elle a préféré haïr les autres pour ne pas avoir à les perdre. Pendant des années, elle s'est forgé un cocon de métal brut, infranchissable, impénétrable. Mais Jun était un chevalier. Il était lui-même fait de métal, et il creusa sans peine un trou dans son cœur d'acier, y déversant alors une lumière fulgurante. Jamais elle n'aurait cru aimer autant. Jamais elle n'aurait cru que cela s'arrêterait.
Et elle a perdu Jun comme elle avait perdu son père. Celui pour qui battait son cœur a disparut dans une tempête de sable d'or, laissant Brid seule. Son désespoir a été si grand qu'elle en a perdu la raison, oubliant son travail, la Bête qui sommeillait, son enfant de deux mois. Elle n'existait plus que pour retrouver Jun, son chevalier, son prince, le seul qui avait su faire battre son cœur assez fort pour le briser. C'est le souvenir d'Andreï qui lui a rendu le courage et la force d'affronter la réalité et de prendre enfin ses responsabilités. Il lui aura fallu deux ans pour qu'elle se rende compte que Jun était encore là, à travers Andreï, la chair de sa chair, cet enfant que son corps lui avait caché, que son esprit avait ensuite renié dans sa folie dépressive.
Alors Brid a fabriqué un nouveau cocon, pour elle et son fils, elle a enchaîné la Bête qui sommeillait à sa pierre, pour que jamais elle ne remonte à la surface, elle l'a noyée avec ce qu'il reste de son passé, de sa paranoïa, de ses névroses, elle a étouffé la bourrasque en elle jusqu'à devenir ce souffle doux, paisible, sage, mesuré. Pour protéger Andreï. Pendant vingt-quatre ans, elle a vécu pour elle, pendant les années de la Bête, elle a vécu pour Jun. Pendant ses années de folie, elle a vécu sans exister. À présent, et depuis huit ans, elle se détruirait corps et âme pour son fils.
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