Écorchés - Chapitre 5 : La fin des hommes

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La fin des hommes


Le vent se mit à souffler de plus en plus fort et Leila s'en enveloppa en se mettant en position de combat. Namu se saisit de son fouet de combat, mais la Chasseuse lui fit signe de rester à l'écart. Fagma souriait toujours, sa vareuse bleue délavée battant au vent. Elle avança lentement dans la direction des trois voyageurs. Mio resta debout à côté des gardes qui brandissaient leurs hallebardes vers la Paria, serrant contre lui sa sacoche avec un air affolé.

            Fagma se mit alors à courir contre le vent de plus en plus fort, sa dague courbée pointant devant elle. Leila fléchit les genoux pour prendre ses appuis, prête à esquiver et contre-attaquer l'offensive de la Paria. Elle sentait son corps galvanisé par le souffle. Alors que Fagma arrivait sur elle, pointant sa lame vers sa poitrine, elle s'écarta avec célérité et faucha l'air de sa lance. Elle frappa dans le vide, Fagma s'étant baissée juste à temps. Elle fit une roulade sur le côté pour esquiver une nouvelle attaque de Leila, et fut obligée de reculer devant les assauts répétés de la Chasseuse en furie. Les lèvres de la Paria s'élargirent de nouveau. Leila détestait ce sourire, et elle attaqua avec encore plus d'ardeurs, mais Fagma esquiva une fois de plus. Elle se rapprocha dangereusement de Leila alors qu'elle lançait un coup d'estoc avec sa lance. L'allonge de son coup la rendait plus faible au combat rapproché.

            Mais Fagma ne semblait pas vouloir se battre d'aussi près. Elle attrapa doucement la nuque de Leila et plongea son regard profond dans celui de la Chasseuse, sans se départir de son sourire. Le moment paru durer une éternité à Leila, qui avait l'impression de plonger ses yeux dans les abysses. Fagma poussa soudain un cri de douleur et chuta sous le coup. Sa dague glissa et fit une longue estafilade sur le bras de Leila qui lâcha sa lance sous la douleur. Elle aperçut alors Namu, tenant son fouet qui dégageait une onde brûlante. Le visage du jeune homme était crispé de colère.

            _ J'avais la situation en main ! lui cria Leila. Je t'avais dit de ne pas intervenir.

            _ C'est cette trainée qui t'avait en main, répondit sèchement Namu en montrant Fagma qui était toujours à terre. Si je ne l'avais pas frappée, elle t'aurait butée.

            Leila ne répondit pas. Elle savait, sans pouvoir expliquer pourquoi, que Fagma ne l'aurai pas tuée. Quelque chose ne tournait pas rond chez cette fille. Elle se tourna vers elle. Sa vareuse et sa tunique avait été tranchées et brulées par le coup de fouet de Namu en travers du dos, et une large plaie encore fumante zébrait son dos. La femme aux cheveux blancs gémissait de douleur au sol. Elle se releva doucement et attrapa sa dague encore par terre. Elle lança à Namu un regard noir.

            _Vous ne comprenez rien, lâcha-t-elle entre ses dents. Je t'aurai prévenu Leila, méfie-toi de ces salopards en robe et suis ton instinct.

            Elle rebroussa chemin en se tenant le dos. Sa blessure devait la faire atrocement souffrir pour qu'elle abandonne le combat. Leila et Namu se tournèrent vers l'arche, et ils virent un homme se tenir dans l'encadrement. Il portait lui aussi une robe rouge, mais avait rabattu sa capuche. Il semblait assez âgé, avec un visage marqué par le temps. Ses yeux semblaient lancer des éclairs, lui donnant un air sévère. Il tenait de sa main gantée Mio par l'épaule. Celui-ci semblait minuscule à côté du vieux mage.

            Leila s'avança vers lui, et les gardes s'écartèrent, signe que l'arche a été ouverte. Namu la suivi, la mine renfrognée. Il ne devait pas avoir apprécié de se faire réprimander alors qu'il avait sauvé son amie.

            Méfiante, Leila ne lâcha pas sa lance en se présentant devant le mage.

            _ Salutations à vous, Chasseurs, commença sobrement le nouveau venu. Je suis Ludys, le maître de l'Adepte Mio. J'ai entendu qu'il y avait du grabuge ici, je suis venu voir ce qu'il en était.

            _ Merci pour le coup de main, répondit sèchement Leila. J'imagine que votre Adepte vous a dit pourquoi nous sommes ici.

            _ Il n'a pas besoin de me le dire, tout le monde sait ici qu'il se passe des choses horribles. Mais je ne suis pas en mesure de vous présenter au Conclave, ni de révéler les explications probables autour de ces meurtres. Mais rentrons, évitons autant que possible de mourir congelés.

            Il fit volte-face et avança sur le sentier qui continuait de monter dans les montagnes. Mio le suivait comme un chien derrière son maître. Leila tapota l'épaule de Namu et lui offrit un sourire reconnaissant. Ce dernier hocha simplement la tête.

 

            Après quelques minutes d'ascension, ils arrivèrent sur un gigantesque disque de pierre noir. De fines gravures serpentaient à la surface, formant des arabesques envoutantes et sinueuses. Au centre, un filin lumineux et translucide jaillissait d'un large trou, montant jusqu'au ciel. Leila se dit que cela était l'origine du Voile protégeant l'Ile du Gouffre. Ludys avançait avec assurance, son Adepte à ses côtés. Namu semblait méfiant à la vue de la plateforme, osant à peine marcher dessus. Il avait la main proche de la poignée de son épée, et Leila sentait la chaleur émaner de ses armes. Cela ne la surprenait pas, les Chasseurs se sont toujours méfiés de la magie et de ses mystères.

            Ludys rabattit sa capuche, dévoilant un crâne chauve et brillant. Il s'agenouilla et posa ses mains au sol. Les lignes gravées se mirent alors à luire d'une lumière glacée, révélant les formes élégantes de la plateforme. Cette dernière se mit à vibrer, et la pierre se mit à descendre en suivant les gravures lumineuses, formant une rampe sinueuse descendant dans les profondeurs de la pierre noire. Ludys se redressa et lança un sourire énigmatique aux Chasseurs.

            _ Bienvenue au Beffroi, dit-il avec fierté, comme un hôte invitant des convives dans son domaine.

            Leila regarda la rampe avec méfiance, ne sachant ce qui l'attendait en bas dans les entrailles de la tour des mages. Elle emprunta le chemin nouvellement formé en compagnie de Namu qui marchait avec prudence. Ils suivirent Ludys et Mio qui ouvraient la marche. Le jeune Adepte suivait son Maître, semblant lui accorder une confiance aveugle. Leila trouvait ce comportement risible et enfantin, mais elle avait conscience qu'elle pouvait avoir le même comportement avec Thura. Elle sourit intérieurement de sa propre contradiction. Rien n'est plus solide que la loyauté d'un élève envers son maître.

            Le chemin était éclairé tout du long par des gouttes de lumières flottant contre les murs, révélant d'autres fines gravures rampant le long de la pierre. Leila passait son doigt le long des sillons, essayant de trouver une logique à ces dessins sans forme, en vain.

            Ils débouchèrent d'un un vaste salon, également creusé dans la pierre noire. Des canapés et des fauteuils trônaient au centre de la grande pièce, et des mages en robes rouges étaient assis dessus en discutant, lisant ou étudiant. Un tapis aux couleurs argentées habillait le sol en apportant un peu de lumière pour contrebalancer la roche sombre des murs. Un lustre monumental était suspendu au plafond, éclairant la pièce avec les mêmes lumières flottantes que la rampe d'entrée. Au centre du salon, le même trou large que sur le toit dégageait le même trait lumineux donnant naissance au Voile.

            Des escaliers le long des murs descendaient dans les profondeurs du Beffroi, et Leila vit de nombreuses portes de bois cerclées de fer, se demandant quels mystères, et peut-être quelles horreurs, se cachaient derrière.

            Les mages présents dans la salle lançaient des regards surpris à Ludys, mais surtout aux deux Chasseurs qui dénotaient fortement avec l'ambiance mystique des lieux. Il est vrai que leurs tuniques et armures de peau et de cuir semblaient faire tâches au milieu de la pierre et du tissu des mages et de leur tour.

            Ludys les guidait à travers le salon vers un des escaliers. Les mages suivirent du regards la petite troupe qui traversait la salle commune. Leila jetait des regards noirs à l'assemblée, et Namu semblait s'échauffer de plus en plus, et pas seulement au sens figuré.

            L'escalier étroit donnait sur un simple vestibule éclairé par une mince goutte de lumière suspendu au centre de la pièce. Des chaises raides étaient posées le long des murs, et deux gardes en armure de bronze encadraient une large porte à double battant. Les trois cercles enlacés, symbole du Beffroi, étaient gravés sur la porte. Leila regarda autour d'elle, en recherche d'une issue au cas où le mage leur ait tendu un piège. Namu était également tendu, caressant machinalement le manche de son épée. Ludys se tourna vers eux, joignant ses mains devant lui.

            _ Attendez ici, dit-il avec autorité. Je vais essayer de réclamer une audience au Conclave, mais je ne vous promets rien. Vous savez, ce serai la première fois que des Chasseurs rencontrent le Conclave, vous avez intérêt à être dignes de cet honneur.

            Il n'attendit pas la réponse de Leila ou de Namu et tourna vivement les talons pour remonter les escaliers, suivi par Mio qui trottinait derrière lui. Leila regarda Namu d'un air circonspect, et s'assit sur une des chaises inconfortables. Namu faisait les cent pas dans la salle, toujours la main proche de ses armes. Leila sentait le malaise de son compagnon de route, mais elle le comprenait.

            Les minutes s'étiraient de plus en plus, et l'attente parut interminable. Le silence les enveloppait dans ce vestibule sombre, et le temps semblait suspendu dans cette tour sans fenêtre. Leila était incapable de dire combien de temps s'était écoulé depuis que Ludys les avait laissés dans cette salle. Namu avait fini par s'endormir sur une des chaises.

            Le regard dans le vague, Leila repensa à ces meurtres sans nom. Elle avait vu deux scènes de crimes absolument ignobles, et d'après Mio, un autre meurtre avait eu lieu. Trois personnes sauvagement assassinées, vraisemblablement par la même personne. Leila ne connaissait aucune des trois victimes, mais il ne semblait pas y avoir de lien apparent entre elles. Entre un mineur et une inconnue probablement habitué des tavernes portuaires, il n'y avait que peu de points communs, mis à part leur goût probable pour la boisson. Tant qu'ils ne connaitraient pas la raison de ces crimes et de cette mise en scène atroce, ils seraient prisonniers dans le brouillard.

            Alors que Leila commençait à piquer du nez sur sa chaise, la lourde porte s'ouvrit lentement. Le bruit du bois raclant la pierre réveilla Namu qui redressa la tête en sursaut. Il se leva brusquement et se saisit de son épée qui rougeoyait déjà. Les gardes en armures leur firent signe de rentrer dans la salle. Pour la première fois de l'histoire, des Chasseurs allaient rencontrer les vénérables mages du Conclave. Leila espérait être digne de cet évènement, mais elle n'avait aucune confiance en eux.

            La salle dans laquelle ils pénétrèrent était, contrairement au reste du Beffroi, baignée de lumière. La salle du Conclave était une grande pièce en arc de cercle, et le fond était constitué d'une large ouverture donnant sur la mer. On pouvait voir la neige tomber à travers la lucarne. Devant la fenêtre creusée se trouvait cinq pupitres en hauteur. Derrière celui au centre, un homme en armure de bronze ouvragée et très élégante, armé d'une large épée et d'un sceptre blanc, regardait les deux Chasseurs d'un œil sévère. Il était encadré à sa droite et à sa gauche par deux mages en robes rouges de chaque côté, le front ceigné d'un mince diadème doré, sans doute signe de leur appartenance au Conclave.

            Leila essaya de jauger du regard ces cinq hommes qui dégageait une puissante aura. Celui tout à droite était grand et très mince, et avait un visage émacié. Il tenait dans sa main une courte baguette sertie d'une sphère luisante semblable à une perle. Le mage à côté de lui avait le visage caché par une imposante barbe rousse, et une chevelure tout aussi flamboyante tombait sur ses épaules. Ses mains rugueuses étaient munies d'une multitude de bagues de toutes les couleurs dans lesquelles la lueur froide de l'extérieur se reflétait. A droite de l'homme en armure, un mage gras et chauve à la peau luisante était avachi sur son siège derrière son pupitre. Il portait un épais bracelet argenté à chaque poignet. Le dernier des cinq mages était grand et svelte, et un bandeau blanc couvrait ses yeux.

            _ Bienvenus à vous, amis Chasseurs, commença le mage en armure en inclinant légèrement la tête. Vous voici devant le Conclave, et je déclare l'audience ouverte.

            Le gros magicien se redressa et leva sa main droite. La porte se referma derrière Leila et Namu. Ces derniers se tendirent encore plus, Leila était prête à attraper son arc ou sa lance au premier signe de danger.

            _ N'ayez crainte, poursuivi l'homme qui semblait diriger le Conclave, personne ici ne vous veut de mal. Nous avons un ennemi commun, et nous sommes ici pour nous entraider. Que savez-vous de ces meurtres ?

            Leila fut surprise par la question abrute de son interlocuteur.

            _ Pas grand-chose, répondit-elle avec franchise. Le premier que nous avons vu était un mineur, écorché et avec un sablier enfoncé dans la poitrine. La seconde victime a été démembrée et également écorchée. A chaque fois, on retrouve ce symbole de sablier, et l'un de vos Adeptes que nous avons croisé nous a guidé jusqu'ici en nous disant que vous sauriez quoi faire.

            _ Je vois, souffla simplement l'homme en armure. Et vous, demanda-t-il en se tournant vers Namu, qu'avez-vous à me dire sur ces meurtres ?

            _ Rien de plus que Leila. J'étais trop occupé à vomir mes tripes pour me souvenir des petits détails.

            Le mage à la peau grasse émit un gloussement aigue, et celui avec le bandeau sur les yeux sorti un morceau de parchemin.

            _ Pas besoin que vous vous en souveniez, dit-il avec un petit sourire, le jeune Mio nous a ramené ses notes sur le meurtre de la taverne. Cela est très éclairant. Il n'y a plus de doutes possibles quant à la raison de cette barbarie.

            Leila se raidit d'un coup. La tension devenait palpable dans la salle du Conclave. Enfin elle allait comprendre pourquoi quelqu'un inflige tel supplice à ses victimes. Namu croisa les bras, attendant les explications du Conclave.

            _ Avez-vous déjà entendu parler du Nécromancien ?

            Leila ne répondit pas à la question rhétorique du mage en armure. Tout le monde connaissait cette légende sans queue ni tête d'un mage maléfique qui réveille les morts. Personne ne l'a jamais vu, et tout le monde sait qu'il est impossible de ramener les morts à la vie. Namu haussa les épaules, et celui qui semblait diriger le Conclave eut un petit sourire entendu.

            _ Et bien, vous serez surpris d'apprendre qu'il a bel et bien existé, il y a plusieurs siècles. A l'époque, les Chasseurs, le Beffroi, les Parias… Tout cela n'existait pas. Ce Nécromancien arpentait les villages pour y commettre des massacres sans nom afin de grossir son armée de morts-vivants. Il a fallu des décennies pour que les personnes douées de magie se rassemblent pour lutter contre la menace, à cause de leur exclusion. Ils ont réussi à arrêter le Nécromancien et à anéantir ses troupes, mais il leur a été impossible de tuer le mage. Il est enfermé dans un lieu tenu secret. Une fois la paix rétablie, les magiciens qui s'étaient rassemblés pour combattre le Nécromancien se divisèrent en deux groupes : les mages du Beffroi et les Chasseurs. Ces deux groupes ont, comme vous le savez, développé une magie et un mode de vie très différents, mais les chefs de ces groupes, donc moi et Thura en l'occurrence, possédons chacun une partie du secret pour accéder au Nécromancien. Je connais la méthode pour pénétrer dans sa prison éternelle, et Thura connait l'endroit où il a été enfermé.

            _ Ce cours d'histoire est passionnant, répondit Leila avec agacement, mais je ne vois pas le rapport avec les meurtres. On cherche un vrai coupable, pas une légende du passé.

            _ Je comprends votre impatience, répondit le chef du Conclave. La nature particulièrement atroce de ces meurtres montre que ce criminel veut… libérer le Nécromancien.

            Leila sentit Namu frémir derrière lui. Il a toujours été très sensible à ce genre d'histoires.

            _ En temps normal, poursuivit le mage en armure, nous ne révélons jamais nos secrets à d'autres personnes, mais je crois que nous sommes dans une situation de force majeure.

            Il regarda ses quatre acolytes, qui hochèrent la tête en signe d'approbation. Leila se demanda comment celui au bandeau pouvait voir que son chef lui avait adressé un signe, mais elle se dit qu'il s'agissait sans doute d'une autre fourberie de magicien.

            _ Le Nécromancien puisait son pouvoir de la Dame Corbeau en personne, expliqua le mage au centre. Il a donc fallu se servir de la même magie pour l'enfermer. Une magie qui réclame du sang, aussi bien pour être utilisée que pour être levée. Pour libérer le Nécromancien, il faut exécuter le Rituel Noir. La Dame Corbeau réclame cinq sacrifices, et les peaux des cinq victimes. Pour faire ces offrandes à la déesse, les victimes doivent être empreintes de l'essence même de la mort qui est contenue dans les Sabliers Noirs. Ce sont des artefacts très rares, et seules les personnes douées de magie sont capable d'utiliser son pouvoir.

            _ Attendez, l'interrompit brusquement Namu, cela signifie que le coupable est forcément…

            _ Un mage du Beffroi ou un Chasseur, compléta le chef du Conclave. Et cette personne a besoin de Sabliers pour exécuter les sacrifices, et de la clé pour ouvrir la prison du Nécromancien. Les deux meurtres que vous avez découverts ne semble pas fournir d'indice sur le coupable, mais nous avons découvert le premier. Celui-ci est éclairant.

            Le mage en armure fit une pause. Lui et ses confrères prirent une expression gênée. Leila s'agaça face au malaise des plus puissants mages qui soient.

            _ On peut peut-être savoir en quoi ? demanda la Chasseuse avec une pointe de sarcasme.

            _ Nous avons trouvé la première victime dans la bibliothèque du Beffroi.

            Les deux Chasseurs furent interloqués par cette information. Leila eu une pensée pour Fagma, cette Paria qui lui avait conseillée de ne pas faire confiance aux mages du Beffroi. Visiblement, elle avait raison. Elle brandit sa lance et une vive bourrasque se leva dans la salle du Conclave, faisant virevolter les robes des mages. Namu se saisit de son fouet de combat, et la température de la pièce augmenta brusquement.

            _ Qu'est-ce qui nous dis que ce n'est pas l'un de vous ? cria Leila à l'adresse du Conclave. Vous pourriez très bien raconter des conneries de magiciens. De toute façon, vous n'êtes bon qu'à ça.

            _ Vous avez raison de nous suspecter, murmura le chef du Conclave, mais nous pourrions nous aussi vous accuser comme vous le faites. Nous devons essayer de nous faire confiance, sinon jamais nous ne trouverons le vrai coupable. Si je mentais, je n'inclurais pas Thura dans mes explications.

            Cela ne calma pas les deux Chasseurs. Namu était déjà en position de combat, prêt à frapper les cinq mages de son terrible fouet de métal.

            _ Prenez votre temps pour réfléchir à ce que vous devez faire, dit simplement le chef des mages, et soyez certains que nous vous aiderons du mieux que nous le pourrons. Cherchez les Sabliers, cela devrait vous mener sur la voie de ce meurtrier. Je pense que vous avez besoin de repos. Malheureusement, nous n'accueillons jamais d'étrangers au sein du Beffroi. Il reste notre sanctuaire, je suis sûr que vous comprenez. Maître Ludys va vous guider jusque l'entrée, et vous pourrez camper en dehors de notre enceinte. Je déclare l'audience levée.

            Il fit un signe de tête aux deux Chasseurs qui n'avaient pas rangé leurs armes, et le mage grassouillet leva à nouveau sa main. La porte s'ouvrit sur le mage sévère et son apprenti qui le suivait partout.

 

            _ J'espère que cette audience a été bénéfique, lança Ludys aux Chasseurs une fois sur la plateforme d'entrée balayée par le vent du soir. Ce fut un plaisir.

            Leila et Namu ne répondirent pas. Leila n'appréciait pas ce sorcier, il ne lui inspirait aucune confiance. Ils adressèrent un signe de tête à Mio qui leur rendit, et les deux mages rentrèrent dans les profondeurs de leur tour de pierre.

            Leila contempla l'océan, songeuse. Son regard se porta naturellement vers l'est, là où elle avait tout perdu il y a des années de cela. Mais après les révélations du Conclave, elle se disait qu'un miracle était possible. Cette histoire de Rituel flottait encore dans son esprit, aux côtés de ce visage accusateur et gelé qui l'avait assaillie pendant la traversée du désert de glace.

            Sentant un mouvement derrière elle, Leila se retourna brusquement en brandissant sa lance, s'attendant à voir Fagma. Elle vit le mage en armure de bronze, debout au bord du trou d'où jaillissait le Voile. Namu, qui s'était assis à même la pierre, se releva immédiatement. Leila se demanda comment le chef du Beffroi était arrivé jusqu'ici sans passer par le tunnel, mais plus rien ne la surprenait de la part de ces lanceurs de sorts.

            _ Vous n'imaginez pas à quel point la tâche qui est la votre est importante, commença-t-il en prenant un ton dramatique. Si le Nécromancien revient, les massacres vont recommencer. Si le Nécromancien revient, une armée de cadavres va envahir le monde. Si le Nécromancien revient, c'est la fin des hommes.

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