Et Dieu créa la Mort

Théo Seguin

Il était une fois un homme qui osa se dresser contre Dieu, être suprême, roi des rois. Cet homme, nommé Hévarius, ne supportait pas cette puissance divine et décida, par un jour de brise matinale, de monter les armes contre Lui. Or, Hévarius ni aucun de ses hommes ne pouvaient atteindre cet être mystique. Dieu en rit fort, mais d'un rire gangrené par la colère. Comment ses enfants, ses créations, ces êtres insignifiants et sans visage pouvaient-ils s'insurger contre leur Créateur ?

Dieu, chatouilleux, les punissait alors par une tempête de vingt-deux jours, tempête qui ravageât une bonne partie des récoltes cultivées avec difficulté par les hommes. Dieu, tout-puissant qu'Il pouvait l'être, n'avait que ce vent destructeur en guise de punition, la fin de l'existence n'ayant pas effleuré sa pensée.

Quand la tempête fut finie, Hévarius était un homme d'une haine incommensurable. La vengeance se dessinait sur ses lèvres. Ne pouvant l'attaquer par les armes, il décida de l'attaquer sur son propre terrain : le pouvoir de la croyance.

Très rapidement, Hévarius fit colporter par ses complices des rumeurs de miracles perpétrés par ses soins et par ce qu'il touchait. Ces ragots, glissant avec l'air, firent rapidement le tour de l'Humanité tout entière.

Voilà qu'un jour, Dieu, qui savait tout, se changea en vieillard et descendit de son nuage céleste pour assister à l'un de ces fameux miracles. Hévarius se trouvait près d'une source, d'où sortait par un trou calamiteux une eau pure et belle, à la couleur azur du ciel. Moult d'hommes et de femmes s'étaient rassemblés pour voir eux aussi un manifeste divin de leurs propres yeux. L'homme, après avoir vu qu'assez de monde était présent, s'approcha de la source et toucha, avec son index gauche, l'eau bleutée. Et d'un coup, le miracle se produisit. L'eau, azur fut-elle, se changea en or d'un brillant étincelant. Tout le monde était ébailli, Dieu Lui-même n'en revenait pas. Comment Hévarius, simple était-il, avait-il pus faire une tel chose ? Dieu s'en moqua fort.

Lorsqu'on dit à Hévarius qu'il tenait ses pouvoirs de Dieu, il leur répondit qu'il était lui-même un dieu, et que l'autre n'est qu'un imposteur inexistant. Cela foudroya de colère le Nommé. Il s'éclipsa et s'envola à sa demeure. Là-bas, il voulut punir Hévarius de sa félonie doublée de son égocentrisme et les Hommes de leur naïveté. Dieu créa alors, avec l'un de ses os, un être sans compassion et sans apparence : il créa la Mort. Et avec elle, toutes sortes de choses plus horribles les unes que les autres, comme la maladie, qui menèrent à une faiblesse corporelle que les Humains ne possédaient pas avant cela, et qui allait leur être fatal.

Ainsi, Dieu put punir les Hommes d'une autre façon : Il fit décimer les récoltes une seconde fois, et la famine nouvelle s'installa. Il créa ensuite une épidémie de peste qui ravagea quasi-entièrement l'Humanité. Hévarius, ayant créé le courroux de Dieu, fut gravement touché. Il tenta de demander la pitié divine, mais le jugement de Dieu, parfois cruel, est impartial : Hévarius, comme tous les autres, mourut de cette triste maladie, après de longs jours d'agonie.

Par la Mort, Dieu permit à l'Homme de prendre conscience de son existence et de l'aimer. Ce n'est qu'avec cette éphémérité que l'Homme profite, construit, créé, et ne tombe pas dans l'oisiveté de l'immortalité.

Par la Mort, Dieu créa cependant une chose qu'il ne voulait pas : il créa un égal, il créa un créateur.

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