Être en phase terminale

pianitza

Crise d'Ego [Chapitre 5]

Un cancéreux décomposé, dans l'ombre de son lit, en phase terminale, il lui faut beaucoup, énormément, d'humour. Enormément. Trop. Même. Parfois.
Lecteur, je débute 2014 sous le signe du cancer. J'ai écroulé toutes les vieilles tours, les remparts d'antan. Pour l'humour. Vous l'aurez sans doute remarqué : toutes mes boutades – Qui s'essayent à la mort autant que possible.
Même en m'essayant au sérieux, je fais rire ! Un professionnel sous morphine. Gloire à mes échecs ! Je veux vous entendre ovationner mon pathétique parcours, mes providentielles confusions, avant mon décès ! Venez cracher au pied de mon lit ! Laissez vos bouquets chez vous, vraiment, je préfère votre salive – Toute morbide. Si vous venez me voir, riez plutôt avec moi, vous aussi, de votre décès à venir – Ce n'est qu'une question de secondes, d'heures et de minutes. Rions de nos reflets respectifs !
Oui, je vais m'endormir et souffrir, bien tranquillement. Je n'ai pas préservé ma santé. Oui. Je n'ai pas été à cheval sur le sport, les précautions, l'exponentiel, l'arithmétique. Oui. Une satisfaction personnelle.
Ma vie a été indécision, et mouvements longs, à m'émouvoir de l'absconse vérité, autre ailleurs, non étiqueté. Ma vie a été maladie. Une chance, non ?
J'entends tous les jaloux qui eux auront vécu sainement ! Les pauvres !
J'entends les frottements de mains de mes ex-copines. Mes gobeuses de queue pleines d'amour – si ce livre est édité, j'espère que vous êtes en train de le lire, même, d'ailleurs. Mes sensuelles gobeuses de queue ! Je suis en phase terminale de toute façon (sourire).
Ah tiens, maintenant que vous le savez, mes exs gobeuses de queue (oui oui, je le répète, j'assois les mots avec plus d'insistance, lourdement, comme un immature de première zone) qui vous offusquez des mots, des façons et des grimaces, comment trouvez-vous les murs de ma dernière chambre ? Blancs ? Aseptisés ? Comme moi ? C'est vrai que je suis pâle ! J'ai cette couleur de nuit de noce !  Et je suis imprégné de cette même odeur de prison que soulevaient les couettes quand nous étions ensemble… !

MES EXS – On t'avait dit, d'avoir une situation stable, un emploi. Tout ça !!!
MOI – J'ai fait le choix d'être patiemment impatient. Et de baiser l'impatiente patience...
MES EXS – T'allais trop peu voir la couleur du ciel.
MOI – J'étais assis sur la carapace spirituelle de l'en-dessous.
MES EXS – Tu te prélassais… Te suffisais à pas grand-chose…
MOI – Toujours eu rien à foutre des envies d'expansions. Toujours été à rebrousse-poil des « Et si ». Comme un connard. Toujours.
MES EXS – Et fonder une famille ?
MOI – Dans un bar ?
MES EXS (soupirantes) – Tu ne changeras jamais…
MOI – Jamais, c'est pour bientôt ! Pour moi ! Et pas pour vous ! Ih ih ih ! (rire de gobelin)
MES EXS (fermes) – Et bien crève, c'est tout ce que tu as mérité !
MOI – On se reverra en enfer ! Bande de salopes ! (je dirais même, pour les féministes qui lisent actuellement : bande de grosses salopes ! Ih ih ih !)

C'est vrai, quoi ! Elles manquaient cruellement d'humour, mes exs. C'est ma seule déception, avant de partir, de ne pas avoir trouvé quelques tétons rieurs… Ma seule !
On frappe à la porte, attendez :

MOI (ouvrant la porte) – Bonjour.
ELLE (sans cheveux) – Salut.
MOI (pensant que c'est un homme) – Salut mec. Bien ton cancer ?
ELLE (riant) – Bien ta phase terminale ?
MOI (riant, un peu amer) – Uh uh uh…
ELLE (me faisant les yeux doux) – Tu as l'air d'en avoir un paquet, toi aussi, de la mort sur les cernes… (Bouche en O.)
MOI (rougissant) – J'invoque le phrasé terminal.
ELLE (pointant ses tétons dans ma direction) – Ça me rend vulgaire !

Je vous passe la scène sexuelle entre les scanners, les câbles blancs et les médicaments. Levrette, ma queue entre ses seins, mon sperme entre ses dents... Vous connaissez la chanson.
Mais quoi ?

MOI (allumant le poste radio. C'était Sebastien.) – J'aime bien Sebastian.
ELLE (commençant à danser sur le lit, moite encore de notre sueur) – Mais j'adooooore Sebastian !

On danse sur Ross Ross Ross. Et on fait tinter les crosses crosses crosses. Les infirmiers arrivent, se bousculent, nous séparent. On est à poils. J'uis encore en érection, pour tout vous dire. On m'a bloqué les bras, on m'extorque ma dignité ! Elle ! On l'emmène !

MOI – POURQUOI QUAND ON TROUVE LE BONHEUR IL S'EN VA À CHAQUE FOIS ?

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