Être internaute

pianitza

Crise d'Ego [Chapitre 12]

Moi, j'aime bien internet. J'aime bien lire tous vos Moi, je. Propres reflets de moi. Propres soucis de faire voir, faire rire, susciter l'intérêt. C'est un grand défouloir de Moi, Internet : avec ses YouTubers clownesques, ses Facebookiens titubants, ses Twitteriens sourdingues… Une zone pleine de mortuaires pixels qui se périment l'heure suivant leur naissance. La zone des expressions, où l'on filme son faciès révolutionnaire, où on l'expose à d'autres faciès révolutionnaires. Où on demande des pouces verts en retour. La zone où l'on semble être, loin à l'écart du vent et des rayons argent, le centre d'une e-révolution. Ou, dirons-nous plutôt avec un intelligible recul, d'une e-extrapolation.
Mais attention ! Pas touche à mon internet. C'est mon bastion. C'est là où j'ai évolué, dépéri, grandi. C'est là où ma culture s'est peer-2-performée. Parce que je l'aurais cogné fort, mon écran d'ordinateur. J'aurais pour ainsi dire passé la plus grande partie de mon temps dans le creux de son indépendance. J'aurais, je le dis, sacrifié mes heures de forêt pour des galeries virtuoses pleines d'artistes méconnus. Des chairs sur clavier que je ne rencontrerais jamais. Toutes liées de loin, tout comme moi, au purin gonflé d'un certain génie portant le nom de Bill Gates. Sa disgracieuse lumière, qui laisse crasse entre les touches, m'aura fait découvrir de biens exceptionnels créateurs (dessinateurs, écrivains, concepteurs de jeux vidéo…).

Pas touche à mon internet, je disais ? Excusez, je fais mon conservateur. Mon vieux con du réel. J'aurais dû dire : « Touche à mon internet ! ». Ou sinon à quoi bon internet ? Parce que je touche tout ce que je vois, sur les vagues virtuelles. Je ne vais pas faire mon hypocrite. Je me jette dessus, je bouffe, je kiffe, salace. Gratuitement.
Toutes ces floraisons de possibilités, tous ces avatars qui poulopent sur les onglets, toutes ces pages. Toutes ces vidéos… Et... Et tous ces connards ! Toute cette médiocrité ! Je prends parfois un malin plaisir à user de l'anonymat pour les fustiger, gratuitement (Bah oui) ! Le nombrilisme, qui ici-bas s'est vêtu d'un mot devenu célèbre, kikoolol, je peux plus m'empêcher de m'insurger entre ses « si t'aimes pas tu ne regardes pas » et godailler, salement, leurs malpropres envies d'exposition. Ce que j'appelle les éduqués de la télévision, je les baffe angéliquement dans les commentaires. En tout bon poète. Pour qu'ils sachent que, comme leurs contemporains de la télévision, ils n'auront fait que surfer sur le consommable. Ils crèveront dans une décharge. Oubliés. La pub les aura bouffés.
C'est terrible, quand même. Nos expertes élites Américaines nous offrent un joujou d'enfer, avec lequel on peut exceller avec passion, et voilà ce qu'il se passe : la populace (que je ne représente heureusement pas) va cliquer sur les vitrines à portée.
Des fois je me sens seul à être le seul à savoir utiliser internet comme il le faudrait. Vraiment...
C'est dur, d'être virtuellement au-dessus du lot, lecteur. D'être l'unique renard élastique enrubanné, un arc-en-ciel au cul, capable d'Harlem-shaker dans les justes mesures. C'est dur, internaute, d'être le vrai, grand, étonnant cerveau de toutes ces galeries virtuelles…

PS : Si tu as pris ce court chapitre au premier degré, c'est que t'as rien compris à internet. Et que tu es sérieux.

Report this text