Être politiquement correct

pianitza

Crise d'Ego [Chapitre 7]

Comment se porte, se transporte votre bedaine ? La mienne est venue se rassasier d'une Vodka Redbull ou deux du côté de chez vous. Il fallait bien que je sorte un peu de ma chambre ; vous rejoindre, vous, les béotiens, les consommateurs. Les bouffeurs de cinémotion.
Je suis là, à côté de vous, glougloutant le dessous de votre bigarré. Je me lève, me trémousse entre vos T-shirts splendides. Vos chemises beau-gosse. Et me confonds à votre brûlante vanité. Pour vous dire, j'en ai les phalanges qui grimacent…
Regardez le Deejay. Il fait crisser le beat sans même occuper ses mains sur les potards. Regardez, on le dirait dans un contexte très artisanal, très anti-musical. Sa mélodie d'usine fait frémir vos os produits en série… Et comme vous gigotez ! De frénésie, de blanc et d'alcool, en tout bon manitou du vide, vous ne vous contrôlez plus ! Peut-être l'effet des fumées qui font pousser la bêtise sur vos jeunes rides noyées sous le mascara ?
J'ai mixé les torses et les parfums, les lumières artificielles, les maquettes. Le liquide a coulé dans la marmite à falsification ; la grosse louche au bout des doigts, je l'extirpe, le porte, transporte jusqu'à votre bedaine. C'est votre potion magique, buvez... Et dansez, packaging, sur la piste de danse. Droguez-vous ! Faut vous décomplexer de votre longue et grosse semaine écroulée entre les étagères ! Vos jours passés politiquement correctement ! Les papiers, la responsabilité, tout ça. Faut vous donner l'impression de crever un bon coup, et chialer, pour décompresser. Je suis là, votre support. Buvez, j'ai dit, je donne. Ivre ? Vous ? Bafouillez ? Et demain surement déjà vous m'aurez oublié ? Mais parlez, je vous en prie ! Vraiment ! Je garde ma posture, mes oreilles droites et attentives, et vous écoute. Pas. Non mais ne vous énervez pas ! Monologuer, c'était bien votre but, non ? Je suis là, j'ai dit, votre miroir… Continuez ! Secouez vos vêtements, votre chevelure au blé d'or, votre sourire Parisien ! Je suis un clochard, moi, gentil. Bête. Je confonds toutes vos perceptions. Vos intuitions. Accoudez-vous contre moi, j'absorberai la propreté de vos paroles. J'avalerai. Tout. La lumière de vos expressions, l'Éternité de votre posture. Tout. Pour vous !
Votre visage monte alors, s'emballe et brille de fierté, et de sûreté. Et c'est beau…
Ah, tiens !
Je sens que certains d'entre vous en ont un peu marre de mon cynisme. Il y a votre premier degré qui tape contre mes lunettes.
De toute façon, je vous le donne en mille : Manuel Valls a prévu d'interdire ce livre.
Il y a de la délation dans l'air…
J'ai reçu un avertissement qui me demandait de bien vouloir asseoir ma haine autre part que devant la face des pauvres gens. De bien vouloir arrêter de faire dans l'insulte. Plutôt penser à improviser dans le rythmique toutou. Prévoir un livre avec ma photo dessus et parler de ma vie, difficile et terrible, mais avec des formes mainstream (Si l'un d'entre vous a le numéro d'Amélie Nothomb ? Je suis preneur pour des conseils).
Et puis je suis qui, moi ? Qui ? Un gamin sorti de dessous les planches d'on ne sait quel théâtre prétendument dissident ? Un turbulent théâtreux refoulé des majors ? Au nom de quoi, oui, de quoi puis-je me permettre tant de crachats ensanglantés ?
Je viens de réfléchir sur moi, plus en profondeur. Je viens de changer (enfin !).
J'arrête tout, ce livre, mes ambitions de souffrance. Tout !
Je viens de me broder des chaussons roses, un T-Shirt Bisounours, et de m'abonner sur un forum littéraire avec des gens très convenables. Très cultivés. Très sophistiqués. Très dans le trait.
Me voilà entre les reliques, loin des maladies, ces vieilles terreurs de l'extérieur. Ça va mieux. Je pète sur mon canap' Ikea, mieux, m'insurge entre les édredons, mieux. Calmement mieux. Mes poumons se sont dégorgés !
Je crois qu'on va pouvoir s'entendre pour la suite, lecteur. Et marcher les pas emboîtés l'un dans l'autre.
Je recommence dès lors ce chapitre. Anticipant une écriture plus légère. Plus romanesque. Avec un scénario !

Chapitre 1 :
Je suis dans un café, j'écrase les mégots en pleurant la beauté de cette femme. Ma voisine de la table d'à côté. Splendide et sensuelle frangipane gâtée par la vanille, qui couvre les arômes extatiques de mon enfance, et se déhanche entre les tirades sans grâce... Les silhouettes cendreuses se penchent sur ma belle fleur. Elle palpite, elle, s'évapore, sous les regards… Ainsi, indéfiniment, inlassablement. Le mal dans son cœur fait des galéjades. Et…
Et Merde. Lecteur, mon téléphone sonne. Attendez.

MOI – Allô ?
MANUEL VALLS – C'est encore trop abscons, ce que tu viens d'écrire.
MOI – Ah wué ? J'essaie d'écrire standard, pourtant… Du Fnac-isant…
MANUEL VALLS – Oui, mais c'est encore trop abscons. Vraiment.
MOI – Mais alors j'écris quoi ? Comment ?
MANUEL VALLS – Bah plus simple ! Plus simplement ! C'est quoi ça, là : «Splendide et sensuelle frangipane gâtée par la vanille, qui couvre les arômes extatiques de mon enfance, et se déhanche entre les tirades sans grâce » ? Tu vois quoi, et où ? T'es le seul à comprendre ça !
MOI (arrogant) – Les gens savent plus danser avec les mots, c'est vrai… J'avais oublié !
MANUEL VALLS – Affine le trait et arrête d'être poète ! Ça sert à rien, la poésie, crois-moi ! Je sais de quoi je parle ! J'sais pas, moi… Écris juste : « Sensuelle frangipane couvrant les arômes extatiques de mon enfance ». Et encore… Vire le mot « extatique »… Et « frangipane »… Genre oui, voilà… Genre « Sensuelle dégageant les arômes de mon enfance ». Nan… Nan en fait, plutôt : « Arômes sensuels de mon enfance »… Attend, nan. Juste « Sensuel ». Voilà ! Ecris juste « Sensuel ». C'est bien, ça.
MOI – Ah wué ?
MANUEL VALLS – Oui, rappelle-toi. Il y a une citation qui dit que le génie se nourrit de choses simples…
MOI – Si une citation le dit c'est que c'est sûrement vrai.
MANUEL VALLS – Allez, tiens le coup, hein ! On te mettra en tête de gondole si t'es sage. Tu la veux ta légion d'honneur ou tu la veux pas ?
MOI – Je pourrais avoir le pin's en forme de Donald ? Celui que vous distribuez à l'Académie Française ?

Report this text