Faux prêtre, vrai père (thriller)

magali-t

Marie-Dolores découvre à l’âge de vingt ans qu'elle a une sœur jumelle. Elle décide de la rencontrer et constate que cette dernière vit dans le luxe. Elle se débarasse d'elle et usurpe son identité.

Chapitre 1 : Confession

Il était deux heures de l'après-midi quand Marie-Dolores Sanchez pénétra dans l'église Notre Dame du perpétuel secours à Beverly Hills, en Californie. Malgré les vingt-huit degrés qu'affichait le thermomètre en cette belle journée d'été, elle frissonnait de froid et d'effroi, se répétant sans cesse qu'elle n'obtiendrait jamais l'absolution. Elle était tout de blanc vêtue comme pour exprimer une certaine pureté ; bien qu'étant consciente d'incarner le contraire à bien des égards.

Ses mercredis après-midis étaient normalement dédiés aux cours de yoga et de boxe anglaise qu'elle ne se permettait jamais de manquer. Les événements des semaines précédentes l'obligèrent cependant à déroger à sa propre règle : Sa conscience n'avait cessé de la torturer, son âme en lambeau de demander réparation, et son esprit de cogiter inlassablement sur la question de se confier ou non à un homme de Dieu qui, contrairement à monsieur tout le monde, ne la jugerait pas. Aussi, Il lui était devenu quasiment impossible de fermer l'œil de la nuit. Quand elle y parvenait, elle rêvait de sa sœur Gloria qui l'incitait au repentir.

Elle n'avait pas mis les pieds dans une église depuis plus de sept ans, depuis qu'elle était partie de l'orphelinat catholique qui l'avait accueillie à sa naissance. Elle s'avança vers l'autel d'un pas hésitant, persuadée que Madone lui en voulait. Elle s'agenouilla, fit le signe de croix, prit place au premier rang, et sortit le Chapelet que sa mère lui avait légué par le biais de Sœur Odette Traby. Elle ne savait plus comment réciter le rosaire ; elle improvise donc, tout en fixant le crucifix dans l'attente d'un quelconque signe. En vain. Elle se tourne alors vers la mère du Christ pour implorer sa bienveillance. À un certain moment elle croit voir une larme sortir de l'œil droit de la statue, ruisseler sur sa joue, et finir sa course sur le carrelage du lieu saint. Prise de panique, elle bondit de sa chaise laissant échapper son chapelet et se retrouve nez à nez avec une avec une sœur au visage sévère. Les deux femmes se regardent pendant quelques secondes sans dire mot, puis la sœur de lui demander :

-Vous êtes là pour la confession ?

-Tout à fait, répond Marie-Dolores d'une petite voix.

-Le père David vous attend. Vous pouvez y aller.

Angoissée, Marie-Dolores se dirige à petits pas vers le confessionnal. Elle hésite un court instant avant d'ouvrir la petite porte et s'assied.

-Bénissez-moi mon père car j'ai péché, dit-elle timidement.

-Je te bénis au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. Quels sont tes péchés ? Lui dit le prêtre qui choisit de la tutoyer dans le but d'instaurer un climat de confiance. Il voulait qu'elle ait l'impression de se confier à un ami.

-J'ai enfreint le sixième commandement de Dieu, dit-elle incapable d'avouer directement ce qu'elle avait fait. Le prêtre réfléchit un court instant.

-Tu ne commettras pas de meurtre.

-En effet, j'ai tué, dit-elle en baissant les yeux comme si le prête pouvait la voir.

Il ne s'y attendait pas. Jusque-là il avait tout entendu : Du voleur à la petite semaine au directeur de société qui commet l'adultère avec sa secrétaire. Mais jamais personne n'était venu confesser un meurtre.

-À qui as-tu ôté la vie ?

-Ma sœur.

Le prêtre resta bouche bée. Cette jeune femme dont il estimait l'âge à vingt-deux ou vingt-trois ans (au son de sa voix) venait purement et simplement d'avouer un fratricide.

-Quelle fut la raison de cet acte ?

-La jalousie. Je jalousais Gloria, expliqua Marie-Dolores sans même se rendre compte qu'elle venait de mentionner le nom de sa sœur.

-Te souviens-tu du premier meurtre de l'humanité ? Caïn a tué son frère Abel et Dieu l'a maudit par le sang de ce dernier. Il fut condamné à être vagabond et à errer sur la terre, réplique le père David sans réfléchir.

Marie-Dolores ne savait quoi penser de ces mots. Elle s'attendait à une réaction plus nuancée de la part d'un ecclésiastique.

-Dois-je comprendre que je suis maudite par le sang de ma sœur ? Est-ce bien cela mon père?

-Ce n'est pas ce que j'ai dit. Mon enfant.

-Qu'avez-vous donc dit ?

-Que la jalousie pouvait conduire à des faits irréversibles.

-En l'occurrence la malédiction ? Demanda Marie-Dolores en sanglotant.

-En l'occurrence deux destins brisés.

-Je pensais que Dieu était miséricordieux.

-Il l'est. Laisse-moi te rappeler qu'un ancien meurtrier devenu apôtre est l'auteur de la moitié du Nouveau Testament. Dieu est amour. Sa grâce n'a pas de limite.

-Me voilà rassurée, dit Marie-Dolores sans croire en ses propres mots.

-Pour quelle raison jalousais-tu Gloria ?

Marie-Dolores se rend soudain compte de sa bourde. Elle n'osait plus rien dire. Le prêtre lui fit comprendre que rien ne sortirait du confessionnal. Il était lié par le secret confessionnel.

-Gloria était très charmante. Elle était pleine de vie. Elle avait des parents qui l'aimaient et qui lui offraient tout ce dont une fille de son âge pouvait rêver et bien plus encore.

-Tes parents ne t'aiment pas ? Du moins, c'est ton ressenti ?

-Je n'ai pas de parents. Je n'en ai jamais eu.

Ces mots laissèrent le père David perplexe.

-J'ai bien peur de ne pas comprendre. Ne m'as-tu pas dit que Gloria était ta sœur ?

-Gloria était ma sœur. Nos parents biologiques nous ont abandonnées à la naissance. J'ai grandi dans un centre pour l'enfance, Gloria a été adoptée.

-Ah ! S'exclama le père David. Je vois... Étais-tu uniquement animée par la jalousie ? ou t'avait-elle causé un tort quelconque ?

-Elle ne m'a jamais causé de tort. Je voulais simplement prendre sa place. Vivre ce qu'elle vivait. Porter ses vêtements. Dormir dans son lit. Manger avec des couverts en argent. Je l'enviais. Tout simplement. Je voulais prendre sa place. Alors je l'ai assassinée.

-Euh… J'ai bien peur de ne pas tout comprendre . Tu voulais prendre sa place… Tu t'es donc dit qu' après sa disparition ses parents voudrions bien de toi pour remplacer leur défunte fille ? J'avoue que j'ai du mal à te suivre.

-Oh mais vous savez… Je me suis imposée… Je veux dire. Il n'ont pas eu le choix. À vrai dire Ils n'ont pas compris que Gloria n'était plus. Du moins pas tout de suite.

Le père David était de plus en plus perplexe. Décidément il fallait lui tirer les vers du nez. Il ne comprenait pas comment des parents pouvaient ne pas s'apercevoir de la disparition de leur enfant. À moins que… À moins qu'elle ait été substituée par un sosie.

-Gloria et toi étiez des sœurs jumelles ! S'écria le Père David stupéfait.

-C'est exact. J'ai usurpé l'identité de ma sœur.

Il ne dit rien pendant quelques secondes, puis elle l'entend sortir du confessionnal. Allait-il appeler la police ? Venait-elle de signer son arrêt de mort ? Devait-elle sortir de l'église et disparaître à tout jamais ? Mille et une questions se bousculèrent dans sa tête quand soudain elle entendit le prêtre dire : «Chers fidèles, je suis extrêmement navré de devoir vous demander de quitter la maison de Dieu. Je suis dans l'obligation de fermer l'église pour une affaire d'extrême importance. Veuillez repasser samedi pour la confession, ou demain si vous voulez vous recueillir ». Sur ces mots il fit signe à la sœur de les escorter vers la sortie. « Raconte-moi tout » lui dit-il quand il revint s'asseoir.

Marie-Dolores était sur le point de passer l'entretien le plus long de sa vie.

****

Quand Marie-Dolores mit les pieds pour la première fois au domicile des Smets, la famille de sa sœur, elle fut tout de suite frappée par la beauté et par l'immensité des lieux: Ils habitaient une maison de maître à la décoration ‘très Château de Versailles'. La somptueuse propriété comprenait entre autres un cinéma pouvant accueillir une vingtaine de personnes, un jardin avec piscine, un terrain de tennis, un spa avec sauna, hammam, et jacuzzi, et aussi un studio d'enregistrement où le père de Gloria, Nicolas Smet, passait ses heures perdues. Sa femme Lucy , collectionneuse, avait acquis tout au long de sa vie diverses œuvres d'art dont des Picassos et des Rembrandts. Des tapisseries faites à la main ornaient les séjours ; le sol était marbré ; chacun des meubles dont disposait la maison avait été confectionné sur mesure, en modèle unique, à partir de matériaux tous plus nobles les uns que les autres.

Elle avait insisté pour que son petit ami nommé Daniel Adams l'accompagne. Ensemble ils firent le tour du propriétaire subjugués, impressionnés, presque sans voix. Ils avaient rarement vu une aussi belle demeure. Ils comprirent tout de suite, au vu du luxe qui les entourait, que les Smets étaient des gens très fortunés. Marie-Dolores qui aime les belles choses commença à s'imaginer la vie qu'elle aurait eu si elle avait été adoptée à la place de sa sœur jumelle où si les Smets les avaient adoptées toutes les deux. ‘Il faut croire que nous ne sommes pas nées sous la même étoile' dit-elle à Daniel sur un ton ironique.

La famille était absente; ils décidèrent de s'installer dans une des nombreuses pièces à vivre de la maison pour attendre leur retour. Ils choisirent le salon le plus proche de la porte d'entrée de manière à les entendre arriver. Marie-Dolores avait hâte de savoir à quelle point sa sœur jumelle et elle se ressemblaient. Avaient-elles exactement le même physique ? La même personnalité ? Partageaient-elles les mêmes passions ? Le même goût pour les chaussures ? Pour les vêtements en général ? Elle n'avait pas arrêté de spéculer sur toutes ces choses depuis le jour où elle apprit son existence. Quand elle entendit le bruit de la clef dans la serrure, son cœur s'arrêta de battre.

À suivre...

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