First love

Alison

Je me sens trop à l'étroit et j'étouffe là dedans ! L'air y est chaud, humide, tout ce qui m'enlace me parait doux et voluptueux. On se sentirait presque comme à la maison si seulement on y voyait plus clair. Les voix ne sont pas non plus très distinctes mais on s'y habitue au fil des mois. Neuf mois de captivité, moi qui ai déjà l'ambition de découvrir ce qui m'entoure sous un jour nouveau. Plus de clarté j'ai dit, s'il vous plait. J'étais déjà un petit prodige, un enchanteur. Les femmes m'aimaient, m'adulaient « Mignon », disaient-elles. Si vous saviez mesdemoiselles et Mesdames, si vous saviez ! Un brin taquin, parfois bagarreur des pieds à la tête. Maladroit, insatiable, j'étais le premier et je serai l'unique. Attendez là, m'voilà que je glisse ! Je le savais bien que j'allais m'échapper d'ici en deux coups et trois mouvements. Peut-être un peu plus en réalité. Mais je n'ai pas fini de vous raconter mes frasques ! Laissez-moi le temps d'y arriver et surtout d'arriver.

 

C'était un jour paisible, de grand soleil. Et comme à mon habitude, je prends mes aises. Jamais trop pressé ni en retard, arrivant juste à la demie. Approchez. Approchez votre oreille ! J'ai une petite confidence à vous faire. Il n'y a pas de fin entre ces lignes, juste le commencement. Je suis la fin de la première heure du jour, la fine bouche, la faim et même la fin d'une existence. Mais je suis surtout le début de juin. L'anatomie humaine stipule que le corps contient plus de dix milliards de cellules. Mes dix milliards de cellules se rapprochaient alors des tiennes. Comme un ajustage, une peinture nouvelle. C'est magnifique. Je pouvais entendre ton cœur battre dans ta poitrine, je sais qu'il chantait pour moi.

 

Oui, c'est bien moi ! Premier cri, premier tapotement sur le postérieur. Je suis nouveau né. Reposez–moi Madame, on ne se connait pas et je ne vous permets pas de toucher mon corps maigre et alourdi par cet isolement. Vous me demandez mon prénom ? A cette heure si tardive de la nuit ? Oh, chère Madame, vous me faites rougir. Mais permettez-moi de vous dire que je suis d'un naturel timide et que je n'embrasse jamais le premier soir. Ah oui, posez-moi là, c'est bien mieux comme ça. J'ai chaud contre vous, je me sens bien. J'aime l'odeur que dégage votre peau laiteuse. Vous avez la plus belle lumière de soleil que je n'ai jamais pu contempler de toute ma vie et qui émane de votre bouche. Est-ce vous ? Est-ce bien vous que je vois là ? Je vous aime déjà depuis si longtemps. Vous êtes si belle, on se ressemble tellement vous et moi. Mes yeux sont les vôtres et je sens mes petits doigts resserrer la douce paume de votre main, celle qui a tant de fois caresser mon monde. Grâce à vous je vis, et sans votre ombre je ne suis rien. Nous sommes faits l'un pour l'autre, c'est définitivement irréfutable. 

 

Puis-je vous appeler Maman ?

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