fresque

Louise Mc.

Une main passe, glisse et se dérobe. Sa caresse est furtive mais imprime sur la façade une marque quasi imperceptible. La danse de sa main en surface du mur est d'une légèreté telle que rien ne permet de penser que c'est elle qui trace les sillons qui s'étirent sur le béton. Des lettres moussues apparaissent, rondes et délicates.

Les doigts sont courts, la paume creuse, le poignet si étroit qu'il semble que rien n'attache ce membre à un corps. Les couleurs bariolées de sa blouse dénotent sur le gris de la façade, absorbent la lumière dispensée par le jour déclinant. L'enfant est davantage mouvement que corps. Son passage est bref, son geste preste : un glissement de l'ombre dans son propre cœur.

Lorsque le chat investit les lieux, la ruelle est à nouveau déserte. La grâce féline succède au fantôme luminescent. L'aiguille noire se dilate, grandit, emplit le regard de l'animal qui longe la façade. Son poil accroche au relief et les lettres hésitent, tremblent sur la feuille grise. Quelques rimes sont emportées par le pelage soyeux.

*

Vient ensuite le vent. Acharné, jaloux. Son souffle dévore les lettres restées mais n'emportent qu'un vers.

*

La vieille camuse s'est glissée dans l'ombre. Aveugle, déchue, décharnée, elle progresse à tâtons dans la venelle. Ses sabots battent le pavé tandis que plaquées au mur, ses mains arrachent les virgules, les majuscules et les points. La silhouette voûtée marque une pause et disparaît dans l'angle.

*

Une pluie amère s'est substituée au soleil. Nocturne, discrète, elle s'efforce d'effacer une strophe. Les gouttes coulent dans un torrent de mots : quelques uns font naufrage.

*

Il est midi. La fillette a jailli du néant. La ruelle est plongée dans une mer de soleil méridien. Du poème, rien n'est resté.

La nuit rendra sa grâce au poème évanoui. Et lorsque l'enfant-poète aura elle-même été happée par les vagues des années, les mots surgiront à nouveau. Poésie de l'infinie tendresse sur les murs.

Report this text