Gris Noir Blanc

vionline

All apologies, mon amour

Mon monde est gris. Comme la fumée de ma cigarette, comme mon teint embrumé de fatigue, comme la carte de ma voiture que je ne peux plus conduire. Malade, dangereuse pour mon prochain. Aujourd'hui immobile. Un légume qui n'a pas de potager.


Normal que mes rêves soient noirs. C'est par la force des choses. Ils me sont apparus, tel un éboulement soudain sur les chemins sinueux du Vercors. Je me suis dite, poète, que je pouvais sans doute y sauter à l'élastique. Mais je suis juste tombée dans le vide. Accident volontaire. Le néant s'est pointé, m'a happée et, contre toute attente, j'ai meublé son espace et flirté avec l'ange immatériel qui en est le propriétaire malheureux, le maître qui se veut incontesté.

On a dit que j'étais son amante. Au pire, je n'étais que sa locataire, sa sœur. Butée, tête dure, j'ai préféré me perdre à ses bras que de changer de route.

Désolée, mon amour. Je te demande pardon. Le noir, paraît-il, n'est même pas une couleur.


Alors que j'aurais pu me voir, me baigner dans le bleu, couleur que je compare aux sentiments d'amour, le sort m'a montré qu'il n'était pas question de m'habiller de ces tons.

Rouge est la passion. J'y ai vu rage et sang. Le sang bien sûr. J'ai même vu dans mes cauchemars consanguinité et inceste. Pourquoi ?! Ce n'était pas ce que j'aurais voulu entendre. Je suis peut-être démente au cœur blessé et solitaire, je ne l'ai pourtant pas souhaité.

Vert: sérénité et bonheur. Je l'ai déserté, malgré moi. J'essaye d'y revenir, je fais de mon mieux. Aidée par mon âme kaki.

Me suis heurtée à la couleur jaune, néanmoins joyeuse. Me rassurant de la signification que je lui donne: le papier dévoilant des écrits anciens, les idées et le savoir, les lettres que l'on envoie par courrier, sans certitude d'être lue ou comprise. Mais tournée vers toi. Jaune est aussi synonyme d'infidélité. Les femmes recevant ces roses ne sont jamais vraiment satisfaites et doivent faire fi du langage des fleurs. Bien fait ! Je n'avais qu'à pas me frotter aux ténèbres, créant le brun.

Marron comme une tache indélébile.


Mon amour, ce n'est point le bleu, le rouge ou le mauve qui t'a inspiré pour me peindre le tableau de notre histoire. Aujourd'hui, je dois vivre avec l'idée que je ne te plais peut-être pas, qu'un baiser de moi est une épreuve qu'il t'est difficile à surmonter. Mais il est vrai que la cendre sur la bouche... Ma langue, sans doute, n'est pas à ton goût. Et tu n'y vois que celle d'une vipère, maintenant... Dans mes yeux, un trait fin...


Non, la couleur que tu m'as offerte et qui m'a ébloui jusqu'au plus profond de mon être est le blanc. L'immaculé. La vérité pure. Tu m'as révélée à moi-même. Que je sois perdue dans les limbes de la folie, dans les méandres de la tienne, que ce que je vis soit personnel et tourmenté ou bien une aventure commune que je partage intimement avec toi, le blanc est ton cadeau. Je l'ai pris de plein fouet. Je l'accepte. Ton regard a beau être bleu Sarcelles...


S'il semble faire froid et qu'il neige lorsque nous nous retrouvons, ne pense pas que mon cœur est de glace. Je me réchauffe a ta voix et tiens ta main. Que je te demanderai toujours. En toute transparence.

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