Gueule de poète

Alain Cattiaux


J'ai répandu mon âme sur tous les coins de tables
Des yeux d'une ingénue sur ce coin d'un menu
J'ai créé des beautés perdues à tout jamais
Attendant le caviste sur un bout d'improviste
Les poèmes un peu bruts sont nés d'une dispute
Des mots cerclés de rouges sous mon regard qui bouge
En perdant quelques vers dès que je pose mon verre
Les images rêveuses sous l'éponge des serveuses
Des roses, des pâquerettes, partirent avec les miettes
J'ai renversé mon cœur dans des toilettes infâmes
Poésie sur les murs crachée d'égratignure
L‘amour se fait poète aux murs des sanisettes
Griffonné le destin au siège de l'intestin
Rouge à lèvres érotiques creuse un fossé sceptique
Y'a-t-il d'endroit meilleur pour dévoiler son cœur
Que ce mini royaume où les chagrins se paument
Gravées les habitudes chargées de solitudes
Cherchant une aventure ou vendant sa voiture
J'ai noyé tant de flammes dans des palais de sable
L'écrit est éphémère n'existe que dans le plaire
Et meurs sans retenue dès qu'on ne le lit plus
Il n'est pas d'épitaphe aux tombes des paragraphes
Né d'aucuns hôpital mort sans pierre tombale
Il renaît de ses cendres au moindre amour à prendre
Et bombera le torse au moins jusqu'au divorce
Combien de grands je t'aime beaux comme des poèmes
Sont devenus d'un coup des je t'aime beaucoup
La rime en cri de joie dans des lits faits de soie
Mais au fond on s'en fout, car tant qu'on est debout
On écrit je te veux à l'encre des nous deux
Quand l'amour est absence bien vite on recommence
Nos mots suivent la trace du premier cœur qui passe
Et ce, jusqu'à la mort on crie je t'aime encore
On écrit je te suis sur du papier tout gris
On écrit tu es belle sur des rides éternelles
La peau fermant ses plis on meurt d'aimer la vie
Signaler ce texte