Histoire d'un rongeur ou comment une souris s'est sortie d'un sacré pétrin

Théo S.

Je suis une souris. Oui, une souris. Une souris qui parle ? Une souris qui parle.

Contrairement à mes autres comparses, je ne passe pas mes jours nichés dans la fente d'un mur, caché à l'abri des épreuves du dehors.

Moi, je suis une souris qui a de l'audace. Oui, de l'audace.

Je me balade les jours de soleil, je nage les jours de pluie dans les flaques qu'elle a créé. Il n'y a que les jours de vent où je ne sors pas. Je pourrais m'envoler. Ce serait amusant, mais seulement dans un premier temps, car après pouf ! Plus de souris ! Envolée la souris !

Ces jours-là, je me terre dans un coin et je lis. Oui, je lis. J'ai lu et relu bon nombre de livres, que de nombreux humains – qui sont à l'origine de ces fantastiques ouvrages – n'ont jamais ouverts.

À moi seule, petite souris baladeuse, j'ai ouvert puis refermé les livres de Hugo, Goethe, Shakespeare, Molières, Zola... tant et tant de livres dévorés !

Il y a des jours où je ne trouve pas de quoi me mettre sous la dent et les pages des livres sont d'une saveur si lisse et dure, sans saveur et délicieuses ; le papier a de quoi remplir mon petit estomac.


Il y a une histoire que j'aimerais vous raconter, car je la trouve amusante à conter et pleine d'esprit. Une histoire de souris. Je ne dis pas cela parce que j'en suis le personnage principal !

Il eut une jour où il faisait très beau, vraiment très beau. Aussi beau que les jours au paradis, c'est pour vous dire comment il faisait beau.

Je prenais avec moi ma bougette, petite sacoche en cuir, où je charriais quelques petites provisions pour faire office d'en-cas.

Je gambadais dans une vaste forêt, aux arbres grandioses et aux sommets lointains. Je levais la tête et remarquais que les feuilles d'en haut me couvraient, à l'abri d'une possible averse. Le sol terreux était sec, ainsi je pus marcher tranquillement sans difficulté.

Après un après-midi entier à explorer cette jungle, j'en ressortais les yeux pleins d'images.

Je sortais donc du lieu et arrivais devant une ancienne ferme encore habitée. Je passais devant elle, quand le spectacle d'une poule qui caquetait attira mon œil curieux.

Je me plantais alors contre la poutre d'une barrière blanche et je regardais la scène.

La volaille était assise sur un tas de pailles dorés. Ses plumes semblaient soyeuses, brunes et cireuses.

À ses côtés, une vieille dame aux cheveux gris tombant et cachant son visage ridée, qui clabaudait effroyablement.

« Pousse ! Pousse ! Pousse ! criait-elle. Tu vas pousser oui ! Si tu ne me donnes pas d'œufs, tu sera mon repas de ce soir ! »

J'étais pétrifié. Apeuré pour la pauvre poule qui était forcée par cette carogne de donner la vie, vie qui serait gobée vite fait, bienfaits.

Je passais mon chemin, laissant l'oiseau et la mégère dans cette triste situation. Que pouvais-je faire ? Si j'avais décidé d'aller m'opposer à cette brutalité, la femme, en découvrant une souris parlante, aurait peut-être prit son balais et commencée à me battre de coups.

Peut-être, sous le choque de cette découverte, aurait-elle subit un étonnement si intense qu'elle en aurait été vide d'âme ? Alors cela aurait aidé la pauvre poule. Je ne sais si elle a réussi à pondre ou si elle fut tuée, rôtie et dégustée par la fermière.

Je continuais mon bout de chemin sans me retourner, à la recherche d'un lieu où passer la nuit. Mais ma route fut brutalement stoppée par un félin, planté au milieu de la route.

Eh oui ! Une histoire de souris sans chat, ce n'est pas digne d'une histoire de souris !

Je tenta d'esquiver par les broussailles environnantes, mais la boule de poils m'avaient déjà remarqué. Bondissant d'un geste simple, la bête se posa devant moi et me considéra un instant.

Je ne cillais pas et nous commençâmes une bataille de regards. Finalement, comme je savais que je ne la gagnerais pas, je me décidais à utiliser la diplomatie.

« Chat, dis-je, laisse-moi continuer mon chemin.

"Et pourquoi te laisserais-je passer", dit-il en réponse.

"T'ai-je offensé ? T'ai-je violenté ? T'ai-je châtié ? argumentais-je. Il me semble que tu peux me donner ta clémence et me laissez faire ma route."

"Plaît-il ?" se moqua-t-il avec sarcasme.

"Je ne vois pas ce qui t'obligerais à me retenir, chat, répondis-je. Je n'ai fait nul mal en ta personne. À moins de me tromper, n'est-ce pas ? »

Il ne répondit pas, parce qu'il n'avait aucune réponse à donner. Il m'agressa doucement d'une bourrade. Je me reculais alors et observait les poils noirs de ce méchant chat. Ses yeux était d'un vert clair profond. J'aurais presque voulu y rentrer, tant ils étaient hypnotisant !

« Je vais te manger tout cru ! Aussi cru qu'on mange un poisson ! dit-il alors.

"Je ne suis pas un poisson, me défendais-je. Je suis une souris ! Une fière souris !"

"Souris et poisson, cela a le même goût !" répondit-il.

"Écoute ! lançais-je. Je sais que tu n'es pas une charogne. Il n'y a pas que de la vilénie en toi ! Il y a toutes sortes de choses et, parmi ces toutes sortes de choses, il y a la mansuétude, l'indulgence. Pourquoi t'attaquer à une souris comme moi, qui plus est sans défense ? Ce n'est guère loyal et clairement injuste. Je ne fais que passer mon chemin, sans faire de mal à personne, je vis ma vie sans gêner celles des autres. Je ne suis pas le meilleur des rongeurs, mais je ne mérite pas la mort que tu me tends. S'il-te-plaît, n'abrège pas l'existence d'une triste bête. Je t'en prie, je t'en prie ! Saches avoir pitié, saches posséder des scrupules. Pour moi, un seul me suffira... »

Touché par mes mots, le chat noir aux yeux couleur pomme me donna une sorte de regard de compassion, avant de s'écarter du passage.

« Pars, maudite souris, avant que ma bonté ne s'égare. »

J'accourais jusqu'au derrière du chat et poursuivais ma route en sautillant de joie. J'arrivais jusqu'à un tas de feuilles mortes, tombées d'arbres, et je m'y installais confortablement.

Je me remémorais la gêne du jour, avant de sombrer dans un tendre sommeil au contact de la douceur des feuilles.

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