Inscript

Christian Lemoine

Sanscrit ou hiéroglyphes, runes ou ogham, alphabet souscrit, sons scripturaires ; s'inscrit ici le cours des lignées, de toutes les chaînes, de toutes les filiations. Du loin obscur extrait à force de mémoires masquées mais contraintes, les anamnèses juchées à bout d'insu cherchent la lumière. La glaise fouie d'ongles écorchés, au profond des ténèbres, et la soif des révélations qui étayent les tiges hasardeuses ; sol ingrat qui résiste à l'exhumation ; archives anonymes empoussiérées de registres par armoires entières, de rayonnages systématiques où ne se suivent qu'écritures sans chair, fatras d'idées cliniques, de diagnostics et de jugements, autant d'aliments quelconques à engraisser d'incandescentes mécaniques. Rien de si terrifiant pourtant à plonger sa naissance parmi les fantômes, sur la piste où arrivent en ricanant les jardiniers frivoles des parterres en jachère. S'inscrit là, sens critique et dès sa première heure, l'orphelin épris d'attaches. Il soumet, il soupèse, il questionne, il bouscule les oracles pour en déjouer traquenards et cicatrices : l'oriel en glaucome qui transfigure l'ombre dans les brouillards ; le regard en surplomb qui n'est qu'astuce des apparences. Outrepassant la bienséance des obéissants, il talonne et interpelle ceux-là mêmes qui se sont désistés, dès lors que l'impulsion convulsive ne saurait leur valoir amnistie. Face aux injonctions à se décliner, il objurgue ses cadavres obtus.

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