J'irais te croiser (9)

redstars


Je m'éloigne. Je prends le large, sans vérifier le contenu de mon sac. Sans même me demander si j'ai oublié quelque chose. Pas cette fois.

Je m'en vais, au loin. J'irai décapiter les vicieuses sirènes, et rencontrer l'autre bout du monde. Je sais que tu y es déjà. Et là, oui là, maintenant, tout de suite, j'ai juste besoin de te voir. Alors qu'importe tout le reste. Mes obligations, mes rendez-vous, ma routine... Je suis partie, et je ne reviendrai pas.

J'ai le cœur de travers, qui est fatigué de battre, qui s'épuise de mes états d'âme. Alors je rame un peu plus fort, pour qu'il tienne encore, pour ne pas qu'il ne me lâche.

Dans ma tête j'ai dépoussiéré les tiroirs. J'ai vidé le surplus. J'ai pleuré aussi. De devoir jeter parfois quelques rares jolies choses, de celles qui brillaient encore un peu. J'ai souri, également, de voir tant de place libre à remplir. Ça n'a pas été facile, de ranger tout cela.

 

L'hiver approche, et moi je traverse un océan sur lequel personne ne s'aventure. Le bruit des vagues contre la coque m'apaise et me redonne confiance. Je sais où je vais. Je mène ma petite embarcation contre les vagues du crépuscule, de celles qui donnent habituellement le mal de mer. Les étoiles apparaissent, les unes après les autres, à l'horizon. Je pourrais presque les compter, comme d'autres comptent les moutons, comment d'autres font des calculs du matin au soir…

 

Lâchant les rames, épuisée, je suis à la dérive, ballotée par le corps d'un océan de mauvaise humeur.

Je guette le phare que tu as incendié pour que je puisse l'apercevoir d'encore plus loin. Mais seule la nuit et ses humeurs me tient compagnie.

Cette nuit qui se lève et se couche depuis des millénaires, cette nuit qui se lève et se couchera encore longtemps sur nos corps unis.

 

Je m'allonge alors. Je regarde ce ciel sans pollution lumineuse, si clair et si… étincelant. La voie lactée semble tracer un chemin, peut-être m'incite-t-elle à la suivre ? Peu importe, j'ai mal aux bras, je vais dériver encore un peu, je vais me laisser bercer quelques heures encore, je crois.

Je ferme les yeux de temps en temps, trop éblouie et la lune est pleine. Pleine de vie, pleine de désir, pleine de sourires. Elle éclaire l'océan d'un voile translucide. 

Personne ne sait que je suis partie. Et tout le monde m'en voudra. Et on me pourchassera avec des fourches et des mots qui coupent la chair comme un scalpel. Et on me poursuivra pour m'abattre, me ligoter, me fusiller.

 

Je me demande quelle heure il est. J'ai repris ma route depuis quelques heures.

Au loin un feu ardent, je crois.

Attend-moi, s'il te plait…

… J'arrive.

 

Je m'en suis allée ce matin. Sans dire un mot. Sans réveiller la réalité encore endormie. J'arrive bientôt. Les vagues sont calmes et relaxantes, les vagues me poussent et me guident vers notre embrasement.

 

J'attends et je crois que tout ira bien, une fois que tu me tendras la main pour que je regagne la terre ferme, pour que je te rejoigne, pour que mon voyage prenne fin dans tes bras.


  • Comme c’est beau. C’est empreint d’une certaine tristesse, d’espoir, de rêve et d’amour...j’ai aimé chaque mot

    · Il y a 4 jours ·
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    nehara

    • Merci Nehara :)

      · Il y a 3 jours ·
      Zt245dd

      redstars

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