Journal d'une morte -2-

Ines Issartel

Je me suis réveillée ce matin avec un mauvais pressentiment. Mon coeur battait à toute allure. Dans ma bouche, un goût de sang et de mort. Oui. Aujourd'hui est le jour que les Résistants attendaient. Fini les petits attentats, plus de piratage, plus de vie cachée. Nous allons tous nous battre pour la liberté de la population de la Terre. Qu'est-ce qui est ironique aujourd'hui? Les rôles sont inversés: nous voulons décimer toute une population, défendre les Valeurs Anciennes. Il y a plusieurs années, Daesh a voulu décimer toute une population pour établir sa propre façon de penser. Je me demande parfois: Que se passerait-il si les valeurs anciennes étaient établies, mais par des gens malhonnêtes? Nous ne serons pas en sécurité dans ce cas ... Mais rien ne peut être pire pour nous que le gouvernement actuel. Personne ne sera assez stupide pour établir un gouvernement où tout le monde prie tous les jours sans comprendre ce qu'ils baraguouinent. Personne ne sera assez stupide pour établir un gouvernement où les femmes sont moins que des objets sexuels. Personne ne sera assez stupide pour établir un gouvernement où personne ne peut aimer qui il veut. Personne ne sera assez stupide pour établir un gouvernement où la pensée est interdite. Personne ? N'est-ce pas ce que nous laissons tous les jours?

Une bombe m'a fait revenir à la réalité. Oui, pour être sûrs qu'Ils gardent les populations sous leur contrôle, Ils les effraient avec des tentatives d'assassinat, des bombes, des tortures ... Qui sont «Ils»? Personne ne le sait vraiment, mais ce qui est sûr, c'est qu'Ils sont des gens dangereux qui veulent garder sous contrôle leurs pauvres petits moutons. J'ai tremblé. Notre peur de mourir est plus décuplée que bien des années auparavant. Ils sont fous. Je ne peux pas arrêter de comparer la Résistance avec Daesh. Aujourd'hui, beaucoup d'entre nous mourront pour défendre les valeurs anciennes, comme ils l'ont fait pour établir leur tyrannie. Ils ont envahi. Nous allons envahir.

Ne pense plus à ça Marwa, c'est exactement ce qu'ils veulent que tu penses, que les Résistants sont les méchants et qu'Ils sont les gentils. Je suis sortie de chez moi et j'ai couru chez Tali. Je suis entrée sans sonner: à ce moment, ses parents travaillent. Je me suis précipitée dans sa chambre. À bout de souffle, j'ouvris la porte et trouvai Tali sur son lit, la tête entre ses mains. Elle pleurait, comme elle n'a jamais pleuré auparavant. Elle l'a senti aussi. Nous nous connaissons depuis que nous sommes bébés, et j'ai toujours su que si je devais mourir, c'était pour la Résistance, mais pour elle par dessus tout. Je l'embrassai comme si c'était la dernière fois et je m'assis à ses côtés. «Tali ...

-On a été découvert. Mes parents ont découvert. Mais, plus dangereux, certaines personnes qui viennent de Daesh ...

-Les Corrompus... dis-je dans un souffle.

-Ils vont nous chercher. Nous devons fuir d'ici, Marwa. Rapidement. Nous devons déposer les armes, et aller où personne ne pourrait nous trouver.

-Et les Résistants? Les Enfants de la Résistance? On ne peut pas les abandonner comme ça, Tali ... J'ai toujours rêvé d'être avec toi, mais ce combat est le notre aussi ... On ne peut pas s'enfuir maintenant.

-Viens. Fuyons. Maintenant. Nous ne sommes pas en sécurité ici. Nous avons perdu le combat avant de le commencer. Quand vas-tu comprendre cela? Nous sommes moins nombreux qu'eux. C'est un suicide... » Nous avons arrêté de parler. Des bruits de chemin retentirent soudainement dans la maison. Pas seulement une personne: trois, peut-être quatre ... C'était la fin. Le sentiment que j'avais aujourd'hui ... C'était ma propre fin. Ils vont nous utiliser pour demander la rançon de toute la Résistance. La seule chose que je sais, c'est que ça ne marchera pas: les Résistants doivent faire des sacrifices, même s'il s'agit de leurs propres enfants. L'enjeu est trop important. Les seules choses que je puisse faire maintenant sont d'embrasser Tali pour la dernière fois et de prier pour un avenir meilleur, un monde meilleur.

Ils nous ont fusillés sur l'endroit public. En raison de notre relation homosexuelle et de notre appartenance aux Résistants, la foule a crié que nous ne méritions pas la vie. Comme je l'espérais, tous les résistants ont caché leur vraie identité, même s'ils perdaient deux enfants. Ce n'est que le début. La Résistance sera puissante, juste et prendra les armes quand le jour sera là. Je suis fière d'eux et de ce qu'ils font pour assurer un monde meilleur aux générations futures. Mon propre combat s'est arrêté maintenant.

Signaler ce texte