Juste un rien

buffalo

En remerciement à l'écoute et l'attention d'une tête de plume

Par un matin de juin,
Moi le paumé, l'écorché gamin
Me dressa au bord du chemin
Menant tout droit vers l'au-delà.
Juste un rien,
Juste le premier pas,
Et au revoir demain.

Il était alors 5h39,
Mon futur allait devenir veuf
Emporté par la caresse ténébreuse
D'un requiem aux sonorités de berceuse.
La dernière note du musicien.  
Puis juste un frisson, juste un rien.
Juste une douce main
Se tendit vers moi l'autruche
Ayant érigé son désespoir en cocon, en refuge.
Une dame disant s'appeler Camille,
Ou peut-être bien Mathilde.
En tout cas, son nom était,
Aussi surprenant qu'approprié,
Son nom était « Canon ».  

La main carrée sans complexes ni détours
Me dit qu'il fallait y croire jusqu'au bout
Que tout restait possible, même mon retour
Parmi les siens, parmi les vivants.
Il n'était pas l'heure de répandre mon sang.
Elle me fit partager sa ration d'éclats,
Me raconta ses aventures avec Mickaël et Nicolas,
M'expliqua les joies du bénévolat.
Puis ce fut à mon tour de lui livrer
Mes peines, mes tourments et mes secrets.
Le souvenir enfantin d'un chausson aux pommes
Me redonna subitement l'envie d'être un homme.

Je m'épanchai là sur le quai,
Lui offrit tout en vrac
En un flot de la goutte à la flaque
Sans appréhensions, sans regrets.
Tant de confessions, tant d'évasion,
Un départ bavard vers l'introspection.
Oui une étrange sensation
D'être lourd et suffoqué
Comme sous un soleil accablant, comme en apnée,
Mais également si léger, n'avoir zéro gravité.

Bientôt, les lueurs de l'aube
Teintées d'or et d'émeraude.
Pour beaucoup, l'heure où sonna le réveil,
Pour moi, le virus de mes blessures
Était toujours accroché sur mes lèvres,
Autant que sont éphémères les promesses sous couverture.
A cet instant, la roublarde divine
Me demanda « Quel est le choix de votre vie ? »
Question aussi vaste que maline,
Qui m'occupa l'esprit.
Réflexion dont je fus sorti
Par un souffle puissant et soudain.
Pas celui d'un vent d'ouest,
Celui de monsieur le Train,
Écrasant mes pensées funestes.  
Des rails le bolide,
Venait de passer,
Sans que puissent se réaliser mes envies morbides.
Sans que, sous ses roues, je puisse m'éparpiller.
Madame Canon avait gagné,
Manipulus et son chagrin
N'était plus qu'un souvenir lointain.

Ce jour-là appartient désormais au passé,
Au présent, il faut donc parler.
Je suis aujourd'hui lumière,
Comme le printemps, je renie la liste d'hiver.
Mon angoisse n'est plus qu'ombre,
Oui, en effet, elle sombre
A son tour dans les abysses de l'Enfer.
C'en est bien fini, obsolète,
La vie et sa beauté,
La confiance et sa quête--

… Veuillez m'excuser, j'ai éternué ….

Deviennent mes nouvelles liaisons esperluettes.

Chère inconnue notoire,
Je t'ancrerai dans ma mémoire,
Non pas comme une frivole histoire de comptoir,
Mais bien comme la femme
Qui ressuscita mon âme.
Juste une rencontre, juste une main.
Juste une plume, juste un rien.
Mais beaucoup pour ce gamin,
Qui finalement, verra demain. 

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