Sépulcre d'une enfance

Mélisande

Texte écrit et pleuré le 8 février 2015...

J'veux courir dans l'gazon d'été, sans chaussures sentir la rosée glisser sous mes pieds nus et rire ; j'veux grimper aux arbres avec l'agilité d'un p'tit singe rester sur les branches m'ennuyer me lasser et descendre, courir encore zyeuter un merle puis essayer d'l'attraper, le regarder s'envoler ; j'veux jouer à sauter entre les arrosages automatiques mouiller ma robe blanche et crier quand j'reçois une goutte dans les cils ; j'ferai tout ça jusqu'à être épuisée alors j'irai m'allonger au soleil sécher ma robe trempée et laisser au dessus d'moi passer les abeilles ; elles vont vers les lis que maman aimait tant, et moi j'arrache les brins d'herbe avec mes orteils et je regarde le ciel mais c'est plus comme avant, le rouge ardent sur mes lèvres n'a plus le goût d'antan, et l'armoire à maquillage dans la salle de bain ne sent plus rien maintenant, maintenant qu'son odeur est partie ; et j'veux pas m'plaindre du fait qu'elle soit plus là, moi j'ai toujours été une p'tite dame j'ai pas besoin d'un exemple à suivre, et pourtant j'y pense j'y pense toujours, pourquoi elle est partie pourquoi elle m'a laissée, on avait encore tant d'années à voir passer. 

Et surtout pourquoi me laisser avec lui, vieil ours il cache le soleil, j'aimais bien m'amuser m'en servir de jouet, le frapper avec ma poupée qu'il me voie danser ; j'trouvais ça chouette la manière dont il me r'gardait ! pourquoi elle l'a pas emporté avec elle, et où je serai aujourd'hui ? Il me l'a déjà dit « très loin d'ici, et pas tout à fait en vie... » J'comprends pas toujours c'qu'il dit mais c'est un homme gentil, pis quand j'dis un truc qui lui plaît il me fait une surprise, et jamais il me gronde quand j'fais des bêtises ; mais c'est bizarre c'que j'ressens, quand il me serre dans ses bras tremblants... comme une nausée émotive, j'veux m'détacher d'son étreinte mais il a d'la force et me sert plus fort, encore, encore, encore, plus fort encore, puis me lâche je cours dans ma chambre, où est maman ? c'est elle qu'il devrait serrer comme ça, pourquoi est c'qu'il suit chacun de mes pas, pourquoi est c'qu'il me regarde comme si j'étais son trésor ? Il ne me connaît pas. 

Et je reviens à la réalité, ma robe a séché, pas mes yeux, et depuis la terrasse du jardin je l'entends qui m'appelle : « Ton goûter est prêt, ma Lolita ! »

  • En espérant que la Lolita de tes dires ne soit pas celle de Nabokov. Au-delà de ça merci.

    · Ago over 3 years ·
    Vlcsnap 2017 03 19 21h28m15s116

    Quentin Bodin

    • Pourquoi espères-tu cela ?

      · Ago over 3 years ·
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      Mélisande

    • Je suis en train de le lire, ce serai dommage que je fasse une ellipse du livre en lisant ton texte aha

      · Ago over 3 years ·
      Vlcsnap 2017 03 19 21h28m15s116

      Quentin Bodin

    • Eh bien, mes plus plates excuses pour cette ellipse monsieur Humbert.

      · Ago over 3 years ·
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      Mélisande

  • Ouch ! Dur. très émouvant. à vif.

    · Ago over 3 years ·
    Ananas

    carouille

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