La Demoiselle à la plume verte (7)

Théo S.

Ils furent de retour à Compiègne à l'heure prévue. À midi pile, ils étaient postés devant l'hôtel de ville, qui semblait de jour encore plus impressionnant que de nuit.

Une statue équestre de Louis XII trônait au centre de la façade. Elle était récente et avait succédé à une autre représentant Louis XVI, détruite durant la Révolution.

Les trois jacquemarts, au sommet, débutèrent le frappement des cloches pour annoncer l'heure.

L'un était rouge et bleu, le deuxième vert et le dernier bleu et rouge.

Ils avaient pour noms Flandrin, Langlois et Lansquenet. Chacun représentait un ennemi historique de la France : les Flandres, l'Angleterre et l'Allemagne.

Leur guide leur annonça un libre-quartier et indiqua qu'il serait là s'ils avaient besoin d'informations. Pour la restauration, ils pouvaient aller où ils voulaient – le déjeuner n'était pas compris dans le séjour. Ils devaient tous être de retour à quatorze heures pour partir ensemble vers le palais. Il avait donc deux heures.

Henri et Raoul dégustèrent un repas dans un petit salon de thé, avant de reprendre leur périple.

Ils visitèrent à tour de rôle, en prenant à leur charge des chevaux – ils avaient l'autorisation car ils savaient faire de l'équitation et, après avoir passé un concours, avaient reçu un permis –, l'église Saint-Jacques avec son gigantesque clocher, la vieille église Saint-Pierre des Minimes dont les révolutionnaires avaient volé le sien, l'église Saint-Antoine et le vaste cloître Saint-Corneille.

— Tant de sites religieux !, s'était plain Raoul.

Ainsi s'étaient-ils dirigés vers l'autre pépite de la ville : les musées.

Ils furent émerveillés par l'impressionnante collection antique du Musée Antoine Vivenel, ses tableaux et sculptures médiévales, renaissances et modernes.

Ils firent rapidement un tour à la Vieille Cassine, déjà à l'époque la plus vieille maison – devenue boutique – de Compiègne, datant du Moyen Âge.

Finalement, ils se rejoignirent tous devant l'hôtel de ville où se trouvait Bernard Langlois. C'est là qu'Henri la revu. Elle. Ils partirent tous en direction du château.

Son esprit semblait être tourmenté, dévoré par la curiosité de découvrir cette femme.

Lors de la visite impériale tant attendue, il ne fit guère attention aux statues et toiles exposées et aux appartements de l'Empereur, de l'Impératrice et du personnel.

De tout ça, il s'en moquait. Seule elle l'intéressait. Il ne savait pourquoi, mais il suivait ce désir.

L'or brûlant de splendeur, les lustres brillants de magnificence, ces chambres de contes de fées ; rien ne le subjuguait plus que cette jeune demoiselle.

Il y a quelques années de cela encore, l'Empereur Napoléon III venait y séjourner assez fréquemment avec son épouse, l'Impératrice Eugénie de Montijo.

Occupé par l'ennemi de Prusse durant la guerre, il ne servait désormais qu'à accueillir des visiteurs de temps en temps pour les faire bénir de son architecture paradisiaque.

Alors que Bernard Langlois rabâchait avec passion des anecdotes historiques et la vie du lieu, Henri, lui, regardait fixement la belle fille.

C'était une mignonne jeune femme, du même âge qu'Henri, plus petite que lui, sa tête ovale arrivant au haut de sa poitrine. Elle avait une peau blanche délicieuse, couverte de grains de beauté qui charmaient Baldrin. Ses sourcils étaient plutôt majestueux, ses lèvres de taille moyenne, elle n'était pas grosse, ni même maigre comme Henri. Elle avait le poids parfait. Elle restait toujours avec son amie. Lorsqu'elle souriait, elle faisait paraître deux rangées de dents d'un albe angélique. Ses cheveux, qui descendaient sous son chapeau à plume, étaient bruns, et aux mèches moyennes. Ils touchaient à peine ses épaules. Ses yeux, qu'Henri aimait scruter, avaient une apparence envoûtante et particulière : son œil droit était vert, et le gauche bleu.

Il semblait être conquis par cette femme. Comme hypnotisé. Cela dura toute la visite.

Après avoir fait la totalité possible des recoins du palais bonapartiste, les visiteurs eurent la possibilité de visiter le parc du château.

Ces jardins étaient fabuleux. Au printemps, les fleurs ouvraient leurs pétales au soleil, et illuminaient l'endroit de leur somptuosité naturelle.

La verdure nous appelait à nous étendre en son sein. L'immensité du lieu nous ordonnait avec plaisir de partir à la découverte de chaque parcelle de terre.

On se sentait immédiatement bien. Si Langlois n'était pas là pour leur rappeler que le délice avait une fin, ils y resteraient, à jamais, ensorcelés par sa volupté.

Les statues albâtres avaient été dévêtu de leurs draps qui les protégeaient du froid duraille de l'hiver.

En ce lieu, et je peux en témoigner, on a une séduisante envie de sauter, courir, chanter, danser, s'enlacer...

Là-bas, l'imagination fréquente l'amour, l'amitié, la famille, la nature...

Là-bas, on veut profiter de notre existence...

Là-bas, on décèle la magnificence que la vie incarne...

Henri explorait avec Raoul ce paradis caché, entouré par une forêt ample qui donnait aussi l'envie d'explorer ses mystérieuses broussailles. De loin, les arbres semblaient nous hurler à la trouvaille, à la découverte. Ils semblaient fêter la nature. L'adorer. Henri en était aussi séduit.

Lui et son ami s'assirent sur un banc de pierre en forme de demi-cercle, tourné à l'élégante vue. Deux petites forêts sur les côtés, semblable à des jungles, et une immense plaine gouvernée par la terre et l'herbe. C'est ce que ce paysage fabuleux donnait à voir.

Raoul était submergé. Henri ne l'était pas tout autant, son esprit étant toujours collé à l'image de la femme, qu'il avait perdue du regard.

Et d'un coup, comme un ange se déposant sur terre, elle revint devant ses yeux noirs. Il faisait frais, mais le soleil réchauffait les corps. Elle discutait toujours avec son autre amie.

Comme un coup du destin, elles s'installèrent au même endroit que les deux compères, à l'autre extrémité du banc.

Henri put ainsi entendre leur discussion.

Messieurs-dames, nous allons désormais, car le temps nous le permet, nous diriger vers Pierrefonds. Ce sera notre dernière visite ! Il va falloir la savourer !

Henri se rendait ainsi compte que la fin approchait. Et que le retour à sa vie réelle arrivait. Malheureusement.

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