La maladie

Bryan V


Ça y est, nous y sommes. C'est aujourd'hui que je rencontre les parents d'Apolline après seulement trois mois de relation. C'est un peu rapide mais bon, elle y tenait. 

Je tape nerveusement du pied sur le plancher de la décapotable pendant qu'Apolline nous conduit. Heureusement que je n'ai pas le permis, je me dis en comptant la cinquième voiture jaune depuis que nous sommes partis. Je crois qu'à cause du stress, je nous aurais envoyé dans le décor avant le premier kilomètre parcouru. J'inspire l'air de cette douce soirée et tente de desserrer la cravate qui me flingue à petit feu. Pourquoi m'a-t-elle forcé à mettre cette saloperie ? Mais surtout... pourquoi est-ce qu'une fille aussi distinguée fréquente un type paumé comme moi ? J'ai de la chance. C'est que je me répète chaque jour depuis douze semaines en me levant. Quand il est bientôt 15 h 00, l'heure de petit-déjeuner.

— Ne t'inquiète pas, me dit Apolline lorsque nous quittons l'autoroute. Mon père peut paraître dur au début, mais en apprenant à le connaître, tu verras qu'il est doux comme du coton.

Au moment où elle cesse de parler, une décharge traverse brutalement mon corps. Je grince des dents, ferme les poings et me force à garder le silence. C'est la maladie, la maladie qui essaie encore de prendre le dessus. J'exécute discrètement un exercice de respiration que mon médecin m'a recommandé. Peu à peu mes muscles se détendent. Je jette un œil discret à ma petite amie. Elle n'a rien remarqué.

Le diagnostic est tombé il y a un mois. D'après mon médecin, c'est une maladie rare qui s'étend de plus en plus en Europe depuis environ une année. Je me souviens encore de ses yeux humides lorsqu'il me l'a annoncé :

— … et il n'existe pour le moment aucun traitement ! s'était-il écrié en s'effondrant dans mes bras.

— C'est pas grave, j'avais dit en lui tapotant le dos avec douceur. Ce n'est pas de votre faute.

Puis j'avais pleuré aussi par pitié pour lui. Pauvre homme, quel métier difficile ! Une demi-heure et un paquet de mouchoirs plus tard, le docteur m'avait expliqué que d'après les dernières études, la maladie était plus à risque de faire des siennes lors de moments de stress, de fatigue intense ou lorsque le cerveau est sous l'emprise de stupéfiants ou de spiritueux.

— Ce n'est pas un problème, j'avais répondu avec un sourire rassurant. Je bois peu et je passe les deux tiers de mes journées à dormir. 

Je compte une sixième voiture jaune mais je n'oublie pas mon anxiété. Je suis conscient que la rencontre avec les parents de ma petite amie représente un risque. Et être conscient du risque rend la chose encore plus angoissante et donc plus risquée, ce qui est, il faut le dire, d'autant plus angoissant. Et pour ne rien arranger, je n'ai pas osé parler de la maladie à Apolline.

Dans le soleil couchant, nous traversons maintenant un quartier qui me rappelle vaguement Wisteria Lane. Aucune voiture jaune ici. Apolline se parque devant un grand manoir et m'informe que nous sommes arrivés. Le moment de vérité, je me dis en resserrant ma cravate meurtrière. 

Apolline sonne à la porte pendant que je contemple les murs sombres. Angoisse. On se croirait chez la famille Adams. La porte s'ouvre pour laisser sa place à un sexagénaire à la mâchoire carrée et au pif proéminent. Il sourit lorsqu'il aperçoit sa fille, l'appelle « madame la professeur » parce qu'Apolline est enseignante primaire depuis peu, puis il lui fait une bise pudique. Allez mon gars, c'est ton moment ! Je m'avance vers l'homme d'un pas confiant et lui tends une main solide en m'exclamant : 

— Bonjouuoir !

Merde. Le père hausse les sourcils et penche sa tête légèrement sur le côté avant de me serrer la main.

— Bonsoir, dit-il d'une voix grave en insistant sur chaque syllabe comme s'il voulait m'apprendre un mot.

Le père nous invite à entrer. Une petite dame chic qui doit être la mère nous accueille dans le hall en s'exclamant :

— Oh ! vous êtes venus vite !

Nouvelle décharge. Je baisse la tête, ferme les yeux et je respire… inspire… expire. Quand mes paupières se soulèvent, je constate que la maman me dévisage avec inquiétude.

— Tout va bien ? elle demande en passant une main dans ses cheveux blancs courts et bouclés.

— Oui ! oui, excusez-moi, je murmure en sentant le rouge me monter aux joues. J'ai un peu mal au dos… à cause… du sport.

— Vous pratiquez un sport ? Qu'est-ce que c'est ? demande le père qui verrouille avec minutie chaque verrou de la porte d'entrée.

La panique me gagne.

— Le… le… hand… le headball !

— Le headball ? répète la mère curieuse.

— Oui, le headball. C'est un jeu de balle où… où il n'est permis d'utiliser que la tête.

— Ah, dit le père. Et vous vous êtes donc fait mal au dos en jouant avec votre tête ?

— Oui, voilà, tout à fait.

— D'accord, dit la mère avec un sourire poli pendant que le père me scrute comme si j'étais un demeuré. Je crois que nous pouvons passer à table.

Les parents ouvrent la marche et ma petite amie me lance un regard dans lequel je peux entendre les mots : « mais Bon Dieu ! Qu'est-ce que t'es en train de foutre ? » tandis que mon regard à moi lui répond : « Désolé, j'ai paniqué ».

Durant le repas, mes yeux tournent dans tous les sens et se perdent dans le grand salon tarabiscoté. Canapé et fauteuils design, écran plat géant et incurvé, deux bibliothèques remplies de livres anciens, multiples statuettes et lampes semblant trop compliquées pour leur usage initialement prévu. Mon Dieu mais qu'est-ce que je fous là, je me dis avec angoisse en buvant une gorgée de vin.

— Que faites-vous dans la vie ? me demande alors la mère en plantant sa fourchette dans un morceau de filet de bœuf.

— J'essaie de percer dans la musique avec un groupe de copains.

Haussement de sourcils méprisant de la part du père, je l'ai vu. La mère, elle, me répond par un petit rire gêné qui ressemble étrangement un bêlement. Je jette un œil à Apolline qui est assise à ma droite. Ses yeux sont baissés sur son assiette. Elle ne dit rien et semble tendue. À chaque minute qui passent, je la sens s'éloigner de moi un peu plus. Elle adore ma musique pourtant. Je bois quelques nouvelles gorgées de vin et prie pour que ce repas s'achève rapidement.

— Votre filet est délicieux ! je dis en souriant pour essayer de sauver les meubles.

— Oui, c'est vrai femme. Tu t'es dépassée pour une fois ! C'est doux en bouche et ça fond sous la langue !

Les muscles de mon dos se crispent et ma mâchoire me fait mal lorsque je l'empêche de s'ouvrir. Un nouveau choc fait frémir mon corps. J'attrape brusquement mon verre de vin et le colle à mes lèvres. Il est à nouveau plein. Merde, mais combien de fois me l'a-t-on rempli sans que j'aie fini de le boire ? À cet instant, je réalise avec horreur que j'ignore ce que j'ai consommé depuis le début du repas. Suis-je déjà complètement bourré sans en être conscient ? Possible, possible, je me dis en buvant machinalement mon verre. Et en plus je n'aime pas le vin.

Plus tard, lorsque j'étouffe un hoquet, j'entends à nouveau le rire de la mère et remarque à quel point sa mâchoire est avancée. C'est marrant, tout chez cette femme me rappelle la chèvre. J'en ferai bien un tapis de chambre ou une ceinture… Nom de Dieu mais à quoi es-tu en train de penser ? Reprends-toi mon vieux ! Le père remplit mon verre à moitié vide et pose ses yeux froids sur sa fille.

— Ma chérie, dit-il en se servant à son tour. As-tu vu le dernier le Godard ? C'est un véritable chef-d'œuvre, comme toujours.

— Oui, répond Apolline en prenant un air intellectuel que je ne lui connais pas. C'est dingue tout ce que le film peut faire ressentir à partir de simples images d'archives. C'est subtil et intelligent.

— Et vous ? Vous l'avez vu ? demande la chèvre en plongeant ses yeux vides dans mes yeux ivres.

— Oui mais j'ai rien compris.

— Bèèèh !

C'était encore le rire de la mère accompagné du regard dédaigneux du paternel. Je bois.

Durant le dessert, salade de fruits acide, plus personne ne m'adresse la parole. Je suis maintenant persuadé que le vieux a fait exprès de me saouler pour me ridiculiser. Je continue tout de même de vider les verres qu'il n'arrête pas de remplir, comme si c'était un défi dont la réussite prouverait mon amour pour Apolline. La maladie, elle, semble être sous contrôle. Je décide donc de me laisser bercer par le bruit des conversations :

— Je n'ai rien contre les étrangers. Je trouve simplement que depuis que les Mohamed ont emménagé dans le quartier, il y a une ambiance… bizarre.

— Tu as raison femme, je n'ose même plus aller à la boulangerie sans fermer toutes les portes à clef.

Tiens, le pif du père a des poils qui dépassent. Et si je faisais des tresses avec ? Ça lui donnerait probablement un petit côté viking amusant.

— Comprends bien Apolline, nous ne sommes pas homophobes.

— Non, bien évidemment. Mais il est dommage que dans un monde comportant sept milliards d'individus, ton cousin Bertrand fasse partie de la minorité homosexuelle.

Je contemple la mère en enfournant dans ma bouche des cuillérées de salade de fruits. Je pense alors à mon vieux djembé qui moisit dans la cave de mes parents. Il est en peau de chèvre. Hasard ? Je ne pense pas.

À la fin du repas, mère et fille débarrassent la table. Pendant un instant, j'hésite à proposer mon aide mais je m'abstiens. Pas par machisme mais parce que je n'ose plus me lever. J'me sens un peu groggy.

— Un petit whisky ? me propose le père avec un sourire sardonique.

Oh oui vas-y papi. Je vais le démonter ton whisky.

— Alors ? redemande-t-il en scrutant mon visage silencieux.

— Ave… avec plaisir.

Le père pose un verre devant moi et me le remplit avec un 16 ans d'âge qui coûte la peau des couilles d'après ses dires. Il précise ensuite qu'il utilise un langage châtié pour être sûr que je le comprenne. Je baisse ma tête blême sans répondre pendant que le paternel range la bouteille. 

— Et vous… vous n'en buvez pas ?

— Non, deux verres de vin me suffisent en général.

Le ton était légèrement jugeant.

— Ah.

Et un nouveau sourire sardoni… non, maléfique lorsqu'il se rassoit en face de moi. 

Quelques minutes plus tard, les femmes sont de retour à la table et les conversations chiatiques reprennent pendant que j'ingurgite dans la souffrance, le whisky qui coûte la peau des couilles.

— Notre voisine Rosette est devenue une amie proche, mais ces enfants… mon Dieu ! N'est-ce pas chéri ?

— Oui femme, je n'ai jamais vu un gosse aussi ignare que le petit Kévin.

— Bientôt deux ans et il ne sait toujours pas parler.

— Tu te souviens toi, Apolline, comme tu t'exprimais bien à à peine une année ?

Je joue avec ma cravate et envisage sérieusement de me suicider avec.

— D'ailleurs en parlant d'enfants, comment se portent tes élèves ?

— Ils sont vraiment adorables, répond Apolline au moment où je réalise qu'elle ne m'a pas regardé une seule fois depuis que nous sommes au salon.

— C'est un beau métier que tu as trouvé, bèèèh.

— Oui, un beau métier et une belle planque. Combien de semaines de vacances as-tu déjà ?

— Ce n'est pas une planque papa, c'est un métier merveilleux. L'un de mes élèves m'a dit hier que j'étais la plus belle fille qu'il ait jamais vue. Je crois qu'il a un petit béguin pour moi.

— Tu sais ce qu'on dit ? La vérité sort de la bouche des enfants.

— COMME MA BITE !

Bordel de merde. La maladie. J'ai hurlé à m'en casser la voix, je n'ai rien pu faire. 

Je minaude immédiatement des excuses en tentant de cacher mes sourires spastiques derrière ma serviette. Dans le même temps, je sens mon corps trémulant qui ne rêve qu'à scander encore : « comme ma bite ! comme ma bite ! comme ma bite ! ». Je serre les dents et exécute mes exercices respiratoires pendant qu'Apolline me regarde enfin, mâchoire en bas. Le père, lui, me fait de grands yeux à la fois ébahis et scandalisés. J'entends aussi un léger bêlement étouffé qui semble mêler la gêne et l'angoisse. Après ce qui doit avoir été la minute la plus longue de ma vie, j'ai le sentiment d'avoir repris le contrôle. Je lâche un soupir et me hisse hors de ma chaise avec difficulté.

— Je crois que… que je devrais m'en aller, je murmure en tentant d'ignorer le coup que me porte l'alcool à ce moment-là.

Le père, victorieux, se lève à son tour.

— Oui, je crois que ça serait préfé…

Le père n'a pas eu le temps de finir sa phrase, j'ai vomi sur lui. En jet. 

Fin de soirée. Dans la décapotable, je présente mille excuses à ma petite amie. Elle me dit que ce n'est pas grave et me dépose devant la porte de mon appartement. Apolline éteint alors le moteur et se tourne vers moi. Son regard est triste.

— Moi non plus, dit-elle sur le ton de la confidence. Moi non plus je n'ai rien compris au dernier Godard.

Un léger sourire désolé sur son visage puis le moteur rugit à nouveau. Les mains dans les poches, j'observe les phares de la décapotable qui s'éloignent doucement dans la nuit.

Je n'ai jamais revu Apolline.



Deux années sont passées. Allongé sur le sable fin, j'observe la mer et cette femme nue qui se baigne dedans. Quand elle sort de l'eau, sa démarche lascive fait danser ses seins mouillés qui semblent être recouverts de diamants.

— Elle est bonne hein ! je lui dis en parlant de l'eau.

— Comme ma bite ! elle me répond avec un sourire radieux.

Je lui rends son sourire et la belle vient s'allonger à mes côtés. Le bruit placide des vagues me berce avec tendresse. Je crois que je vais dormir un peu avant la cérémonie de ce soir.

C'est une vie magnifique mais parfois, je ne peux m'empêcher de penser encore à Apolline. C'est grâce à elle tout ça.

Peu de temps après l'incident chez ses parents, j'ai rejoint un groupe de soutien réunissant les personnes souffrant de la même maladie que moi : la commabitite. 

Au départ, nous n'étions qu'une dizaine mais au fil des réunions, le groupe s'est agrandi et de véritables liens amicaux se sont créés. Après une année, nous étions une centaine. C'est un peu près à ce moment-là que nous avons décidé de partir tous ensemble.

Une année. Cela fait maintenant une année que nous vivons sur une île déserte au Cambodge, loin de la civilisation et de ses contraintes. Nous nous appelons la tribu des Commemabite et chaque semaine, de nouveaux initiés nous rejoignent des quatre coins du monde. Mon médecin est arrivé il y a environ 6 mois. C'était une belle surprise. 

Sur l'île, nous vivons nus dans nos cabanes que nous avons construites avec des branches, de la boue et nos vieux vêtements. La journée, nous créons de la musique, écrivons des poèmes et des nouvelles, sculptons des pénis géants dans le sable humide et faisons l'amour régulièrement. Les plus sportifs jouent au headball du matin au soir avec des noix de coco vides. C'est moi qui ai inventé ce jeu. Puis lorsque vient la nuit, nous chantons en chœur autour d'un feu l'hymne du Commemabite. Nous avons aussi construit une tour radio avec les restes d'un satellite militaire qui a dû s'écraser dans notre forêt il y a longtemps. Le but était de pouvoir entrer en contact avec le monde extérieur en cas de besoin. Nous ne l'avons encore jamais utilisée.

Je n'arrive pas à m'endormir, une pointe de tristesse me tient éveillé. Ça ne dure jamais très longtemps. Apolline… ce n'est pas de ta faute à toi ni à tes parents si vous n'avez pas réussi à être heureux. Je suis sûr que vous faites chaque jour de votre mieux.

 Je me lève et frappe mes cuisses pour faire tomber le sable qui est resté collé sur ma peau.

— Où tu vas ? me demande la belle qui est allongée sur le ventre.

— Il faut que j'aille préparer mon discours pour la cérémonie, je réponds en contemplant le ciel azuré.

Il y a trois jours, en explorant l'île plus profondément que d'accoutumé, mon médecin et moi avons découvert une autre tribu. Lors de notre rencontre, elle nous a expliqué être venue ici pour fuir un monde qu'elle n'arrivait plus à comprendre. Nous avons sympathisé immédiatement.

J'observe l'écume des vagues qui vient lécher tendrement le bord de la plage. C'est ce soir, je pense encore avec un sourire en me grattant les couilles. Ce soir que la tribu des Commemabite va officiellement s'unir à la tribu des Danstoncul.


Bryan V


  • Des personnages culottés dans leur genre, ça valait le coup de gratter ...votre papier et pourquoi pas les bananiers ;)

    · Ago 3 months ·
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    Apolline

    • Merci Apolline :)

      · Ago 3 months ·
      220px lautr%c3%a9amont by vallotton

      Bryan V

  • Plutôt habile et frais. Cependant on peut se demander ce que foutait le ''hèros'' avec une telle pimbèche en premier lieu. Faut que jeunesse se passe dit on. Moi je dis que la pression sociale nous pousse à faire n'importe quoi avec n'importe qui â un moment où un autre de notre vie et votre texte raconte aussi un peu celà.

    · Ago 3 months ·
    Img 20190210 205453

    enzogrimaldi7

    • Oui, j'ai aussi voulu décrire la fille comme une victime de cette pression sociale. Merci de lire entre les lignes de mes textes et merci d'être une nouvelle fois passé par ici.

      · Ago 3 months ·
      220px lautr%c3%a9amont by vallotton

      Bryan V

  • Un témoignage poignant qui nous éclaire sur la provenance du cobite-19 :-) Info ou fuck news? L'avenir nous le dira, ou pas. C'est la vie!

    · Ago 4 months ·
    Kalvmxlw

    minuitxv

    • Merci, et pourvu que ça ne mute pas en cocu-20

      · Ago 4 months ·
      220px lautr%c3%a9amont by vallotton

      Bryan V

  • Alors là, je lui dis : « mais nom d’une bite, mademoiselle la pharmacienne, avez-vous des médicaments contre la coprolalie que je vous les mette dans l’cul au lit. :o))

    · Ago 4 months ·
    Photo rv livre

    Hervé Lénervé

    • Quelle vulgarité, je suis outré ;)

      · Ago 4 months ·
      220px lautr%c3%a9amont by vallotton

      Bryan V

    • Eh, je suis malade, quand même ! ;o))

      · Ago 4 months ·
      Photo rv livre

      Hervé Lénervé

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