La scribe (2)

colonelle

Le contrat est signé

Le premier document à signer fut celui de mon contrat de travail. Embauchée très vite, il s'agissait d'être disponible les week-ends. Les clauses étaient un peu floues, je dois dire. Mais je décidai de prendre le risque de me faire enfler. Peut-être.

-          « Parfois, je vous appellerai en dernière minute. Bien évidemment, je vous payerai le double. Vous avez sans doute une vie personnelle et en aucun cas je ne voudrais vous astreindre à la laisser de côté. Seulement…

-          Je vis seule, je suis célibataire. Enfin, libre », lui dis-je en mentant un tout petit peu. C'est juste que j'avais envie de me couper de mon entourage, de mon quotidien souvent morne et trop banal à mon goût. Je lui assurai donc que je resterais à sa disposition. D'autant plus que l'idée de côtoyer du beau linge (ou plutôt de découvrir ce monde pour éventuellement le pourrir de l'intérieur) m'intéressait beaucoup. Il m'avait dit qu'on le traitait de « fouille-merde » et que mon aide serait la bienvenue pour qu'on l'insulte davantage. Masochiste ?

-          « Je dirais… Une manière de marquer plus fortement encore les esprits, d'alerter les grands de ce monde sur leur vie inutilement débauchée. Et j'aurais  fait une adepte. Plus mordante que moi. D'autant plus qu'en me faisant appeler Révérend, je me dois d'avoir une démarche plutôt exemplaire. On me croit vraiment curé, vous savez ?

-          Ah, vous ne l'êtes pas ?

-          Non. Quoi que je prêche un peu trop dans le vent. Je suis… Un redresseur de torts, je corrige les erreurs, je remets les gens dans le droit chemin et pour les cas désespérés… ». Il leva les yeux au ciel.

-          « Oui ? Vous en faites quoi ?

-          Vous le comprendrez bien assez tôt… 

-          Quoi ? Vous les supprimez ?

-          Non. Pire. Je les bannis, les ridiculise, leur fais peur. A la fin, ils appellent eux-mêmes la police, pensant se croire à l'abris. Et moi, ben… J'ai mes entrées. En quelque sorte, je suis cousin. Et personne ne le sait. A part vous, maintenant. Et un autre type, qui, sous ses airs d'ange, est un abominable menteur et efficace nettoyeur. Ça vous tente toujours ? Dites oui…

-          Oh ! Oh ! Oh ! Oui !

-          Mais vous êtes une diablesse sous votre air d'innocente bonne femme, vous !

-          Mmmh. Peut-être ! ». A mon sourire engageant, son visage se rembrunit malgré tout.

-          « Vous allez être exposée, par contre, à certaines menaces. Vous en êtes consciente… ? Des avertissements purement verbaux, je vous rassure. Et je m'engage de ce fait à devenir votre protecteur, cela va de soi. Il faudra toutefois que je change un peu mon style d'écriture, sinon, tout le monde comprendra que… Vous êtes prête ?

-          Plus que jamais ! ». Il se dirigea vers son bureau et dans un pot à crayon, trouva un stylo à bille.

-          « Je vous l'offre. Offrez-moi votre main… ». Je lui tendis. Il massa mes doigts, caressa la pulpe de ma peau avec délicatesse.

-          « N'oubliez pas, Madame Dubois. A présent, cette jolie mimine est une arme ».

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