Là sous mes yeux

Camille

« Choisis n’importe quel morceau. » Ça a commencé comme ça. Elle m’a donné le lien de sa playlist et avec lui les clés du royaume.

« Choisis n’importe quel morceau. »

Ça a commencé comme ça. Elle m’a donné le lien de sa playlist et avec lui les clés du royaume. Ce n’était pas ce à quoi je m’attendais. Deux mois après nous étions en sueur au milieu d’une fosse qui aurait pu être remplie de lions prêts à nous dévorer mais qui n’était encombrée que de danseurs surexcités.

Sous les regards des grappes d’enceintes qui pendaient des hauteurs du plafond comme des lustres s’apprêtant à éclairer la foule de leur musique, les corps se collaient déjà, s’emmêlaient pour trouver une meilleure place. Il faisait près de 40° mais ça n’empêchait personne d’esquisser quelques pas de danse. Des notes introductrices à ce que nous allions vivre dans – je vérifiai ma montre – moins d’une heure. Nous avions déjà tellement attendu pour nous retrouver la poitrine collée à la barrière, nous pouvions patienter un peu plus. Je fermai les yeux, rien que pour entendre vibrer le monde qui se pressait derrière moi. Mes poumons enragés déjà prêts à hurler la musique.

J’ai choisi le troisième morceau et les notes ont explosé dans les malheureux haut-parleurs de mon ordinateur. Elle avait l’habitude de dire que je n’écoutais que des grands-pères ou des morts. Si David Bowie est revenu, et que Paul McCartney est toujours là, lui répétais-je, c’est que je n’ai pas tout à fait tort. Elle s’est emparée de mon ordinateur et la musique a fait le reste. C’était l’heure la plus sombre, j’avais 22 ans mais ce que j’écoutais ne ressemblait pas à David Bowie.

C’était sauvage, sale et désordonné, plein de boutons pressés du bout des doigts et ça m’a pris aux tripes comme si ça essayait de tout remuer en moi. Une vague. Chacune de mes cellules envahie par les notes, les déchirement électroniques et les murmures d’une voix qui me susurre ses secrets. Des atomes qui me submergent et m’offrent la paix en même temps qu’elle me plonge dans le chaos.

Et ça, c’était avant de les voir en concert. Je me tenais droite contre la barrière quand la lumière s’est baissée. Une autre forme de lumière a éclaté en même temps que les premières notes puis des gens sont apparus sur scène. Ce qu’ils faisaient n’avaient plus rien d’humain : une incantation, peut-être, qui envoya les milliers de mes semblables pressés autour de moi, leurs mains sur mon corps, mon corps contre leurs mains, dans une danse électrique.

Est-ce une danse ou une transe ? Aucune importance, tant qu’on danse vraiment, comme si personne ne nous voyait ou plutôt que tout le monde était là avec soi, et faisait pareil. Un seul corps ; une révolution, un orage qui éclate dans les hauteurs moites. On touche au Zénith, presque. Le feu commence à nous consumer. Je vois enfin mais mes yeux sont fermés, il n’y a plus que la musique.

Choisis n’importe quel morceau. Je prends ceux-là. Ceux qui me font fondre et m’offrent leur pouvoir, ceux qui m’ont rendue puissante, et tout le monde derrière moi avec. La musique, tout simplement.

  • Bien vu cette excitation dans la fosse attendant le concert. Vous dites bien ce que la musique procure ...

    · Ago over 5 years ·
    Tyt

    reverrance

  • votre texte me plait beaucoup, ça m a donné envie d entendre cette musique...

    · Ago over 5 years ·
    Zen

    marjo-laine

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