L'adieu

Aliénor Gelb Reil

Par delà tes rêves, Maria, bien plus haut que tes soupirs, baigné dans la lumière trouble des chimères il y a ce monde un peu étrange qui tombe sans cesse entre tes pensées. C'est une mélodie triste et grise qui s'étend sur les crêtes sans fin de ton enfance.

Au milieu de ce pays argent et vermeil se trouve une longue demeure dont toi seule connais le nom et, dans la dernière chambre de l'unique tour blanche, imagine une vieille couronne que se disputent deux sœurs. L'une est blafarde, fine et timide. Ses genoux plein d'os,  s'entrechoquent à chacun de ses pas. L'autre lui est en tout semblable.

 Depuis l'aurore elles s'observent et cherchent désespérément ce qui les différencies l'une de l'autre.  L'immaculée tiare, souillée de leurs peurs se dresse fièrement au centre de la chambre.

Leur monde est clos et tout ce qu'elles en connaissent c'est cette pièce, où le temps se fracasse contre les murs. Prisonnières émerveillées des richesses qu'on leurs a données, elles font des colliers avec des plumes d'or et des songes. La poussière nage doucement à hauteur de leurs yeux comme les flocons de neige. Le vent leur chante des airs du ciel, et parfois murmure un mot.

Ces deux sœurs, chère Maria, se sont l'Imagination et l'Enfance. Écoute-les aussi longtemps que tu le peux, entend leurs rires petite sœur, ouvre tes yeux à leurs beautés et voie en elles tout ce que le monde ne peux t'offrir.

Suit les lumières du ciel que l'on nomme étoiles et ramasse celles qui tombent trop jeunes. Ecoute les Hommes aussi, parfois, et continuent toujours de tracer ce chemin que nous avons commencé ensemble. Ne cherche pas trop à être heureuse, et souviens toi que le véritable rêve c'est de pouvoir encore rêver.

Surtout n'oublie pas de regarder les nuages et d'y faire  voler les lettres que tu m'enverras.

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