Laissez les croire

Sandrine Poulain

De nos rapports à la jeunesse qu'on a soi-même perdue...
Comme c'était bon d'avoir vingt ans
Et de croire que la vie passe petit à petit
Le monde nous semblait grand
Et les heures infinies.
Nous vivions dans l'instant
Ni demain, ni plus tard
Ici et maintenant, nous y croquions la vie.
La seule urgence de nos désirs
De vin, d'amour et de plaisir
Nous ouvrait les paupières à chaque nouveau matin.
Le monde à nos pieds, la joie de vivre dans nos mains,
Sur nos lèvres, sur nos seins…
Nous quémandions chaque jour des délices, des festins.
Peu importait le monde à refaire chaque soir,
Peu importait le ciel, ses couleurs, ses menaces
Nous vivions au soleil de notre état de grâce.
Qu'il était doux de se mouvoir
Pieds nus sur la confiance des uns
En l'insouciance des autres.
Des diamants de breloque scintillaient dans nos rires
Et nos rêves simplement nous semblaient des promesses.
Nous ne croyions en rien, en rien d'autre que nous
Comme nous avions raison et comme nous étions fous...
Si vous croisez des enfants de cet âge aujourd'hui,
Remballez vos sermons, vos regrets et vos jalousies
Gardez pour vous vos expériences,
Leur gâcher leur jeunesse ne vous rendrait pas la vôtre,
Laissez les croire aussi comme nous l'avons cru
Que ça durera toute la vie…
Signaler ce texte