Le Monde de Demain

Lionel Truan

Extrait du roman - Le Monde de Demain
Et si… et si le monde que j’avais connu n’avait pas totalement disparu, que pourrais-je dire à ses citoyens pour éviter qu’ils ne commettent nos erreurs ? Veuillez m’excuser, ces temps-ci je m’égare facilement et j’ai tendance à philosopher. J’espère que quelqu’un tombera sur ce carnet un jour ou l’autre pour connaître l’incroyable aventure d’un humain sans histoire qui a vu son univers s’effondrer et qui tente aujourd’hui de survivre dans ces terres dévastées. Ah oui ! J’ouvre une petite parenthèse pour ceux qui se poseraient la question, mais j’ai récemment trouvé ce carnet et je me suis dit pourquoi ne pas relater ce que je vis quotidiennement ? Pourquoi ne pas laisser une trace de mon passage dans cette existence ? Je pense qu’écrire me permettrait de tenir encore un peu… mais jusqu’à quand ? Je m’appelle Elliot Runan, j’ai 35 ans. Je suis de taille moyenne, cheveux noirs, silhouette athlétique. J’ai beaucoup pratiqué la musculation et me suis nourri sainement afin de garder un physique performant et en bonne santé. Avant les faits, j’avais une vie plutôt agréable, marié à une femme remarquable, père d’une fille formidable et maître de deux chiennes qui m’excédaient souvent, mais que j’aimais bien, évidemment. J’habitais un village non loin de la ville de Genève ; entouré de ma famille et de mes amis, je logeais dans un appartement assez cher, spacieux avec cheminée et double terrasse au sommet d’un immeuble qui ne payait pas de mine. Concepteur dans une boîte d’outillage, mon boulot était stable, bref, j’étais quelqu’un de simple, d’honnête et toujours prêt à aider son prochain. Suite aux premières pluies de bombes et aux émeutes qui ont suivi, j’ai encouragé ma femme et ma fille à suivre la voie du gouvernement suisse qui prodiguait des places dans des abris prévus à cet effet à chacun des membres de la société. Hospitalisé à ce moment-là, je n’ai pu les accompagner, car l’État a préféré privilégier les personnes aptes à se déplacer et à reconstruire le futur une fois le retour au calme. On nous a fait croire qu’on reviendrait chercher les malades et les blessés… Quoi qu’il en soit, personne, à ma connaissance n’est encore jamais sorti de ces bunkers, et je doute que quiconque en revienne un jour. Cela m’afflige, car je crains de ne plus jamais revoir ma femme et ma fille depuis ces heures sombres Je ne sais même pas si elles sont encore en vie et, si elles le sont, elles pensent peut-être que je suis mort, là dehors. Je n’avais que peu d’estime pour les politiciens, les prétendus dirigeants et les médias qui n’ont fait que manipuler les populations, ce qui nous a amenés là où nous en sommes. Pourtant j’ai toujours cru en l’humanité malgré les attentats, les guerres et les aberrations en tout genre commises par certains. J’avais la certitude qu’au fond nous étions plutôt bons, tous autant que nous étions, j’avais foi en l’humain. En 2039, les choses ont commencé à bouger, les citoyens du monde ont évolué spirituellement et ont constaté les supercheries des politiciens et c’est à ce moment-là qu’ils en ont eu plus qu’assez. Malheureusement, nous étions trop peu à nous défendre contre l’injustice et c’est en 2045 que tout a basculé, parce que les dirigeants ont choisi la guerre sans en peser les conséquences. Tout cela, c’est du passé. En ce qui me concerne, j’ai dû m’adapter pour survivre. Cela fait maintenant une année que j’erre sans but précis, à la recherche de quelque chose, je ne sais quoi exactement, un signe qui pourrait m’indiquer que tout n’est pas perdu. Il n’y a plus rien, enfin si ! Il demeure ce que l’on pourrait appeler « des vestiges d’une civilisation » qui a été littéralement anéantie. Néanmoins, certains d’entre nous ont réussi à rétablir un semblant de vie « d’avant » la catastrophe, mais à mes yeux, c’est totalement vain. Les gens de ce nouveau monde sont fourbes, froids et mauvais en général. La confiance se gagne très difficilement, toutefois lorsqu’elle s’est installée, elle reste ancrée pour le meilleur et pour le pire. Avec le temps, on apprend à se débrouiller. L’argent n’a plus aucune valeur et le troc est à nouveau au goût du jour. Comme si par le biais de ce désastre, la terre nous poussait à recommencer là où nous avons échoué. Les gens cultivent leur propre nourriture irradiée, élèvent leur bétail qui a muté et chassent des créatures effroyables. Que ne donnerais-je pas pour manger quelques bons fruits et légumes bio que l’on trouvait facilement chez nos agriculteurs locaux, boire une eau fraîche sans devoir la traiter afin de la débarrasser des contaminants radioactifs qu’elle contient ? Le paysage a changé, il est devenu terne. Les immeubles et les maisons ont tous été rattrapés par la nature qui, elle, a repris ses droits. Les routes sont recouvertes de mauvaises herbes et de racines, les bâtiments sont tapissés de plantes grimpantes et les murs s’effritent lentement mais sûrement et, à la longue, ils s’effondreront. Les campagnes sont restées plus ou moins telles qu’elles étaient et leurs habitants se sont soudés comme jamais auparavant. La ville de Genève a durement souffert et une partie importante des citadins actuels sont des malfrats ou des mercenaires. Il ne fait pas bon vivre dans cet endroit, c’est pourquoi les gens qui voulaient tenter de survivre dans un environnement moins hostile se sont éloignés et se sont courageusement rassemblés en de petites communautés qu’ils considèrent à présent comme leur famille. Je ne fais pas partie de l’une d’elles, mais je suis connu dans les environs car je chasse et pêche pour ces gens avec qui j’ai de bonnes relations. Je me déplace pour faire du troc, échanger de la nourriture avec eux et, en retour, ils me fournissent leur protection. Que va-t-il se passer ? La vie ne se résume-t-elle qu’à survivre sans but réel ? Avez-vous des rêves ? Personnellement j’en ai eu sans vraiment m’y attarder. Alors, si vous en avez, faites en sorte de les réaliser, car un jour il sera trop tard et vous n’aurez que des regrets, tel est mon cas aujourd’hui. Profiter du temps qui nous est imparti pour exister pleinement, là est la vérité. Elliot Runan   1. Façon de vivre Dimanche 3 juin 2046 Ce matin, identique à tant d’autres, je me suis levé vers six heures. Le soleil était déjà présent, légèrement terni par une poussière qui ne disparaîtra probablement jamais tout à fait et qui flotte dans l’air tel un brouillard tenace. Avant de sortir de mon habitacle, j’ai préparé un petit café du terroir, élaboré par des artisans des alentours, ainsi qu’un peu de céréales dans un bol ébréché pour avoir un bon apport en énergie dès le début de la journée, je les ai agrémentées de morceaux de pomme des quelques arbres fruitiers restants. À parler ainsi, on pourrait presque croire que la vie est belle, mais quelle ironie ! Selon mon habitude, j’ai revêtu mes jeans, mon t-shirt, enfilé mon gilet pare-balles, mes gants de protection, chaussé mes souliers de randonnée, tout cela complété par un masque à gaz, un fusil de chasse en bandoulière et une machette accrochée à ma cuisse gauche. Tel est désormais mon quotidien. J’ai pris racine dans cet endroit, non seulement par nécessité, mais aussi parce qu’il me tenait à cœur et qu’il m’a semblé être le plus approprié pour survivre en totale autonomie. En effet, ce jardin privé que louait mon père auparavant offre une parcelle généreuse de terres cultivables où coule un ruisseau ; de plus, il jouit d’une protection naturelle, entouré d’une forêt de part et d’autre, et éloigné de toute civilisation. J’ai aménagé l’intérieur d’une caravane traditionnelle avec une petite table, une cuisinette à gaz, une couchette deux places et quelques armoires de rangement. En outre, à l’extérieur, je l’ai agrandie et surplombée d’un paravent en tôle ondulée de six mètres de long sur cinq de large, le tout soutenu par de grosses poutres en bois massif. Par la suite, pour me sentir encore plus en sécurité, j’y ai ajouté des barrières, complétant ainsi la protection que m’offrait la forêt. J’ajoute que j’étais un passionné de théories du complot et autres histoires un peu surnaturelles. J’avais lu bon nombre d’ouvrages sur le survivalisme, cet ensemble de techniques de survie en milieu sauvage. Je m’étais même constitué un sac d’évacuation, j’avais des réserves de nourriture et d’eau pour plusieurs mois dans ma cave comme le préconisait le gouvernement. J’étais un fanatique de la saga Fallout. Mais oui, vous savez, ce jeu où l’on incarnait un personnage qui se réveillait dans un abri antiatomique et qui ressortait à la surface dans un monde poselle blague ! Et pourtant maintenant que j’y suis, dans ce monde… eh bien, je ne trouve pas ça drôle du tout ! Bref, je m’étais préparé en supposant que cela arriverait, mais sans y croire vraiment. Je ne le regrette pas après tout, mes provisions, mon matériel m’ont été d’un grand secours, sans compter mon expérience dans le domaine qui a contribué à me sortir du pétrin. Au début, lorsque tout a commencé et que je n’ai pu être transporté dans l’abri antiatomique où ma famille se rendait, j’ai fait la demande d’être pour le moins ramené chez moi. Un ambulancier a accepté de m’y déposer car le médecin en charge se montrait réticent à me laisser sortir. Cet ambulancier complaisant a ensuite quitté la ville pour tenter de rejoindre sa propre famille. C’est là, dans mon appartement, que j’ai pu me remettre de mes émotions, accepter le fait que l’on m’avait pour ainsi dire abandonné, sans ma famille, sans personne avec qui communiquer… Cela m’a pris du temps. Mes voisins avaient tous quitté les lieux rapidement et le quartier était devenu un lieu vidé de toute vie. Grâce à mes réserves en nourriture et en eau, j’ai pu vivoter au jour le jour sans trop d’inquiétude les trois premiers mois qui ont suivi les évènements. Je ne sortais jamais. J’avais barricadé la porte d’entrée et ma seule source de chaleur étaient les petites flambées que j’allumais dans ma cheminée au moyen du stock de bûches entreposé sur le balcon. Lorsque toutes mes réserves se sont épuisées, j’ai été contraint de me déplacer là où je suis et d’où j’écris pour la première fois tout ce qu’il s’est passé depuis le premier jour et tout ce qu’il arrivera chaque jour, jusqu’au dernier... Après m’être installé, j’ai facilement réussi à allumer du feu, poser des pièges et réaliser quelques constructions de fortune, des bancs et des tables, un séchoir à viande, et divers objets tels que machette, marteau primaire, etc. J’ai su reconnaître les plantes comestibles et appris à développer un potager. J’ai appris également à me soigner avec les moyens du bord même si à ce jour, en fouillant bien, il est encore possible de débusquer des médicaments, de même que quelques reliquats de ressources telles que fuel, conserves avec une date de péremption plus ou moins illimitée. Mais pour cela il faut se déplacer dans des endroits où personne n’ose se rendre, car je l’ai dit, la nature a repris ses droits et les animaux aussi. Vous savez, ces rongeurs comme les rats. Non ! Pas les rats que vous connaissez, les rats que l’on appelle dorénavant ici « les rads-rongeurs » ne mesurent pas moins de soixante centimètres de haut avec des dents acérées et pointues d’une vingtaine de centimètres. Des yeux rouge sang, une peau couverte de poils épineux et des griffes qui peuvent perforer la chair d’un simple coup. Lorsque vous en voyez un ou plusieurs pour la première fois, vous vous dites Non ! Ça n’existe pas, je vais me réveiller, ce n’est pas possible ! Et pourtant, ça l’est bel et bien. Je ne vous parle que des « rads rongeurs », mais je vous précise que la majorité des animaux et insectes que nous avons connus et qui peuplaient les forêts alentour, ont muté et sont devenus agressifs. Je vous laisse imaginer les sangliers, les cerfs, les chauves-souris, les fourmis, etc. Voilà pourquoi il vaut mieux être une personne aguerrie pour affronter ce type de singularité. Donc, après m’être préparé, j’ai ouvert la porte et suis sorti de mon gîte. Quelques marches d’escalier hâtivement taillées à descendre. A gauche, un plan de travail avec un évier que j’ai relié au ruisseau un peu plus bas, quelques placards où est rangée ma vaisselle, un établi avec des tiroirs pour mes provisions, bien fermés par des chaînes et un cadenas et, disposé devant, un piège à loups. A droite, une table de pique-nique, deux longs bancs pour m’asseoir ou faire la sieste de temps à autre, et des pièges à picots métalliques Quelques pas plus loin, après avoir dépassé l’avant-toit, se trouve un emplacement sur un côté qui me sert de feu de camp et, de l’autre, permet d’entreposer des bidons en plastique pour la récupération de l’eau lors de pluies abondantes. Devant moi, la parcelle de terre fertile bien fournie en légumes et prête pour la saison. J’ai posé des grillages entrelacés de barbelés autour des plants. Quelques mètres plus loin, pour accéder au champ limitrophe en bordure de la forêt, j’ai défriché un petit sentier la traversant. C’est la seule entrée pour rejoindre mon campement. Des pièges sont disposés un peu partout sur le terrain en cas d’intrusion. Dernièrement, j’ai eu une visite pas très sympathique d’une bande de « dévoreurs ». Assez semblable à des loups, mais plus massifs, plus puissants, avec des poils ras, des mâchoires énormes qui renferment une seconde sous-dentition, des pattes musclées sans fourrure qui laissent apparaître, dans un état avancé, des cloques putréfiées, comme si les radiations les avaient dévorées lentement. Ce jour-là, j’ai dû en abattre deux, trois autres ont été happés par les pièges et sont morts sur le coup. Je tire le positif de chacune de mes expériences, car dans le cas précis de la chasse, elle est venue à moi sans que j’aie eu à me déplacer ni même à me mettre en danger. C’est dans ces moments-là que je me dis qu’il est toujours bon d’être positif, mais ce genre de pensée est tellement éphémère que la sensation de perte refait immédiatement surface. Après avoir vérifié le potager, j’ai décidé d’aller rendre visite à la communauté la plus proche, à environ quinze minutes à pied. Avant de me mettre en route, j’ai cueilli trois-quatre tomates arrivées à maturation ; j’y ai ajouté quelques kilos de patates en guise de monnaie d’échange au cas où les habitants auraient quelque chose d’intéressant à proposer. Je pars toujours avec quelques provisions dans mon sac de randonnée pour ne rater aucune occasion de tomber sur une perle rare. En traversant la forêt séparant le champ voisin, j’en ai profité pour réactiver les quelques pièges à lapins. Chanceux, j’ai eu la bonne surprise de ramasser un gros lièvre d’au moins trois kilos qui me servira de troc. J’ai aussi pris le temps de vérifier les modules d’alerte qui sont fort simples, mais très efficaces. J’ai juste attaché quelques boîtes de conserve vides à de la corde que j’ai ensuite disposées de façon stratégique ; lorsqu’elles sont frôlées, les boîtes s’entrechoquent. La nuit surtout, cela me réveille si quelque chose survient ou si quelqu’un s’approche. Une fois le sentier franchi, j’ai emprunté la grand-route qui auparavant était très fréquentée. Aujourd’hui, des véhicules circulent encore, mais ils se font rares et cette route, comme d’autres, est plutôt déserte. Parfois, on peut croiser quelques citoyens à cheval ou à bord de charrettes, mais c’est à peu près tout. J’ai donc longé la grand-route jusqu’à la petite communauté abritée dans un village où j’ai habité avant la guerre. Ce village, Chancy, est appelé maintenant village de la chance. En effet, cette bourgade est la plus éloignée de la ville de Genève. De ce fait, les bandits et les pillards ne s’aventurent pas aussi loin de leur quartier général, ils gaspilleraient davantage de carburant à rejoindre cet endroit qu’ils n’en tireraient bénéfice. La communauté est étroitement unie depuis le début. Les habitants ont érigé très rapidement des remparts de fortune tout autour de la commune, ce qui en fait une véritable forteresse efficacement protégée. Quelquefois, je rencontre des voyageurs et ces sortes d’aventuriers qui se disent journalistes et qui fournissent des informations sur ce qu’il se passe par-delà la ville de Genève. On peut les appeler les coursiers du futur. Ni Internet ni les réseaux téléphoniques n’ont plus cours. Les seuls moyens technologiques encore disponibles sont les anciennes radios qui émettent à courte distance et les talkies-walkies, tout le reste, n’a plus cours, pour autant que je le sache. Partant, des personnes motivées et téméraires ont décidé de se mettre en route et de parcourir à pied, ou par d’autres moyens, des distances impressionnantes pour faire circuler les informations. Personnellement, je trouve cela très courageux de leur part, mais il ne faut pas rêver, toute information est payante ! Parfois, une communauté paie très cher pour que les coursiers rapportent en détail la situation dans les cantons voisins ou même en France proche. Cela permet aux délégués de chaque communauté d’informer leurs citoyens du moindre changement dans les territoires suisse et français. Après cette marche matinale, je suis arrivé aux alentours de huit heures aux portes de Chancy. Les deux gardes m’ont salué et tout de suite permis d’entrer. Les murs et l’unique porte d’accès sont composés de tôles roulées soudées, soutenus par d’énormes piliers en fonte plantés en biais dans le sol et enterrés à une profondeur d’un mètre environ, ce qui leur confère un barrage des plus robustes. J’ai, comme à l’accoutumée, engagé la conversation avec les deux hommes et, dans la foulée, échangé avec eux quelques cigarettes et friandises trouvées le jour précédent contre quelques munitions pour mon fusil. Il y a un forgeron dans leur enceinte qui façonne toutes sortes d’armes, y compris des balles de fusil et de pistolet. On pourrait dire que cet échange est empreint de civilité, rappel de l’époque lorsqu’on invitait des amis à dîner, ceux-ci apportaient une bonne bouteille de vin pour monsieur et un bouquet de fleurs pour madame. C’est, tout étant relatif, un peu le même contexte ici. Je me suis ensuite dirigé vers le centre pour accéder à la place du marché. Là, j’ai pu y revoir quelques amis connus avant la catastrophe. Nous avons conversé un moment. J’ai pu remarquer que leurs enfants avaient grandi depuis ma précédente visite. À ce moment-là, dans une fulgurance, j’ai repensé à ma femme et à ma fille, elles me manquent tellement que cela en devient de plus en plus douloureux… Je réalise que c’est en les ayant perdues peut-être à jamais qu’elles me sont devenues aussi précieuses que la prunelle de mes yeux. Vous, qui que vous soyez et qui tomberez peut-être sur ce journal de bord, ne quittez jamais votre maison le matin sans dire à vos êtres chers que vous les aimez. C’est si simple à penser et à déclarer… Pourtant, trop souvent la fierté nous empêche de prononcer ces quelques mots qui font du bien, non seulement à vos proches, mais à vous-même. Votre journée en sera illuminée et, le soir venu, à votre retour, vous serez heureux de les retrouver. Après cette plongée dans mon être intérieur, j’ai repris la conversation qui s’est terminée rapidement. J’ai salué mes amis et me suis arrêté à un étal du marché pour échanger les produits de mon potager que j’avais emportés contre du matériel qui me servira sûrement prochainement : quelques piles neuves, du papier toilette (denrée rare si l’on ne veut pas être condamné à utiliser du feuillage…), un sac à dos en très bon état, un réchaud à gaz portatif et quelques bonbonnes de Co2. A un autre étal, j’ai ajouté à mon équipement des munitions pour fusil, une lunette à visée augmentée, une radio à émission courte et une boussole, ainsi qu’une carte de la région. Vous vous demandez peut-être le pourquoi de ce troc d’aujourd’hui, alors que j’aurais pu le faire il y a déjà un moment ? Vous savez, attendre des nouvelles des aventuriers, était une option. Mais j’ai réfléchi, y-a-t-il une seule bonne raison de ne pas aller me rendre compte par moi-même ? J’ai senti soudain que j’avais perdu trop de temps à errer sans motif. Pourquoi toujours reporter une action à demain alors qu’elle pourrait soulager ma conscience tout de suite ? Ma famille me manque atrocement, je n’ai plus rien à perdre et je suis déterminé à réagir, il est temps, mieux vaut tard que jamais ! Suite à mes échanges, j’ai prévenu le « maire du village » que désormais je ne viendrai plus et qu’il devrait trouver un autre moyen de nourrir sa communauté. Je lui ai expliqué mes raisons qu’il a aisément comprises et acceptées. Il m’a alors proposé un échange de grande valeur : mon « chez-moi » contre du matériel adéquat pour ce type de voyage. Pouvait-il s’installer dans ma propriété pour subvenir aux besoins des membres de son village ? Il pourrait même y établir plusieurs familles et fortifier l’endroit pour que la communauté puisse s’agrandir. J’ai acquiescé. Quoi de plus gratifiant que de permettre à ces gens de se développer et de s’épanouir dans un endroit qui m’a beaucoup apporté ? Il n’y a, à mon sens, rien de plus beau qu’un sourire de joie sincère inscrit sur un visage lorsque nous offrons quelque chose à notre prochain. J’espère qu’ils apprécieront cet endroit autant que je l’ai aimé. Un groupe de personnes armées et du maire en personne m’a escorté afin que je leur indique le chemin et l’emplacement de mon campement. Avant de quitter celui-ci, j’ai complété mon matériel avec du scotch, un couteau multifonctions, de la corde, un tarp, des clous, une lampe-torche, une popote en aluminium, de l’eau, des filtres pour masque à gaz et des comprimés purificateurs d’eau. J’ai ensuite rassemblé des vivres, mon arme, des vêtements de rechange, une tente et un tapis de sol, de quoi faire du feu. Pour finir, j’ai bien expliqué au groupe les saisons et les façons d’entretenir un potager, je leur ai dessiné un plan de la zone en indiquant les attaques auxquelles j’avais déjà dû faire face, je leur ai montré mes pièges et le matériel que je laissais à leur disposition. Après cela, le maire m’a déclaré : « Merci infiniment ! Vous serez toujours le bienvenu, ce terrain est le vôtre, vous pourrez toujours compter sur nous et nous espérons du fond du cœur que vous trouverez ce que vous cherchez ! ». Sur cet adieu, j’ai pris le sentier de la forêt pour ne plus jamais revenir, mais qui sait ? J’ai levé le bras, poing serré en guise de salut et de résistance, puis je me suis enfoncé dans les fourrés, en route pour l’aventure de ma vie sur cette terre meurtrie.  
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