Le provincial

gabin

Toile : La séparation par Edvard Munch
Je suis ce provincial,
Ce personnage de Germinal,
Des rivages grise-mines
Aux terres noires des corons,
Ma région
Par son cœur s'illumine.


Je suis celui que tu as oublié
En rejoignant la capitale ;
Celui dont les traits
Sont trop banals.
Pourquoi ne regardes-tu en moi
Tout ce que je ne suis pas 
Au lieu de voir tout ce que j'aurais fait pour toi ?
Souviens-toi,
Toi aussi tu fus cet être lambda.
Moi qui osais imaginer que tu sois ma reine,
Être un jour ton prince charmant.
Mais tu as cédé au chant des sirènes
Et une barrière, tu as dressé en partant
À la découverte de ces routes mondaines.
Ô je ne te jette pas la pierre,
Pas question de croiser le fer.
Mais crois-tu qu'il est vraiment nécessaire,
Même si différents sont nos univers,
D'aujourd'hui me considérer
Comme un pestiféré ?


Je suis ce provincial,
Ce personnage de Germinal,
Des beffrois et des terrils
Aux sons des carillons,
Ma région
Par ses douleurs chagrine.


Je suis ce péquenot tout juste bon
À nourrir les cochons,
À écrire des vers truffés d'illusions.
Excuse-moi d'avoir osé te regarder,
J'espère que mes yeux ne t'ont pas souillé.
Vraiment essaye de me pardonner,
D'avoir un jour songé
Que de bonheur j'aurais pu te combler.
Ô ma si belle, si cruelle citadine,
Je ne peux comme toi renier mes racines.
Il n'y aura jamais de nous deux,
Je ne voudrais salir ton monde si merveilleux
En le déshonorant, moi le pouilleux.
Je te souhaite sincèrement le meilleur
Auprès de Tartuffe ou d'Harpagon.
Mais prends garde aux bonimenteurs
Qui ne souffrent d'aucune émotion.
Prends garde à ne pas devenir leur jouet
Car sans remords ils te jetteront
Dès que de plaisir tu les auras rassasié.


Je suis ce paysan,
Sans diplômes ni argent
Qui t'aurais donné pourtant,
L'amour d'un géant.
                                                                                                                            À S.N.
  • Tellement beau, tellement triste, tellement réel...

    La dernière strophe est ma préférée.

    · Il y a 4 mois ·
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    azraelys

    • Oui tellement tout ça ....

      Merci à vous.

      · Il y a 4 mois ·
      Il %c3%a9tait une fois

      gabin

  • J'aime beaucoup surtout la dernière strophe, si belle et si émouvante!

    · Il y a 7 mois ·
    Coucou plage 300

    aile68

    • Merci à vous deux (aile 68 et Louve). Aujourd'hui, sans amertumes, je peux aussi (et enfin) dire merci à ma muse m'ayant permis de vivre ces lignes et m'ayant fait découvrir la maturité ainsi que la difficulté à s'emparer de cette proie aux contours si abordables mais à l'âme si inaccessible. Cette proie qu'est l'amour.

      · Il y a 7 mois ·
      Il %c3%a9tait une fois

      gabin

  • Emouvant !

    · Il y a 7 mois ·
    Louve blanche

    Louve

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