Les artistes de notre enfance

Mokrane Kab

Parler d'un artiste célèbre est chose aisée. Il suffit de prendre un écrit, deux articles, trois biographies et ensuite de jeter un œil sur ses œuvres pour vous faire une idée de ce qu'il est. Cette façon de faire est d'autant plus belle que votre artiste a disparu, rien ne vous interdit des digressions, des ajouts et des extrapolations. Si vous faites de l'exagération et lui inventez une vie de risques et d'aventures, c'est encore plus vendeur. Et rassurez-vous, on ne vous en voudra pas. Vous faites marcher la légende, c'est dire !

Si jamais cet artiste est vivant, c'est une autre paire de manches. Vous prenez rendez-vous avec lui et vous faites une entrevue. Ensuite, vous reprenez rendez-vous pour qu'il valide ou non votre article. La meilleure chose qui puisse vous arriver, c'est que cette personne devienne célèbre. Et là, c'est la notoriété pour vous car vous avez su dénicher un talent. Si ce n'est pas le cas, ce n'est pas dramatique. Il arrivera bien un jour où ce héros vous donnera l'occasion d'être à votre tour célèbre.

Mais si, comme moi, vous avez grandi avec cet artiste, quel article, quelle chronique écririez-vous sur lui ?

Je me base sur mes souvenirs pour lui dire mon soutien et ma considération. Non parce que je le connais ou l'ai connu un jour, mais bien parce que je sais qu'il a du talent et que c'est un artiste accompli !

Mais au lieu de vous parler d'un seul artiste, je vais vous faire le cadeau de vous en présenter trois. Trois grandes figures de mon enfance, de la jeunesse perdue qui ne l'est plus autant grâce à eux. Ils permettent aux gens qui les ont côtoyés de ne pas enfouir les souvenirs partagés de notre jeunesse, d'éviter de sombrer dans le déni de notre enfance. Et c'est un beau cadeau qu'ils nous font de faire parler d'eux !

Yannick Babled -Zim de son surnom- est un ami d'enfance. Nous avons grandi ensemble au fin fond de l'avesnois. Nous avons ri, nous avons mangé, bu et galéré de concert.

Depuis toujours, Zim était un être à part. Pour nous, il représentait tout ce que l'on pensait d'un artiste, il était toujours au-delà du réel, à la frontière de l'imagination, de la philosophie et de l'ésotérisme. Il avait des idées aussi étranges et imaginatives que ses peintures. C'était passionnant de parler avec lui mais souvent déroutant parce que vous ne sortiez jamais indemne de la conversation. Et c'est tant mieux !

Puis, vint l'âge adulte. Chacun a pris son propre chemin et tracé sa route, mais jamais il n'avait changé son mode de pensée. Il avait certes grandi, mûri et approfondi ses connaissances mais sa vision d'un monde ouvert sur l'art était plus que jamais présente.

Il a su allier son amour de la patrie, de son pays avec l'amour de la peinture. Il est entré dans l'armée et il a peint pour elle. La grande muette est devenue, grâce au talent de ce landrecien, une grande bluette.

Aujourd'hui, après des années de pratique et de sérieux, il a reçu plus d'un prix et participé à nombres d´expositions. Enfin, il est reconnu à sa juste valeur !

Le deuxième artiste dont je voulais vous parler s'appelle la Fratrie. En fait, ce sont deux frères bourrés de talent qui écument les galeries parisiennes et nordistes depuis quelques années.

Ce talent qu'ils possèdent, ils le tiennent d'une mère peintre à ses heures perdues. Et, jeunes, ils avaient la passion du bricolage, de l'assemblage. Et ce petit " travers " ne les a jamais quitté.

Aujourd'hui ils savent faire planer le monde avec leurs œuvres. Ils arrivent à chausser la terre pour lui donner un piédestal. Leurs productions ont une plastique digne de figurer dans les films d'anticipation. Ils exécutent de main de maîtres des mini-planètes où le foyer, l'habitation sont une ode à la pureté de la Nature. Leurs œuvres flottent au vent et donnent à rêver que l'homme peut déplacer des lopins de terre de vie sinon des montagnes !

Ces amis, ces proches nous font rêver et savent redonner l'espoir, ils nous permettent de croire que chacun d'entre nous possède en lui une âme artistique.

Ils donnent envie de s'intéresser à l'art, à ce monde fermé, codifié de la culture artistique non seulement parce que nous les connaissons mais également parce qu'ils ont du talent, beaucoup de talent !


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