L'incendie des coeurs - Chapitre 2

mywritings65

J'ai toujours détesté courir. Je peux danser pendant des heures, mais être essoufflée après 30 secondes de course ! Je n'ai jamais été au-delà du deuxième palier du "bip test" en éducation physique !

Mais au diable mon manque d'endurance ! Tant pis si j'ai les cheveux dans la figure et si mes poumons me brûlent. J'ai une bibliothèque sur le feu !

Dans le plan d'évacuation, il est écrit qu'en cas de refus, de paralysie, il faut laisser la personne là et en avertir les pompiers. Je n'ai jamais compris comment cela pouvait être possible. Durant les exercices, je fonce dès que j'entends l'alarme ! Je ne voudrais pas rester là !

Mais ce soir, je comprends... Arrivée sur les lieux, je suis paralysée d'horreur. Je regarde le bâtiment léché par les flammes.

Quand mon corps daigne enfin me répondre, je fonce vers l'incendie. Des bras m'attrapent soudainement, d'une sacrée force.

- Laissez-moi passer ! me suis-je écriée. Je fais partie du personnel de la bibliothèque !

- Du calme, mademoiselle, tente de me calmer un pompier. Vous ne pouvez pas franchir le périmètre de sécurité.

- Je dois passer ! C'est mon patron qui m'a appelée ! Où est-il ?

Tandis que j'agressais ce pauvre monsieur qui ne faisait que son travail, j'ai entendu une voix derrière moi :

- Eglantine ?

Je me suis retournée, c'était Fabrice. Il semblait perdu, effondré.

- Fabrice ! me suis-je écriée en le rejoignant. Ca va ? Comment est-ce arrivé ?

- La foudre..., a-t-il simplement répondu dans un souffle.

- Eglantine ?

Cette fois, c'est le pompier qui m'avait retenue qui m'a appelée. Choquée par cette soudaine familiarité, j'ai rétorqué :

- On se connait ?

- Je... votre nom de famille, c'est Meause ?

- Oui...

- Tu ne me reconnais pas ?

Il a enlevé son casque. Je n'aurais pu reconnaître sa voix ou son physique. Mais j'aurais reconnu l'intensité de ce regard entre mille...

- Basile ? Basile Serain ?

Il a hoché la tête d'un sourire timide. Cela faisait bien 10 ans que nous ne nous étions plus revus ! Si je devais vous raconter notre histoire, je devrais écrire un deuxième tome...

- Alors comme ça tu es pompier ?

- Et toi bibliothécaire ?

- Restauratrice, l'ai-je rectifié.

- Ah... Désolé, même si on se connait, je ne peux pas te laisser passer.

- C'est rien, je ne suis pas pressée. Enfin, dans un sens.

- Dans un sens ?

- Va falloir sauver les documents.

- T'es sérieuse ?!

- Bah... oui. Mais pas avant que vous en ayez terminé avec ça, ai-je précisé en pointant l'incendie du doigt.

- Encore heureux ! Ce serait du suicide...

Un de ses collègues l'a appelé. On nous a apporté des couverture, à Fabrice et moi, pour ne pas que nous attrapions froid.

- Eglantine !

Qu'est-ce qu'on pouvait m'appeler par mon prénom ce matin ! C'était Soline cette fois.

- Qu'est-ce que tu fais là ? lui ai-je demandé.

- Fabrice m'a appelée. C'est horrible de voir ça en vrai.

- Je ne te le fais pas dire !

- Je t'ai vue parler avec ce pompier...

- Rhooo ! Tu peux pas me lâcher une minute ?

- Faut bien se distraire face à ce désastre ! Raconte-moi tout.

- Y'a rien à dire. On était en secondaire ensemble.

- Et ?

- Et rien.

- J'y crois pas.

- Tant pis pour toi.

Une heure plus tard, le feu était enfin éteint. Après quelques derniers contrôles, Basile est revenu vers moi :

- La zone est sécurisée. Tu vas pouvoir sauver tes documents !

Je sens que la nuit va être longue...


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