L'incendie des coeurs - Chapitre 4

mywritings65

La vie repris son cours, si je puis dire. Les pompiers en avaient terminé avec nous, nous avions commencé à rénover les étages touchés. Le sauvetage des documents était toujours en cours et la bibliothèque avait rapidement pu être réouverte au public.

Une semaine après l'incendie, le téléphone de mon bureau s'est mis à sonner. Le numéro indiqué sur l'écran ne me disait rien du tout.

- Allô ?

- Allô euh... Eglantine ?

- C'est moi..., ai-je répondu sans reconnaître la voix de mon interlocuteur.

- Salut, c'est euh... Basile.

Un ange est passé, le temps pour mon cerveau d'assimiler cette information. Pourquoi m'appelait-il ?

- Eglantine ?

- Oui, je suis là. Comment ça va ?

- Bien, merci. Je te sonne pour prendre de tes nouvelles, m'assurer que tout va bien depuis... l'incendie.

- Oui ça va. On a encore pas mal de boulot mais ça se passe bien. Merci !

- Content de l'apprendre. Je me demandais... tu serais libre ce weekend pour... pour aller boire un verre ?

Pourquoi toujours aller boire un verre ?! Et pourquoi voulait-il me revoir ?!

- Désolée, j'ai quelque chose de prévu ce weekend. Je ne sais pas ce que te permet ton horaire de pompier mais je finis plus tôt le jeudi.

C'était sorti tout seul ! Pourquoi lui avais-je proposé cette option si facilement ?!

- Ça doit être faisable, a répondu Basile avec plus d'assurance dans la voix. Tu finis à quelle heure ?

- 14 h.

- Ok. On se voit jeudi alors ?

- Yep.

- Alors à bientôt !

- C'est ça, bye.

Après avoir raccroché, je suis restée immobile sur ma chaise, pensive.

Dès mon réveil, le jour de l'incendie, après ma sieste de l'après-midi, j'avais déjà totalement oublié que j'avais obtenu, sans le vouloir, le numéro de Basile. C'est maintenant que je venais de l'avoir au téléphone que je m'en suis souvenu.

J'étais contente d'avoir revu mon ancien camarade de classe, celui dont j'étais amoureuse en secondaire, même ! Mais ça s'était arrêté là. C'était bien pour une fois.

Pourquoi m'avait-il appelée ? Nous nous portions très bien sans l'autre ! Je ne voulais devenir ni son amie, ni sa petite copine !

STOP ! Eglantine, tu es au boulot. Tu arrêtes de penser à tout ça et tu te remets au travail !

Heureusement qu'on était en fin de journée, je n'ai pas pu me concentrer de toute l'après-midi ! Cet appel me chamboulait tellement... Et je ne comprends vraiment pas pourquoi !

Je n'avais pas menti à Basile, j'avais vraiment quelque chose de prévu ce weekend. C'était l'anniversaire de mon filleul, Elian. Il vient d'avoir un an.

Elian est le fils de ma meilleure amie, Evelyne. Nous nous sommes rencontrées aux études. Un jour, Evelyne avait remarqué que je me sentais mal, elle m'avait tendu la main. Je l'ai saisie et, depuis, nous ne nous sommes plus jamais quittées !

Après nos études, Evelyne s'est mariée avec Noé. Ils étaient ensemble depuis 4 ans déjà. J'ai été la première à apprendre que mon amie était enceinte !

Et puis, ce petit blondinet est né. Il sourit tout le temps, c'est un vrai petit ange !

- Coucou toi ! ai-je salué mon filleul sur le ton que nous prenons tous pour nous adresser aux bébés.

Le visage d'Elian s'est illuminé et il a tendu ses bras vers moi.

- Joyeux anniversaire, Petit d'homme ! ai-je dit en le prenant dans mes bras et en le couvrant de bisous.

J'ai fait la bise aux parents. Le parrain n'était pas encore arrivé. Noé et Evelyne ont commencé l'apéro sans lui.

- Comment tu vas ? a demandé Evelyne.

- Crevée, mais ça va ! ai-je répondu.

- On a appris pour l'incendie, a dit Noé. Ça va, c'est pas trop dur ?

- Si, c'est difficile, forcément. Mais on est une bonne équipe ! On s'en sort bien !

Elian a soudainement émis un bruit de pet.

- C'est pas poli de péter sur les genoux de sa marraine ! ai-je fait remarquer au petit en plaisantant.

Ce dernier me regardait avec un grand sourire, amusé.

- Noé, tu veux bien t'occuper du petit ?

Noé a pris Elian et est monté pour changer son lange.

- Quelque chose te tracasse ? m'a demandé mon amie. Autre que l'incendie ?

Cette fille avait le don de lire en moi comme dans un livre ouvert ! Je n'avais encore parlé de mes retrouvailles avec Basile à personne.

- J'ai revu quelqu'un le jour de l'incendie, ai-je commencé à expliquer. Il s'appelle Basile, il est pompier. La dernière fois que je l'ai vu, c'était il y a 10 ans. On a été 4 ans dans la même classe, en secondaire. Et... on était amoureux l'un de l'autre...

- Tu viens de piquer ma curiosité ! Raconte-moi tout !

- Justement, il n'y a rien à raconter. Il ne s'est jamais rien passé. Il a toujours nié ses sentiments envers moi, alors que ça crevait les yeux qu'il était amoureux de moi ! J'avais même récolté des preuves dans mon journal intime !

J'ai ri à ce souvenir, accompagnée d'Evelyne qui semblait amusée.

- Et donc on s'est revus le jour de l'incendie. Il a fait équipe avec moi pour sauver les documents. Et...

- Et ?

- C'est débile !

- Qu'est-ce qui est débile ?

- On ne s'est jamais vraiment connus. On était juste dans la même classe. On ne s'est plus vus pendant 10 ans, j'avais même oublié son existence ! Et quand je l'ai revu l'autre jour, j'avais l'impression... j'avais l'impression que mes sentiments pour lui étaient toujours là !

- C'est peut-être ton âme-soeur, qui sait ?

Evelyne est née dans ce trip-là. Elle est persuadée que chaque personne est destinée à quelqu'un. Que l'amour peut triompher de tout s'il est vraiment sincère... Moi, je ne crois pas en tout ça. C'est débile !

- Tu crois qu'il ressent toujours quelque chose pour toi ?

- Je n'en sais rien ! Il m'avait donné son numéro, au cas où je voudrais parler avec lui de l'incendie. Je n'en ai pas éprouvé le besoin et j'ai fini par oublier que j'avais son numéro.

- Il ne te l'a pas donné pour ça..., m'a assuré Evelyne.

- Il m'a appelée hier pour m'inviter à boire un verre.

- Eglantine... Il cherche clairement à reprendre contact avec toi ! Et peut-être aussi à vous laisser une chance.

- Mais ne dis pas ça ! En vérité, on ne s'est jamais vraiment connus ! On ne peut pas tomber amoureux d'une personne sans la connaître...

- C'est pourtant ce qui vous est arrivé il y a 10 ans, si je comprends bien.

Ok. Elle marque un point.

- Laisse-lui une chance, m'a conseillé Evelyne. Qu'est-ce que tu as à perdre ?

Tout. Rien. Je ne sais pas !

Voyant les larmes gagner mes yeux, mon amie a soudainement compris mes craintes.

- Oublie ces imbéciles, Eglantine.

- Je les ai oubliés, me suis-je défendue. Mais mon coeur est trop brisé, les cicatrices sont toujours là et ne se referment pas ! Je ne suis pas prête à revivre ça, à tomber amoureuse une fois de plus.

- Si ce Basile est quelqu'un de bien, qu'il est vraiment le bon, il t'attendra, crois-moi.

Noé est revenu avec Elian. J'ai vite séché mes larmes et ma joie de vivre est revenue rien qu'en regardant mon filleul ! Le parrain a fini par arriver.

Nous avons mangé le gâteau, avons fait un blind test Disney, avons joué avec le petit et à des jeux de société. Le soir tombé, le parrain et moi avons dû nous résoudre à quitter cette belle petite famille, à rentrer chez nous, chacun de notre côté.


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