Liza (2)

julia-rolin

— Oh ! Tu ne peux pas imaginer comme c'est compliqué les nanas. Même si elles sont magnifiques, certaines n'aiment pas leurs pieds, d'autres leurs seins ou leurs poignées d'amour. Chloé par exemple c'était son ventre, une petite rondeur de rien du tout sous son nombril dont elle n'arrivait pas à se débarrasser la complexait. Elle ne croyait pas que ça me plaisait, c'était pourtant vrai.

Chloé l'avait largué quatre ans plus tôt. S'il n'espérait plus qu'elle lui revienne que depuis très peu de temps, il lui arrivait pourtant encore d'en parler.

— Chloé ! Chloé ! Toujours Chloé !

— J'hallucine ! Tu t'y mets toi aussi, Fred m'engueule chaque fois que j'en parle. Je ne la citais que pour évoquer ces petites imperfections qui finalement nous attirent.

— Tu dois être totalement indifférent au charme des mannequins longilignes des webzines alors ?

— Ben… je ne suis qu'un homme.

— Ah ! C'est compliqué aussi les hommes alors.

— Pas faux. Comme les  femmes, même s'ils aiment une chose ils sont parfois attirés par son paradoxe. Tu veux bien allumer, s'il te plaît ?

Liza s'était levée en souriant comme une gamine qui vient de faire une bonne blague, elle avait sans doute relevé la manière dont il la reluquait. Les seins moulés par le blanc satiné d'une robe légère décolletée dans le dos et assez courte pour révéler le galbe de ses jambes interminables, les fesses rondes à souhait et les hanches larges attiraient malgré lui le regard de Jav. Pieds nus, elle ondulait dans un déhanchement gracieux, vers un clavier de commande domotique. Un orage approchant dans le crépuscule venait de plonger le salon dans l'obscurité, elle avait éclairé la pièce d'une lumière douce et à peine foncé l'opacité des baies vitrées pour laisser voir le jour décliner.

Un vent violent secouait les feuillages de la cour et les deux antiques réverbères qui venaient de s'éclairer. Revenue s'asseoir face à Jav, elle le fixait de ses étranges yeux bleu azur.

— Tu sais, je ne suis pas humaine, mais je n'aime pas du tout quand tu plaisantes avec ce mot « inhumain », ça renvoie à « monstre ».

— Excuse-moi, je ne pensais pas te blesser. Mais tu n'es pas vivante, c'est ça que je voulais dire...

— Pas vivante ?

— Liza tu n'est pas une femme, tu es une machine...

Interrompu par un bruit sec contre une vitre, il reprit.

— Tu es un robot et pas un être humain...

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