LR 230

Christian Lemoine

Comme un avion sans zèle. Seringues, lèvres, pestilence, piquante, renifler

Avant qu'il ait vrillé dans le vide, ainsi qu'un serpentin acrobatique livré aux soubresauts des vents, l'aéroplane tout de bois et de toiles avait survolé au ras du sol les prairies alanguies et les landes désertes. Derrière le petit pare-brise qui à peine protégeait son visage, le pilote aguerri déjà aux cabrioles aériennes s'était lancé ce défi sans spectateur. Son œil serein gardait sa fixité à mesure qu'il voyait en un tourbillon démentiel se rapprocher le sol livré à une valse déchaînée. De loin, au-dessus des ondulations des herbes et des feuillages, on pourrait croire un fétu lâché haut dans le ciel par une tornade disparue. Au vrai, face aux remous énormes et invisibles des masses d'air aux pressions changeantes, que pèse-t-il en ce cirque grandiose, le petit homme dans sa carlingue chétive ? Maître pourtant de cet engin fragile, il actionne à son heure le palonnier, et redresse l'avion qui frôle la cime de quelques belles ramures de vénérables chênes, l'attroupement des sentinelles de la plaine inhabitée. On le croit déjà au tapis quand tout à sa maestria il s'amuse de ses propres frayeurs. Ignorant, pour la beauté du geste, les coteries et les chapelles, il se tient loin de cette foule qui adule et vénère, puis renie flétrit et conspue ceux qu'elle a portés au pinacle. Sa parade aérienne est sans public, et l'habileté de son geste ne pourrait impressionner que les nuages, si ceux-ci s'en souciaient.

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