LR 65

Christian Lemoine

Attention, c'est du lourd : mouche, petit pois, pièce, énorme, dégringoler
Au milieu des débris de Fort Alamo, les derniers combattants du Texas libre tombaient l'un après l'autre. Femmes désespérées, enfants petits, poils hérissés des chiens et crins fumants des chevaux, sont sortis en cortège efflanqué de l'enceinte cernée par les armées du Mexique, ainsi que les plus vieux, mous, chenus et voûtés qui ne pouvaient plus se battre. En rangs serrés et raides, cette armée s'affichait en assemblée hétéroclite de soldats mal traités: des gringos laids, des descendants d'Aztèques dégénérés, des caporaux proéminents, et quelques officiers flambant dans leurs uniformes de parade. Déchirement, larmes, mais dignité. Sur des charrettes branlantes, à cheval peut-être, ou bien à pied selon les moyens des familles. Le dos tourné à la muraille fragile, tous les corps tendus se portaient vers les hommes demeurés dans le fort, entourés déjà des cadavres d'amis. En ces temps que certains qualifient d'héroïques, les premiers temps de l'unification des futurs États-Unis d'Amérique, les normes de la guerre gardaient encore la trace des combats médiévaux, chevaliers et gentes dames, où les gentilshommes bardés de cuirasses partaient à la guerre portant en étendard les couleurs de leur belle. Ainsi ils tomberont jusqu'au dernier, entrant dans la légende mais mourant comme des animaux achevés.
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