Mots à Maux

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Toile : L'homme blessé par Gustave Courbet
Pourquoi mes mots ne trouvent-ils pas d'écho ?
Sonnent-ils faux ?
Mes mots s'évanouissent dans la nuit et le jour
Comme dans l'oreille d'un sourd.


Regarde-moi, ose ne pas détourner les yeux.
Je suis cet homme à la main tendue
Ayant le trottoir pour pieux ;
Vagabondant dans les rues et les avenues
À la recherche d'une issue.
Si tu m'avais connu il y a peu,
C'est moi qui arborais ce regard dédaigneux,
Hautain et débordant de mépris.
Un grand avenir m'était alors promis.
Oui j'étais de ceux
Ennoblis d'une cour de valets,
Qu'on invite aux mondaines soirées.
Et pourtant aujourd'hui ma vanité
N'a plus que pour seule rime ma précarité,
Et pour seul synonyme ma mendicité.
Tu sais, entre destinée et réalité,
Il y a ce putain de fossé,
Ce fil tendu au-dessus du précipice
Duquel moi le funambule, l'équilibriste
Je suis tombé.
Atterré, congédié, humilié ;
Je n'ai su me relever.
Celle que j'aimais m'a oublié
Comme ces amis présumés,
Même ma fortune a déserté.
C'est pourquoi aujourd'hui tu me vois
Là tout en bas,
Plaqué au sol
Là où mes mots s'étiolent,
Là où ma vie se meurt
En même temps que mon honneur.
Autrefois le monde je maîtrisais
À coup de sarcasme, de pamphlets.
Mais désormais
Les tréfonds me déclament leurs sonnets.
Si seulement tu avais la curiosité
De me demander pourquoi cela est arrivé ;
Alors, avec une précaution retrouvée,
Je te répondrais qu'il ne faut jamais,
Ô non jamais,
Se croire au-dessus du lot.
Car un beau jour,
Sans tact ni velours,
Pour un seul mot,
Un mot de trop ;
On te remerciera de la pire des manières
En abrégeant ta carrière.
Non ne te fis pas à tes arrhes,
Car sinon tôt ou tard,
Toi aussi tu vivras mon cauchemar.
Non ne te fis pas à tes relations,
Car leur parole, leur dévotion,
S'estompent quand n'existent plus les commissions.
Si seulement tu avais la curiosité
De me regarder au lieu de me piétiner ;
Tout cela je te dirais.
Mais devant ton silence,
Devant ton ignorance,
Je dis adieu à ma sentence.
À quoi bon survivre parmi les rats et les résidus.
Il est temps de donner au diable son dû.
Qu'il emporte ma peine,
Que coulent mes veines.
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