Mirage ....

lyselotte

 Je roule depuis deux heures vers mon Bassin chéri.

La route des Landes, surchauffée, déroule son ruban de bitume tremblant comme un mirage sous le soleil de plomb de cette fin de journée torride.

J'ai chaud mais je ne supporte pas la clim' qui, immanquablement, me donne des maux de tête terribles. Alors, les vitres de ma Jeep Renégate grandes ouvertes, je bénis l'air, même brûlant, qui caresse la peau nue de mes bras, de ma nuque et de mes cuisses. C'est si bon l'été que j'en oublie les inconvénients pour ne me concentrer que sur ces petits riens qui me font l'aimer, intensément.

J'ai l'impression d'être seule au monde en plus. Pas une seule voiture, pas un camion, rien, nada, sur cette route. La canicule a fait fuir tout le monde.

Au loin, là-bas, une silhouette pourtant. Sur le bas-côté.

Plus j'approche, plus je me rends compte que c'est vraiment un être de chair et d'os qui affronte l'ardeur du soleil. Je ralentis....

Incroyable ! D'où sort-il ?

Le pouce tendu, il marche...

Comme je n'ai pas fait de BA aujourd'hui, je mets mon clignotant et m'arrête un peu plus loin.

Il ne presse pas le pas et j'ai le temps de jauger la bête sur pattes avant qu'il atteigne ma portière et s'y penche.

Silhouette dégingandée vêtue de pieds en cap de kaki.

Seul le bob rouge vif dont il est coiffé jure avec le reste de l'accoutrement qui occulte la moindre parcelle de peau de son corps. Bon, je comprends parfaitement cette tactique mais quand même ! Il fait au moins 40°. En fait, plus il approche, plus je ressens un sentiment bizarre.  Un mélange de crainte - comme face à un animal sauvage – et de fascination : que fait ce type sur cette route par ce temps ?

Quant il se penche à la vitre, ses cheveux longs et soyeux ruissèlent sur le cuir intérieur de la voiture et ses doigts fins et bruns s'accrochent à la portière comme une main de naufragé agripperait une bouée de sauvetage.

Il me sourit de toutes ses dents dont la blancheur tranche avec la matité de son visage. Ses yeux en amande, après avoir effleuré tout mon corps de leur fièvre furtive, se plantent dans les miens.

- Si vous me laissez là, je vais crever, halète-t-il en passant sa langue sur ses lèvres craquelées.

- Montez !

Il s'acharne sur la poignée - avant que je comprenne qu'il faut que je déverrouille - et s'assoie lourdement en arrachant son chapeau. J'ai l'impression que l'on vient encore de monter le chauffage tant il est imprégné de chaleur.

- J'ai de l'eau fraiche, vous voulez boire ?

Le regard qu'il me lance en dit plus long que tous les mots qu'il pourrait prononcer.

- Je vais me garer à l'ombre. Il doit y avoir des allées forestières, pas loin.

Nous roulons cinq bonnes minutes pendant lesquelles il halète, paupières closes, nuque appuyée au repose-tête.

Enfin, une tranchée dans les pins, un chemin sableux qui serpente entre les troncs rectilignes.

L'homme semble inconscient.

Je me détache sans attendre, sors et me précipite côté passager en attrapant au passage la bouteille d'eau dans ma glacière.

La portière ouverte, je secoue l'individu qui semble émerger d'un long sommeil.

- Buvez, doucement.

Il s'exécute.

- Vous ne voulez pas descendre ? Il fait plus frais à l'abri des arbres.

Il obtempère avec peine et chancelle.

Je me précipite pour l'aider.

Il est lourd, si lourd.

Nous arrivons à grand-peine au pied d'un pin immense dont les aiguilles tombées font un tapis crissant où il s'affale, privé de forces.

Il est exsangue.

Affolée, je défais les boutons de son treillis et découvre sa poitrine que soulève un souffle régulier quoique laborieux.

Il se redresse péniblement pour m'aider à retirer les manches. Ses bras sont musclés et d'une blancheur incroyable.

Il soupire et ses paupières frémissent.

- J'ai soif, murmure-t-il.

Je lui tends la bouteille. Il boit goulument, et se verse une rasade d'eau fraîche sur la tête. Cela ruisselle sur sa chevelure d'un noir de bachélite et je vois ses tétons durcir.

Avoir la tête à « ça » en un pareil moment tient vraiment de la folie furieuse mais cet homme à ma merci – du moins me semble-t-il – réveille en moi des appétits dont je ne suis pas maîtresse.

Il soupire de nouveau tout en tâtonnant sur la ceinture qui tient son pantalon.

- Vous voulez que je vous aide ? ai-je l'audace de demander avant de me rendre compte que l'homme sourit légèrement en acquiesçant d'un mouvement de tête affirmatif.  

Je prends mon souffle - je me trouve un peu folle quand même – et me penche sur son bassin, sors le bout de la ceinture de son passant et dézippe la braguette.

Puis me recule. Faut pas abuser non plus.

- Punaise, ça fait du bien cet air sur ma peau. Ça fait si longtemps, ajoute-t-il dans un souffle. Il cambre ses reins pour descendre le tissu militaire sur ses hanches, puis sur ses cuisses et sur ses mollets.

Je tire sur les scratchs de ses godasses et il s'en débarrasse d'un coup de talon adroit puis gigotte jusqu'à ce que son pantalon ne soit plus qu'un petit tas à ses pieds.

Il semble épuisé par l'effort.

Je suis agenouillée à côté de son bassin et je regarde, ébahie, cette peau blanche comme de l'ivoire et dépourvue de toute pilosité. C'est étonnant, j'ai jamais vu ça.

- Je m'appelle Corenthin. Et vous ?

- Lyselotte... Comme votre peau est blanche, c'est étonnant. Et puis vos cheveux, qu'ils sont beaux.

J'avance la main pour caresser légèrement la toison mouillée qui semble ruisseler sur les pectoraux couverts de chair de poule de Corenthin à la manière d'un torrent de lave volcanique.

Lui sourit.

 Il semble avoir retrouvé un semblant de forme. Brusquement, sa main capture mon poignet. Je sursaute. Il me fixe de ses prunelles et je suis comme la souris face au boa, hypnotisée.

- Tu veux toucher ? demande-t-il tout en joignant le geste à la parole en plaquant ma paume sur son torse. Touche-moi, s'il te plaît. Ça fait si longtemps.

Il me lâche et j'obtempère, fascinée. Sa chair est soyeuse et brûlante.

Mes phalanges jouent d'abord timidement avec les méplats de son torse, suivant les côtes à la manière d'un voilier cabotant puis, prenant de l'assurance, l'une d'elle plonge dans le creux du nombril qui ressemble à un noyau de cerise prisonnier d'un lac minuscule.

Je le regarde, il sourit.

Je m'enhardie encore et pinçouille tour à tour ses tétons, doucement. Il sourit plus grand et je constate que mes agaceries commencent à produire un effet certain.

Comment ? Devinez ! 

- Continue, implore-t-il et ses mains, abandonnées un instant plus tôt au tapis des aiguilles de pins odorantes, glissent sous l'élastique du caleçon et le font glisser, glisser, jusqu'à ce qu'apparaisse l'outil de pénétration qui y loge.

Je sens qu'il m'observe sous ses paupières mi-closes et je sais qu'il voit mes tétons, les salauds, dénoncer mon émoi sous le tissu qui les drape.

Ma langue, elle aussi, semble ne plus m'obéir et passe et repasse sur mes lèvres gourmandes.

Alors que je le croyais diminué par son état de semi déshydratation, je réalise qu'il ne perd pas le fil de ses pensées quand, saisissant la bouteille d'eau il la verse sur son sexe et le fourbit gentiment en murmurant :

- Il a eu chaud, une petite toilette s'impose.

Loin de perdre de sa superbe, l'animal regimbe, tressaute et tend fièrement sa hampe charnue vers la cime des pins. 

Presque contre mon gré (héhé) ma taille ploie, mes doigts chassent les siens, et j'abouche son gland charnu qui ressemble à une prune rousse, si lisse.

Il exhale un soupir qui ressemble à un sanglot et ses mains se posent sur mon crâne, m'incitant à continuer.

Je trouve, au creux des plis du frein délicat, un reste de saveur sauvage qui me fait penser à un camembert trop fait. Je m'en fiche, j'adore le fromage.  Alors je continue ma progression en embouchant la tige charnue jusqu'à la limite du haut-le-cœur. Cela brasille sous mes papilles comme si des milliers de ruisselets charriant de menus galets couraient sous la peau si fine.

Il geint, les doigts crispés dans mes cheveux.

- Ouiiiii, scande-t-il en une complainte involontaire, ouiiiiii...

M'occuper de cet étranger me fait terriblement mouiller et son abandon, lié surement à son état de faiblesse, me laisse à penser qu'il va juste subir sans prendre d'initiatives.

 

 

Rester sur ma faim est inenvisageable alors...

Ma main inoccupée, glisse sous la dentelle de mon tanga. Quand mon majeur percute mon clitoris trempé, je frémis mais le cabochon qui obstrue ma gorge m'empêche de manifester mon plaisir. Alors je ronronne et mon palais devient caisse de résonnance qui vibre comme la peau d'un tambourin.

Je sens Corenthin à bout de résistance. Ses doigts laissent brusquement ma tête et crochent les aiguilles qui nous servent de lit.

Il ne respire plus, et son corps se tétanise. Puis il crie et son bassin, en un sursaut violent, se soulève. Sa queue entière dans ma gorge m'empêche de respirer mais je pratique l'apnée et reste ainsi, sans oxygène, presque tout le temps de son éjaculation. Toutefois, à bout de souffle, je ploie légèrement mon cou vers l'arrière sans pour autant relâcher la pression sur le chibre qui continue à déverser son sperme dans ma gorge.

Corenthin crie toujours, changé en statue de pierre.

Ma jouissance explose brusquement - et explose n'est pas un vain mot. Je m'éparpille en milliers de brindilles enflammées. Sous mes paupières, les étoiles et les comètes de l'univers filent en traînes de feu. Tout mon corps semble se consumer, de la tête aux pieds. Je me sens éparpillée comme un soleil éclaté. Et je coule. Je pleure et je coule. Putain que c'est bon !

Jamais je n'ai pris mon pied si fort.

A bout de force, je me laisse tomber à côté de Corenthin qui, compréhensif, a saisi sa bite pour continuer à l'astiquer doucement le temps que sa fièvre s'éteigne.

Je ne le regarde pas, concentrée sur mon propre plaisir, le dégustant jusqu'à ses derniers brasillements, en égoïste.

Les yeux clos, je savoure les braises qui me laissent en cendres.

- Laisse-moi goûter !

Murmure à mon oreille...

Ses doigts qui pincent mes tétons encore chargés d'électricité.

Ses phalanges qui glissent ensuite sur mon ventre, écartent les nymphes trempées, sa langue qui frôle. Sursaut. C'est encore si sensible. 

Il me tête comme un enfançon sucerait sa nourrice. Son index me pénètre, fouille, trouve la petite capsule qui dispense plaisir et jus savoureux. Il la frôle, la masse et sa bouche, alliée diabolique, aspire mes sucs de femelle en chaleur.

Cela monte, monte, terriblement.

A mon tour de hurler.

Je me tortille comme une damnée dans les flammes de l'enfer, prends mon souffle pour hurler de nouveau.

Je suis louve, couverte par un mâle sauvage qui ravage mon corps.

Je suis chienne, ouverte au chien qui me dévore.

Je suis rivière, coulant de source, écartelée, rives tremblantes.

Je suis... presque morte. Respirant par à-coups pour ne pas perdre conscience, poings serrés sur mes yeux.

Je pleure, de plaisir intense, de ces larmes sucrées qui enfin apaisent et laisse un goût de miel sur certaines heures d'une journée. 

Sa langue une dernière fois, lèche mes sucs. Il se hisse jusqu'à mon épaule, y dépose un baiser léger :

- Merci... Ça faisait si longtemps.

 

Ravagée par cette parenthèse intense, je m'assoupis, jambes croisées sur mon sexe qui pulse.

Quand je m'éveille, Corenthin a disparu.

Je rassemble mes esprits et remets de l'ordre à ma tenue.

Je fouille du regard le dessous des bois aux rousseurs de renardeau, appelle.

Corenthin a disparu.

Vite, je remonte dans ma voiture. Sur le volant, un mot griffonné.

- Que c'était bon !! Ça faisait si longtemps. Merci.

 

  • Merci ma belle, pour cet avant goût d'été, de soif, de parfums...
    Les braises de l'âtre vont me paraître bien tièdes après cet incendie !!

    · Ago 4 months ·
    Momo 2

    momo84

    • Et moi, je te remercie pour ta fidélité à ma plume volage. Le chauffage naturel, quoi de mieux? Bin rien !

      · Ago 4 months ·
      D9c7802e0eae80da795440eabd05ae17

      lyselotte

  • ...

    · Ago 4 months ·
    Louve blanche

    Louve

  • Super bien écrit ce mirage de bassin et j'adore son contenant.

    · Ago 4 months ·
    Photo0486

    Apolline

    • Grand merci Apolline. Le Bassin m'inspire fort, toujours.

      · Ago 4 months ·
      D9c7802e0eae80da795440eabd05ae17

      lyselotte

  • Et bien moi, lorsque je fais rencontrer un homme à mon héroïne dans les bois, ce n'est pas du tout, mais alors pas du tout, la même histoire...voir mon dernier texte. Bonne soirée Lyse !

    · Ago 4 months ·
    Louve blanche

    Louve

    • Effectivement, moins sympa mais bon, il est toujours possible, en écriture, de changer le cours des choses, oui?

      · Ago 4 months ·
      D9c7802e0eae80da795440eabd05ae17

      lyselotte

    • Et c'est cela qui est palpitant !

      · Ago 4 months ·
      Louve blanche

      Louve

  • Torride les landes ! Le printemps et l'automne doivent être subliminaux. Je vais guetter les Jeeps Renégate !

    · Ago 4 months ·
    Chainon manquant

    dechainons-nous

    • Excellente initiative dechainons-nous... On ne sait jamais !

      · Ago 4 months ·
      D9c7802e0eae80da795440eabd05ae17

      lyselotte

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