Moins de 5 ans

Jaunie

Billet 01: Grand-messe annuelle de notre plus gros client. Ici et en Gaulle, le plus gros, plus grand, plus…Bref. Et l'obligation de faire bonne figure car derrière il y a les emplois à préserver. Et des gens que j'apprécie, et plus. Ce sera la dernière fois. Dans un an je serai à faire des cartons direction là-haut. Vendre au plus vite une maison et avec ce que je pourrai en « tirer » entamer des travaux sur ma tronche. Mes seins. Pour l'instant je n'ai guère que pour louer les échafaudages. Le staff du client en question défile et chacun y va de sa présentation. Une demi-journée aurait suffi, mais non. Dans la salle 500 personnes. A lo grande chicos ! Des fabricants, nous. Les meilleurs disent-ils…Faut-il les croire ? Ils savent qu'ils sont en mesure de nous mettre en faillite à l'instant… Et puis en fin de journée, le speech messianique du Directeur général… Et une litanie de conneries. Il évoque même l'intelligence dont Dieu ( ?) nous aura dotés. Son Dieu je n'en ai rien à f… Ce type aussi nous prend pour des prunes. Je passe sur les détails, c'est confondant. Et l'assemblée applaudit. Pas moi. Waouh… !! Quel courage, quelle détermination…Je sais, juste une héroïne. La séance « Un monde meilleur2.0 », la digitalisation, le e-cloud, faire du fric plus et encore. Cette hypocrisie me fait gerber. Leur globalisation apporte enfin le bonheur sur la planète. Nous sommes un certain nombre à en douter. Peu finalement.

Billet 02 : Je n'écris pas, plus, peu et j'efface. Plus rien à dire ou bien impossible de dire. Ou incorrectes. Trop de choses m'étouffent. Je m'éloigne de moi en permanence. Je n'ai pas la solution contre ça. Me reviennent parfois de sales idées. L'envie de m'éloigner pour de vrai.

Et puis non, et puis si et puis merde ! ...Et tous ceux que j'aime, et m'aiment, je crois. Leur faire faux bond. Ils seraient fichus de se sentir coupables. Ils auraient tort. Alors voilà. Il est plus de minuit et quelque chose, et demain mes yeux vont encore s'ouvrir. Et je continuerai. À fonctionner. Moi ce que je voudrai, ce que j'aurai voulu, c'était vivre. Je fonctionne c'est déjà pas mal. Et ils ne notent rien. Presque rien. En fait depuis que je me suis rendue compte de ma « différence » ça aura été ça. Et puis aussi cette saleté de guerre d'Algérie, à écouter les grands raconter, et moi pas trés loin à tout entendre. Les grands et leurs saloperies quotidiennes. Faut pas faire ça les grands, les petits entendent tout, comprennent tout.

Je suis devenue très forte, je me suis intégrée et tout et tout.

Ce n'est même pas triste, c'est comme ça.

-Euphorique , t'as jamais été euphorique?

-Non jamais, je ne me rappelle pas. Parfois oui, quand je vois des chrétiens (humains) de moins de 5 ans. 

De moins de 5 ans, aprés c'est déja plus pareil.

Billet 03: je ressors de nouveau le soir. Pas très loin, à 300 mètres sur la place du village. En terrasse au même Restaurant-bar-librairie. Et les mêmes « acteurs » Marta la malagueña, Manolo et sa femme Marie-Carmen (retraités) entre autres. Et bien sûr les tenants du lieu. On discute à peu près de rien, de tout. Parfois il nous prend la folie de vouloir refaire le monde. On a des solutions faciles, expéditives et sûrement très sottes. Le bon sens près de chez nous fait tant de dégats. Et puis l'on se quitte, il est dans les minuits chrétiens à peu prés.

C'est l'époque béni du tinto de verano. Vin rouge et eau gazeuse au citron, et glaçon. On peut en boire deux, trois et tenir parfaitement la distance. Les tapas et voilou !

Billet 04 : J'étais chez les catalans cette dernière semaine. Mauvaise nouvelle. L'un de mes clients a pris sa retraite, et s'est flingué un mois plus tard. On s'est sentis comme des cons avec Javier le commercial de la zone. On s'est sentis si mal.

Billet 05 : Bientôt les vacances, et après je vais devoir, avec angoisse et peu d'envie, me plonger dans les diverses aspects de ma prochaine retraite dans un an. Combien ? Quand ? (Oui ils paient toujours avec un malsain retard). Vendre la baraque en France. Comment vais-je pouvoir continuer mon traitement ? Le job  a toujours été pour moi une sorte d'exo squelette qui me permit de survivre voyez-vous…D'être encore là à écrire mes articles de blog pas dans un blog.

Billet 06 : Mon papa à moi est là. 90 ans et au top. Il a décidé de s'améliorer en anglais avec youtube… Je lui ai dit que c'était très, très bien. Pas forcément nécessaire, mais très bien, j'insiste. Autrement on discute. De choses etc...Etc… (cf. plus haut). Et lui il part parfois dans un long monologue qui n'intéresse que lui. Et à la fin, il conclut :

-C'était une bonne soirée.

-Vi papa, vi.

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