Mouche

Christian Lemoine

Du pépiement dans la ramure chétive d'un arbuste époumoné, rien. Des empreintes étoilées sur un sable de décor, pas davantage. Non plus que du passage d'une fourrure vigilante, puis enfuie. Ni de l'éclair chatoyant surprenant la rivière. Et des surprises azur en taches de ciel bleu dans les champs de soleil, rien. Pas davantage des gouttes de sang pur au milieu des épis. Des éclaboussures blanches à l'accident des prairies, non plus. Ni même d'une verdure exquise jouant de son contraste contre le front des ocres. Peut-être l'insigne salutation de deux ailes duveteuses qui s'amusent à provoquer les ouragans. Ou une mélopée brumeuse perdue dans les vacarmes cruels des machines. Evidemment, dans ces tempêtes, l'envol paniqué d'une idée chaude, d'une envie lumineuse, d'un sacrifice couronnant. Si tôt hors de vue. Et des écrins chahutés, comme des sources appauvries ; ni les cavales fourbues des chevaliers de pacotille, mais si généreux dans leur disgrâce. Tout s'agite, s'écarte, se disperse aux douves des châteaux de sable que mer et vent emportent. Qui eût cru cet improbable : qu'on en vînt à se réjouir d'une mouche sur la table ?
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